A l’heure où, comme aux plus belles heures de la guerre froide, la propagande des impérialistes américains et de leurs valets affrontent la propagande des impérialistes russes et de leur laquais (qui n’hésitent pas à se livrer à la réhabilitation du stalinisme et à la négation de ses crimes) dans une rhétorique de cours de récré (« Nananère, c’est toi qui a soutenu les nazis »), il est bon de rappeler que si les Etats-Unis sont les rois du false-flag, les Soviétiques en étaient les empereurs. Petit retour en arrière, il y a très exactement 60 ans…

Le 17 mai 1957 à 12 h 54, une bombe explosait dans le salon 31 de la Préfecture du Bas-Rhin, tuant sur le coup Henriette Petelat, épouse du préfet André-Marie Trémeaud. L’attentat fut immédiatement revendiqué par un groupe néonazi, le Kampfverband für unabhängiges Deutschland (Groupement de combat pour une Allemagne indépendante), réclamant le rattachement de l’Alsace à l’Allemagne. Mais rapidement, la DST est sceptique et la conclusion de l’enquête pointe le bloc communiste, plus précisément les services secrets tchécoslovaques, ce qui fit dire à la presse du gouvernement allemand de collaboration avec l’occupant soviétique : «Cette méthode rappelle les pratiques les plus mesquines des empoisonneurs de puits occidentaux, qui ne reculent pas devant le meurtre et la diffamation pour attiser la haine et les passions chauvines!» (BZ am Abend). Dans son ordonnance de jugement du 17 février 1964, le juge Pierre Rieber évoque « l’origine communiste tchèque » de l’attentat, mais reconnaît qu’il est « impossible d’identifier les auteurs ». La Tchécoslovaquie est soupçonnée en raison de la langue des tracts du groupe néonazi qui n’est pas de l’allemand d’Allemagne, mais celui des Sudètes tchèque.

L’attentat visait en fait une réunion qui s’était déroulée 3 jours plus tôt, le 14 mai, à savoir une session de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier), où étaient présent notamment deux anciens Président du Conseil, René Pleven et René Mayer.  Ce mardi là, Trémeaud avait reçu un mystérieux paquet de cigares venus d’un certain « Carlos Garcia Soldevillad, «représentant général pour l’Europe» des cigares Upmann Habana »et avait été posté de Paris. Le préfet avait oublié de l’ouvrir et c’est 3 jours plus tard, voulant les offrir lors du repas prévus entre son mari et Pierre Pflimlin, qu’Henriette Trémeaud mourut en ouvrant la boîte avec un couteau : elle venait de trancher un fil faisant exploser les 250 grammes de peroxyde d’acétone.

60 ans après, tout est dévoilé, la vérité ayant été révélée par les transfuges tchèques Ladislav Bittman en 1968 et Josef Frolik en 1975. Planifié par le KGB, l’attentat – Opération Strasbourg, faisant partie d’un plan plus large de faux attentats néonazis, Opération Svastika  –  avait été fomenté par 4 hommes de la StB (Statni Bezpecnost, Sécurité d’état tchécoslovaque) : Ilan Kopecky, Stanislav Tomes, Robert Ther et Miroslav Kouba, tous rattachés au 4e département de la StB (zone Allemagne-Autriche). La boîte avait été fabriquée par les hommes de la 9e administration du Ministère de l’Intérieur. Deux des quatre protagonistes étaient encore vivant en 2006 lorsque la procédure judiciaire contre eux s’arrêta brutalement, vu qu’elle n’était qu’une mascarade destinée à jouer le jeu…

En effet, les accords soviéto-américains de 1987 signés lors de la réunion de l’Aspen Institute étaient formels : les communistes acceptaient de mettre fin au parti unique et de quitter le pouvoir (quitte à y revenir plus tard sous le nom de socialiste ou sociaux-démocrates… avec l’appui des Américains), mais en contrepartie, une impunité totale devait être accordée à leurs dirigeants à quelques niveaux que ce soit, y compris pour les lampistes, et ce pour la totalités des crimes commis, y compris les crimes contre l’humanité (la Pologne et la Lituanie se sont cassés les dents en essayant de faire extrader des anciens meurtriers de masse dont l’un fut tout simplement… directeur de Yad Vashem !).

Rappelons également que les groupes extrémistes pouvaient, pendant la guerre froide et dans les années qui suivirent, manger à tous les râteliers : en France, Action Directe faisait partie de l’internationale terroriste entraînée, armée et financée par le KGB tout en faisant des piges pour le Mossad (assassinats de Georges Besse et du Général René Audran, tous deux ayant armés Saddam Hussein, ennemi juré d’Israël), ce qui fut aussi le cas d’Abu Nidal. Oui, les choses sont parfois très compliquées. Même en Ukraine. Surtout en Ukraine où l’on retrouve – nihil novi sub sole – des néonazis d’opérette instrumentalisés soit par le lobby juif, soit par le Kremlin, soit plus probablement par les deux… Pourquoi continuer à lire du John Le Carré ou du Tom Clancy quand étudier la réalité est encore plus passionnant et complexe ?

Hristo XIEP

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4 commentaires

  1. Paul-Emic says:

    les « néonazis d’opérette » d’Ukraine peuvent tout aussi bien être instrumentalisés par la CIA ou l’un des services américains adéquats. Ils collaborent avec le gouvernement qui est une carpette de l’OTAN et des USA. leur néonazisme est avant tout un « anti-russisme » primaire qui semble parfaitement cadrer avec les desseins US dans la région.

  2. Perlimpinpin says:

    J’aime beaucoup l’interrogation à la fin. Vraiment intéressant comme article. En effet, on n’est pas informé de tout cela et ce n’est pas par les médias « traditionnels » (ou mainstream comme il devient d’usage) qu’on aurait l’once d’un commencement pour tirer sur le fil d’une telle pelote.
    Le seul fait de ce style que j’ai appris (et seulement très récemment), c’est le massacre de Katyn https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Katy%C5%84 où les Russes avaient cherché à couvrir le meurtres de Polonais en tentant de faire croire à un crime nazi, un parmi tant d’autres pourrait-on dire.

  3. Franck says:

    Il en a « sous la semelle » notre ami Hristo. Un sacré panier de crabe pas toujours facile à décrypter. Merci pour cet excellent exercice de déniaiserie.

  4. pamino says:

    « Deux des quatre protagonistes étaient encore vivant »
    « En effet, les accords […] étaient formels »
    De quel droit déchargez-vous aux dépens de vos lecteurs de la moitié d’un devoir qui est à part entière le vôtre ? Et à part cela ; de grâce, prenez d˚autres modèles stylistiques.

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