Le système de cartel politique rouge-noir a été sévèrement sanctionné par le premier tour de scrutin des présidentielle autrichiennes. Pour se maintenir en vie, tous ses profiteurs se coalisent pour soutenir Alexandre van der Bellen. Néanmoins, de plus en plus de citoyens s’affichent publiquement en faveur de Norbert Hofer.

Agiter les épouvantails pour perdre le peuple autrichien

Hans Peter Haselsteiner[1] fait partie des profiteurs du Système. Il est le chef d’orchestre d’une campagne médiatique à grande échelle contre Norbert Hofer. Après une pause depuis le premier tour de scrutin, il entre de nouveau dans l’arène à coups de centaines de milliers d’euros pour empêcher le candidat des Bleus d’accéder à la présidence. Sa stratégie : créer la peur. Il agite ainsi le chiffon rouge d’une sortie de l’Autriche de l’UE, à laquelle Hofer n’aspire même pas. «Si Hofer l’emporte, ce sera l’Öxit, une vague de faillites, la mort de la paysannerie, le chômage», annoncent les titres racoleurs du magnat du bâtiment et chef de file des libéraux autrichiens affiliés à l’Internationale libérale.

Même propagande qu’en France : sans l’UE vous êtes perdus, alors qu’il suffit de constater que les pays qui s’en tirent le mieux sont ceux qui n’en font pas partie (Suisse, Norvège). De surcroît, les stéréotypes nazis devaient impérativement figurer au programme de la vidéo de campagne de Haselsteiner : les crânes rasés de l’extrême droite ressemblent à ce qu’on peut voir sur les photos de la Seconde Guerre mondiale. En raison du report de l’élection, il a suspendu sa campagne et l’a reprise de plus belle à l’approche du 4 décembre. Sa rhétorique repose avant tout sur l’interdiction de penser: «On peut facilement capter des voix avec tous les thèmes nauséabonds… Mais certainement pas avec l’Öxit!» Passant ainsi sous silence que l’économie britannique s’est redressée depuis le Brexit. A la mi-octobre, il a dépensé 150.000€ supplémentaires pour van der Bellen. Sans parler de la somme à six chiffres qu’il avait déjà investie dans la campagne électorale du NEOS. Avec van der Bellen, il partage l’objectif principal : la mise en place des Etats-Unis d’Europe[2]. Ce serait la fin de l’Autriche en tant qu’Etat-nation, mais qui profiterait aux multinationales.

Affolement des élites bruxelloises

L’opposition catégorique de Hofer aux traités d’échanges TTIP et CETA[3] a particulièrement agacé les élites bruxelloises. Il a réaffirmé en octobre qu’il ne les signerait pas sans recourir préalablement à un référendum. Quant à van der Bellen, il n’a pas arrêté de louvoyer sur ce sujet : de fervent partisan il y a un an, il se mua en adversaire au printemps 2016, au gré des élections. Et il y a quelques semaines, il déclarait que «de toute façon il examinerait attentivement le CETA en tant que président»! Hofer l’a contré en disant que cela faisait longtemps qu’il l’avait examiné attentivement et que, de ce fait, il le rejetait.

Qu’un un eurosceptique puisse entrer à la Hofburg alarme l’appareil bruxellois. Jean-Claude Juncker, président de la Commission, s’est exprimé devant les caméras : «Quand les choses se corsent, il faut mentir.» En mai, il déclarait déjà: «Je souhaite que le candidat des Verts remporte la victoire.» Quant à l’Allemand Martin Schulz (socialiste), président du Parlement européen, il est familier de l’ultime déballage, le reductio ad hitlerum: «Si l’extrême droite remporte les élections en Autriche et en Europe, cela va changer le caractère de l’Europe.» Comme si l’UE était l’Europe! Comme le montrent les sondages, les Européens sont nombreux à vouloir ce changement! Et, pour finir, Sigmar Gabriel, président du SPD allemand, a appelé à un front uni contre Hofer. De quoi se mêlent-ils, ces Allemands!

