Avec Amoris laetitia, c’est le règne de l‘anarchie ! Le Vatican, par l’intermédiaire des déclarations du pape, de ses cardinaux, ses préfets, ses secrétaires, a beau, face à la cacophonie générale et généralisée, donner un coup à droite, un coup à gauche, selon les circonstances, les déclarations, les remous à calmer et les pro-pro à protéger, l’anarchie est bien là, la division publique, et la cocotte est sur le point d’exploser ! Rome serait-elle en train de brûler ?

Non pas que cette division et cette anarchie doctrinale datent uniquement d’aujourd’hui. Cela fait 50 ans que certains prêtres progressistes, et Jorge Maria Begoglio en était et en est toujours sous le nom de François, en font à leur tête, appliquent et changent la doctrine selon leur volonté propre et leur vue personnelle sans remontrances ni exclusion de la part des hautes autorités de l’Église. Amoris laetitia a fait éclaté au grand jour, à la face des pauvres fidèles « obéissants » aux dérives conciliaires, le chaos « dogmatique » qui règne dans la Rome moderniste. La révolution progressiste avance selon les critères hégéliens : deux pas en avant, un pas en arrière, danse que maîtrise à fond, peut-être mieux que ses prédécesseurs récents, le tenant actuel du trône pétrinien.

En tout cas, la situation sur le front d’Amoris laetitia ne s’améliore pas : la guerre de tranchée continue. Les salves sont lancées, les missiles explosent, on compte les points, et la confusion perdure, enfle et s’installe durablement. Pas de vainqueurs, pas de perdants, sauf l’anarchie fille de la révolution ! Pas sûr que tout ce barouf autour de son Exhortation, qui n’est pas catholique disons-le clairement, soit pour déplaire à François le révolutionnaire…

Dernièrement, après un an de déclarations contradictoires, d’interprétations opposées, d’instructions laxistes au possible ou minimisant les avancées apostates, venant de toutes parts, d’Argentine, de Malte divisée entre les évêques de l’île et le patron de l’ordre le cardinal Burke, de Sainte-Marthe devenue salle pontificale, de France, d’Italie et d‘ailleurs, le cardinal Müller, actuel préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dont rappelons-le certaines déclarations passées et jamais rétractées laissent songeur sur son orthodoxie, a redit son mot interprétatif de l’Exhortation dans un entretien exclusif au magazine Il Timone. Parenthèse : il ne doit pas être très écouté puisqu’il doit régulièrement se répéter. A sa décharge, il faut dire que François repasse derrière lui pour dire l’inverse… Et vice-versa. Cela dure ainsi depuis des mois….

En tout cas, le cardinal allemand a précisé qu’il ne peut y avoir de contradiction entre la doctrine et la conscience personnelle : c’est

« impossible. Par exemple on ne peut pas dire que selon certaines circonstances un adultère ne constitue pas un péché mortel. Pour la doctrine catholique la coexistence entre le péché mortel et la grâce sanctifiante est impossible. Pour dépasser cette absurde contradiction, le Christ a institué pour les fidèles le sacrement de pénitence et de réconciliation avec Dieu et avec l’Église. » « Amoris laetitia, précise-t-il ensuite, va clairement interprétée à la lumière de toute la doctrine de l’Église. Cela ne me plaît pas, cela n’est pas correct que tant d’évêques soient en train d’interpréter Amoris laetitia selon leur propre manière de comprendre l’enseignement du pape. Cela n’est pas dans la ligne de l’Église catholique. Le magistère du pape doit être interprété uniquement par lui ou à travers la Congrégation pour la Doctrine de la foi. Le pape interprète les évêques, ce ne sont pas aux évêques d’interpréter le pape, cela contribuerait à un renversement de la structure de l’Église catholique. »

Et après avoir défendu l’orthodoxie, que par ailleurs d’autres ecclésiastiques contestent, de l’Exhortation bergoglienne par rapport à la doctrine de toujours sur le mariage, de conclure par une attaque en règle tant vis-à-vis des interprètes progressistes qui choquent les fidèles que des cardinaux des dubia qui exposent le problème :

« Ce n’est pas Amoris laetitia qui a provoqué une interprétation confuse mais certains de ses interprètes confus. »

Circulez. Il n’y a rien à voir !

Le cardinal Müller, qui se veut rassurant, apaisant, mesuré, a cependant la mémoire courte. Serait-il atteint d’un début d’Alzheimer, on pourrait sérieusement se le demander. Il faut relire, lui en premier, le paragraphe VIII de l’Exhortation, le plus contesté, le plus contestable, le plus contraire à la catholicité, dont voici la « perle » suave et subversive :

« À cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église »,

pour saisir à quel point son bel échafaudage de défense pour donner une image d’Amoris laetitia conforme à la doctrine de toujours est fragile et immanquablement s’écroulera rapidement.

Et puis il oublie François, les déclarations de François, les interprétations de François. A chaque fois qu’il l’a pu, ou l’a voulu, le pape a encouragé les interprétations épiscopales en faveur de la communion aux divorcés remariés civilement : il a félicité, par exemple, celle allant dans ce sens des évêques de Buenos-Aires :

« L’écrit est très bon et il explicite parfaitement le sens du chapitre 8. Il n’y a pas d’autres interprétations»,

il a considéré l’interprétation ultra-progressiste du cardinal Kramer comme adéquate à sa pensée, il a stigmatisé « les rigides » dans un entretien à Avvenire :

« Certains, – je pense à certaines critiques d’Amoris Laetitia – continuent à ne pas comprendre, ou c’est blanc ou c’est noir, même si c’est dans le flux de la vie qu’il faut discerner. »

Quoi qu’il en soit l’avenir est sombre pour le cardinal Müller : dès ce dernier entretien, la conférence épiscopales allemande a publié une déclaration opposée en spécifiant que les catholiques divorcés et remariés peuvent recevoir la communion dans certains cas.

La Rome moderniste serait-elle en train de brûler ?

Francesca de Villasmundo

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3 commentaires

  1. Je viens de lire l’effusion des évêques allemands. Je préfère à sa suavité loquacieuse la cacophonie romaine que rapporte si bien Francesca. Je réponds à ces évêques allemands, confortablement salariés par l’État et évidemment bien nourris, avec des mots de leur Maître, Ev.Matt.5.37 :
    ἔστω δὲ ὁ λόγος ὑμῶν ναὶ ναί, οὒ οὔ· τὸ δὲ περισσὸν τούτων ἐκ τοῦ πονηροῦ ἐστιν.
    Sit autem sermo vester, est, est : non, non : quod autem his abundantius est, a malo est.
    ‘Mais que votre parole soit: Oui, oui; non, non; car ce qui est de plus vient du mal.’
    – ou, ‹du Malin›, si j‘ai raison en supposant derrière le génitif commun aux deux plutôt le masculin personnel ὁ Πονηρός que le neutre général τὸ πονηρόν.

  2. Raiford says:

    « Amoris Laetitia », dans la ligne de Vatican II, sème le doute dans les certitudes de l’enseignement du Christ.

    Quand les chrétiens n’ont plus de certitudes, ils finissent par aller ailleurs…

  3. Le Sommelier says:

     » La liberté de conscience est une liberté de perdition et une insanité . » Pie IX . ( Quanta Cura . )

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