« De la véritable nature de la monnaie »

Valérie Bugault et Jean Rémy

Alors que les économistes, formés pour être les gardiens du temple financier actuel, sont unanimes pour dire que la monnaie est, notamment mais essentiellement, un instrument de stockage de la valeur, Jean Remy et moi-même avons démontré dans notre ouvrage intitulé « Du nouvel esprit des lois et de la monnaie » (publié en juin 2017 aux éditions Sigest) que la monnaie est, de façon bien plus fondamentale, un service rendu à la collectivité par une puissance publique légitime. La monnaie n’est en aucun cas une marchandise dotée d’une valeur intrinsèque, et n’est donc pas non plus, contrairement à ce que d’aucun affirme (cf. https://insolentiae.com/ca-y-est-la-monnaie-electronique-en-or-arrive-ledito-de-charles-sannat/), un instrument de stockage de la valeur. En décider autrement revient à justifier tout l’édifice financiariste et dogmatique actuel, c’est-à-dire, in fine, à justifier le contrôle des monnaies par quelques banquiers anonymes, par le biais du jeu séculaire des banques centrales et des marchés subséquents de taux de change et d’intérêt.

La conception d’une monnaie-marchandise est, de façon structurelle, un empêchement rédhibitoire à ce que la monnaie joue pleinement le rôle pour lequel elle a été créée : celui de faciliter les échanges. En effet, une monnaie-marchandise a pour principale caractéristique d’être accaparée ; il en résulte, de façon mécanique, le fait que la gestion monétaire devient, à terme, réalisée par des intérêts privés, exactement contraires à l’objectif d’intérêt général auquel le concept de monnaie répond. Un pas plus loin, nous avons démontré dans notre ouvrage que pour être pleinement efficace, une monnaie doit être émise par des instances politiques légitimes, c’est-à-dire des instances politiques dont le rôle est effectivement de garantir l’intérêt général.

Pour comprendre ce qu’est la monnaie, il faut se référer aux temps les plus anciens qui ont vu sa naissance et ses premiers développements, c’est-à-dire s’ouvrir aux découvertes de l’archéologie. Il faut également se référer à la sémantique et à la nature réelle des choses, et non pas rester dans la scolastique. Les apparences actuelles de la monnaie, en tant qu’instrument de réserve de valeur (autrement dit une « monnaie-marchandise »), reposent sur des analyses qui ont été entièrement élaborées et renouvelées depuis quatre siècles par des individus intéressés à faire croire que la monnaie était foncièrement un bien, c’est-à-dire une réserve de valeur, de façon à justifier la conservation du contrôle de cette dernière par des banquiers tout-puissants.

Dans ce contexte, il est tout à fait essentiel de comprendre que les crypto-monnaies qui émergent actuellement reposant sur la technologie des blockchains (le bitcoin étant la plus connue), dont tout un chacun parle beaucoup sans les connaître vraiment, ne diffèrent aucunement de la monnaie-marchandise telle qu’actuellement, généralement et frauduleusement, conçue. Ces crypto-monnaies sont en effet structurellement tout à la fois un instrument de circulation des biens et une réserve de valeur. Techniquement, la valeur de ces monnaies dématérialisées est entre les mains des « mineurs » qui réalisent de facto et dans le même temps une communauté d’utilisateurs. Quelle que soit la dénomination de la crypto-monnaie (bitcoin ou autres) ces « mineurs » peuvent ou non se connaître et peuvent ou non réaliser une collusion d’intérêts. Dans l’hypothèse où ces « mineurs » se connaîtraient préalablement, ils réaliseraient une société de fait dont chacun d’eux détiendraient une part du capital. Dans tous les cas, les émetteurs des premières quantités d’une cryptomonnaie sont obligatoirement des « mineurs » de leur propre monnaie. La façon dont ils conçoivent la comptabilisation de cette monnaie ainsi créée est d’ailleurs très révélatrice : elle rentre dans leur capital ; ils pourront ainsi profiter d’une façon continue de l’accroissement de sa valorisation. S’il semble excessif a priori d’estimer que d’une façon générale en matière de blockchain tous les « mineurs » d’une crypto-monnaie particulière réalisent et génèrent une collusion d’intérêt dans l’objectif de contrôler ladite monnaie, il est en revanche des points obscurs du concept de blockchain que l’on ne peut pas, sous prétexte de naïveté, passer sous silence.