Il y a longtemps que les oligarchies autrichiennes se serrent les coudes face au FPÖ. La cabale coalise, aux côtés des Verts, le SPÖ (socialistes), les Neos et la candidate «indépendante» Irmgard Griss qui a soutenu van der Bellen en sous main au premier tour de scrutin. En particulier, le SPÖ et ses têtes de liste ont donné comme consigne générale de voter pour van der Bellen : depuis le chancelier Christian Kern jusqu’au maire de Vienne Michael Häupl, en passant par l’ancien gouverneur du Land de Salzbourg, la juriste Gabi Burgstaller, qui se retira de la politique en 2013 après sa débâcle aux législatives de 2013[4] en raison d’un scandale financier qui éclata en décembre 2012.

Les défenseurs du génie génétique dans le camp du mondialisme

La direction de l’ÖVP (chrétiens-démocrates, appelés aussi les noirs) s’est tenue à l’écart, mais ses anciens dirigeants Wilhelm Molterer, Josef Riegler et Erhard Busek ont pris position pour van der Bellen avant même le premier tour de scrutin. Ce que le secrétaire général du FPÖ Herbert Kickl a taxé d’«appel d’un ÖVP en faillite». Van der Bellen serait un «prolongateur idéal de la vie d’un système que des gens comme Busek, Molterer et Fischler ont conduit droit dans le mur».

Mais il n’y a pas que les hommes politiques qui se sont mobilisés contre Hofer, il y a aussi les profiteurs et petits copains du système économique : des journalistes, des artistes, des cercles ecclésiastiques et des scientifiques. Début 2016, la biologiste moléculaire Renée Schröder a ainsi admis qu’elle avait poussé l’ancien président des Verts à poser sa candidature. Elle a affirmé froidement que les organismes génétiquement modifiés ne présentaient aucun danger, niant que des études indépendantes prouvent le contraire. Un autre partisan des techniques génétiques figure dans le groupe de soutien à van der Bellen: Franz Fischler. Lorsqu’il était commissaire européen, il a ouvert la voie à la manipulation génétique dans le domaine de l’agriculture et des produits alimentaires. En 2003, il envoya un petit signe en direction des Etats-Unis : «Nous, à la Commission, nous ferons tout notre possible pour montrer que nous tiendrons nos engagements sur la technologie génétique.»

Reductio ad hitlerum et criminalité

Même l’artiste actionniste Günter Brus[5] est entré dans la mêlée: «Je vote pour van der Bellen parce que je veux faire barrage à Hofer.» Brus est devenu célèbre lorsqu’en 1968, à l’université de Vienne, il présenta devant des centaines de gens un spectacle affligeant où il déféqua, se barbouilla de ses excréments et chanta l’hymne national autrichien en se masturbant.  «Faire barrage à Hofer» est la motivation principale des partisans de van der Bellen dans les milieux d’extrême gauche. L’action de ce déjanté, «Ma voix contre Norbert Hofer» lancée en septembre, a marqué le virage typiquement révolutionnaire de la gauche. Les gens se font photographier en posant à côté d’affiches portant le slogan Les réfugiés dedans, le FPÖ dehors[6].

Tout porte à croire que, dès le premier tour de scrutin, les partisans de van der Bellen ont utilisé tous les moyens possibles pour favoriser l’arrivée au pouvoir des sectateurs de l’OTAN. En dépit des mises en garde de l’écrivain Graz Thomas Glavinic contre la tentation de traiter les «dissidents de saletés et de racailles», cela n’a pas empêché l’essayiste Robert Manasse[7] de qualifier Hofer de «nazi» et ses électeurs de «fascistes». L’activiste politique Rudi Fussi a, lui, expliqué qu’il n’y a que deux types d’hommes qui votent pour Hofer: «Les extrémistes de droite ou les crétins.» Intéressant: tant qu’ils ont voté pour le SPÖ, on se dispensait de telles provocations. «Nous avons besoin de toutes les voix si nous voulons gagner cette élection», proclamait quant à elle l’actrice Julia Stemberger en mai, jouant le rôle de modératrice lors de «La Fête des artistes pour van der Bellen», qui s’est tenue dans le Konzerthaus [somptueuse salle de concerts) de Vienne. «La créativité ne connaît aucunes limites. Même quand elles sont criminelles… mais pas trop[8]», poursuivit-elle perfidement sous un tonnerre d’applaudissements. Une façon d’approuver un «peu» d’énergie criminelle et d’appeler les antifas à continuer à violer la loi. Comme en 2015 au Bal des diplômés d’université de Vienne[9], où la violente manifestation de la gauche entraîna 500.000€ de dommages, sans qu’il soit procéder à une quelconque arrestation. Pour l’heure, de nombreux actes de vandalisme sont commis contre le matériel de campagne du FPÖ: des centaines d’affiches sont souillées ou détruites, des autoportants d’affichage triangulaire démontés et volés. «Des dégâts collatéraux!» diraient les Américains.

Les pays voisins apprécient Hofer

Comme en 1986 au moment de l’élection du président Kurt Waldheim, qui se déroulait pourtant dans un contexte économique favorable, certaines célébrités brandissent le spectre de la perte de la réputation internationale de l’Autriche en cas d’accession des Bleus à la Hofburg. Pourtant, certains chefs d’Etat étrangers ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils apprécieraient Hofer en tant que président. Suite à l’invitation de ce dernier par le président tchèque Miloš Zeman en septembre au château de Prague, tous deux sont tombés d’accord sur la nécessité de renforcer leur coopération commune, notamment sur la question de l’immigration de masse.

«Hofer nous rend notre fierté»

Force est de constater que Hofer a beaucoup plus d’amis sur Facebook que van der Bellen. Ces derniers temps, de plus en plus d’Autrichiens osent soutenir Hofer ouvertement. «Norbert Hofer est le seul qui soit représentatif de l’Autriche», a lancé Felix Baumgartner[10], le fameux spécialiste de la chute libre supersonique. En septembre s’est constituée l’association «Chrétiens pour Hofer[11]», dont le porte-parole, l’économiste Heinrich Wohlmeyer, n’est autre que le petit-neveu de l’ancien chancelier Julius Raab. D’emblée, Wohlmeyer a jugé en tant que chrétien que van der Bellen ne devrait pas être éligible car il a condamné la formule de prestation de serment «Que Dieu me vienne en aide». Pour les deux pionniers des énergies renouvelables, Wolfgang Löser (première énergie autonome agricole en Autriche) et Gerhard Kaindl (première maison d’énergie à Vienne), qui connaissent Hofer depuis plus de quinze ans, Hofer est un homme «droit et honnête», et ils apprécient la «franchise de sa poignée de main». De même pour le maire SPÖ de Wörgl, Hedi Wechner, qui le considère comme un «homme d’honneur».

Source :

http://www.allesroger.at/alle-gegen-hofer

[1] Le FPÖ a été un parti libéral jusqu’en 1993, année où il résilie son adhésion à l’Internationale libérale sous l’impulsion de Jörg Haider. Les libéraux du FPÖ quittent alors le parti pour fonder le Forum libéral (Liberales Forum, LIF, die Liberalen). Ce dernier forme une alliance électorale avec Das neue Österreich (connu sous le signe NEOS, La Nouvelle Autriche, fondée en octobre 2012) et les Jeunes libéraux (Junge Liberalen), alliance qui entre au Conseil national après les législatives de 2013. Ces partis fusionneront en janvier 2014 sous le nom générique de NEOS. Comme tous les partis libéraux, le NEOS est affilié à des organisations transnationales: à l’Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe (ALDE) et à l’Internationale libérale, association fondée en 1947 qui représente une fédération mondiale des partis politiques libéraux et radicaux (sociaux-libéraux) du monde entier, et qui siège à Londres. Organisations dont le but est de développer une politique concertée.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Forum_lib%C3%A9ral_(Autriche)

https://fr.wikipedia.org/wiki/NEOS_-_La_nouvelle_Autriche_et_le_Forum_lib%C3%A9ral

http://www.liberal-international.org/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Internationale_lib%C3%A9rale

Quant à Haselsteiner, c’est un magnat du bâtiment (groupe Strabag) et un homme politique. Il est député de 1994 à 1998 et vice-président du LIF de 1996 à 1998. Aux législatives de 2008, il finance et anime la campagne du LIF en tant que président du comité de soutien de la candidate tête de liste Heide Schmidt, qui s’associa notamment avec les Verts. Aux législatives de 2013, il soutient la coalition du NEOS financièrement et brigue un poste de ministre. Il faut savoir qu’à cette élection présidentielle de 2016, Haselsteiner a apporté un large soutien à van der Bellen en termes financiers et médiatiques. https://de.wikipedia.org/wiki/Hans_Peter_Haselsteiner

[2] A laquelle Hofer est farouchement opposé :
http://www.medias-presse.info/autriche-entretien-exclusif-avec-norbert-hofer-candidat-a-la-presidence-autrichienne-je-veux-une-europe-forte-et-unie-composee-detats-nations-forts-et-surs-deux-m/64856/

[3] http://www.medias-presse.info/autriche-manifestation-contre-le-ceta-et-le-ttip-a-vienne/63050/

[4] Où le SPÖ est passé de 40% à 23,83%.Une perte due au scandale financier qui éclata en décembre 2012, qui entraîna la démission du vice-gouverneur David Brenner du Land de Salzbourg et des élections législatives anticipées dans ce même Land.
https://de.wikipedia.org/wiki/Salzburger_Spekulationsskandal

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%BCnter_Brus

[6] http://fr.euronews.com/2016/01/30/manifestation-contre-le-bal-de-l-extreme-droite-a-vienne

[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Menasse (de religion judaïque).

[8] https://www.unzensuriert.at/content/0020801-Stimmen-fuer-Van-der-Bellen-Schauspielerin-Stemberger-ruft-im-Wahlkampf-zu
https://www.youtube.com/watch?v=2h85hSsHt6A

http://www.ots.at/presseaussendung/OTS_20160517_OTS0141/fpoe-kickl-stemberger-aufforderung-zu-bisschen-kriminalitaet-bei-van-der-bellen-veranstaltung
http://www.heute.at/freizeit/szene/Konzerthaus-Stimmen-fuer-Van-der-Bellen;art23668,1286343

[9] Le traditionnel Bal des corporations (Burschenschaftenball), devenu l’Akademikerball en 2013, se déroule au Palais impérial.
https://www.youtube.com/watch?v=v9Db2-ylcH8
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/01/30/97001-20150130FILWWW00109-venne-mobilisation-policiere-pour-le-bal-de-l-extreme-droite.php

[10] http://www.redbull.com/fr/fr/athletes/1331587197349/felix-baumgartner
https://fr.wikipedia.org/wiki/Felix_Baumgartner

[11] http://www.medias-presse.info/autriche-linitiative-apolitique-et-independante-chretiens-pour-norbert-hofer-sinvite-dans-la-campagne-presidentielle/63960/

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3 commentaires

  1. « la fin de l’Autriche en tant qu’Etat-nation »
    1. Les réputés morts ont une vie plus longue (proverbe tudesque).
    2. L’Autriche à longtemps été un État à nations, mais jamais un État-nation.
    3. Pour plus d’informations, prendre le canal Rhin-Main-Danube, débarquer à Visegrád, monter à pied au château-fort et sonner fort.

  2. « ‹ La créativité ne connaît aucunes limites. › »
    À l’attention de la traductrice d’un présumé original ‹ Die Kreativität kennt keine Grenzen › :
    ‹ La créativité ne connaît pas de limites. › / ‹ La créativité ne connaît aucune limite. › ; medium non datur.

  3. […] l’économiste Heinrich Wohlmeyer […] a jugé en tant que chrétien que van der Bellen ne devrait pas être éligible car il a condamné la formule de prestation de serment «Que Dieu me vienne en aide».
    (J’irais au-delà de H. Wohlmeyer en omettant « en tant que chrétien », mais à part ce détail 🙂
    1. Les formules juridiques comportent souvent des archaïsmes, dont à un moment donné quelques-uns sont reconnaissables comme tels, d’autres non.
    2. Le texte original de cette formule tudesque est « so wahr mir Gott helfe »,
    3. En moyen haut-allemand le conjonction ‹ sô › remplit encore la fonction de frz. ‹ si › dans une proposition conditionnelle, usage qui a survécu dans quelques autres locutions pieuses ; cf. en fin de répétition de la schola:
    A. Kommst du morgen?
    B. Ja, so Gott will.
    4. Le subjonctif indubitable que représente ‹ helfe › est de ce fait un subjonctif non optatif (« que Dieu m’aide ! ») mais conditionnel (« si Dieu m’aide », « pourvu que Dieu m’aide »), et la substitutiion dans ce cas de figure de « sô » durch « wenn » fait partie du passage du moyen haut-allemand au nouveau haut-allemand, même si elle crée un autre problème dans le cas de ‹wenn› : quand « quand » et quand « si » ? Mais cela, c’est une autre histoire. valete et me amate.

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