Premièrement, ce concept de monnaie dématérialisée (crypto-monnaie) est apparu fort opportunément en 2009 à la suite de la crise financière de 2007 elle-même organisée par les plus hautes instances bancaires en partenariat étroit avec les instances politiques américaines qui ont organisé et géré la dérégulation financière au niveau mondial. Il semble inutile ici de revenir sur toute la construction de l’édifice monétaire et financier que nous avons décrit par ailleurs.

Deuxièmement, l’actuelle demande pour les bitcoins a été considérablement accrue par le fait d’actes de piratages informatiques, les rançons réclamées par lesdits pirates devant être libellées en bitcoins.

Troisièmement, l’existence de ces crypto-monnaies réalise la création de circuits financiers parallèles, que l’on pourrait appeler « de l’ombre », en complète infraction avec toutes les règles péniblement édictées afin de réguler un tant soit peu la circulation des monnaies officielles.

Pour résumer, en tant que « monnaie-marchandises », toutes les crypto-monnaies issues de la technologie blockchain sont, de façon structurelle, susceptibles d’accaparement ; elles sont même précisément « une invitation à l’accaparement », tout comme l’or l’a été en son temps. Par ailleurs, toutes ces nouvelles crypto-monnaies échappent, de façon fonctionnelle et structurelle, à tout contrôle public et citoyen.

La caractéristique de monnaie-marchandise rend, de fait, extrêmement suspectes les crypto-monnaies, tout comme le sont les monnaies classiques actuelles. L’histoire nous apprend que de l’accaparement des monnaies-marchandises a résulté la domination économique et politique par une petite minorité d’individus qui se sont rendus maîtres « du fait monétaire ». Il résulte de l’application de ce schéma une disparition du sens de ce qu’est la politique par une domination intégrale du « fait politique » par le « fait économique ».

Ne rééditons pas avec des crypto-monnaies l’erreur historique ayant consisté à considérer la monnaie comme une marchandise ; peu importe le support, matériel ou dématérialisé de la monnaie, seule compte sa raison d’être qui est, de façon conceptuelle, un service rendu à la collectivité, celui de fluidifier les échanges. Nous vivons actuellement une ère d’imposture universelle dont la seule façon de sortir est d’analyser sans concession les fondamentaux historiques de toutes les constructions humaines, dont la monnaie ainsi que le « fait politique » font essentiellement partie.

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5 commentaires

  1. Soupape says:

    La monnaie a été inventée depuis longtemps, pour PLUSIEURS raisons PRATIQUES,
    nés du besoin de se prémunir contre les arnaques,
    besoin apparu au lendemain du Péché originel.

    Les buts de la monnaie sont donc les suivants :
    – faciliter les transactions, pour éviter le troc.
    – rémunérer le travail, qui, sans quoi, resterait une valeur immatérielle.
    – conserver la valeur, en permettant l’épargne,
    (afin de ne pas vivre qu’au jour le jour, mais de faire des projets)
    – permettre des échanges marchands entre nations différentes,
    ayant des monnaies différentes.

    Par ailleurs, l’expérience montre
    que toutes les monnaies se déprécient, lentement mais sûrement,
    puisque le prix de la baguette de pain, ou de la barquette de beurre,
    n’est plus le même qu’il y a 20 ans, les salaires devant suivre, en principe.
    C’est ce qu’on appelle l’inflation.
    L’inflation ronge l’épargne, d’où la nécessité de rémunérer l’épargne.

    Enfin la quantité de monnaie mise en circulation
    doit suivre le rythme d’accroissement de la population,
    sinon les gens en seraient de plus en plus démunis.

    Bien entendu la dévaluation (ou la réévaluation)
    ne vaut que par rapport aux autres monnaies,
    et n’affecte que les échanges commerciaux avec les autres nations.
    Il s’ensuit que les monnaies peuvent être traitées comme des marchandises.

    La monnaie nationale, privilège de souveraineté,
    a cours forcé et obligatoire dans le Pays qui la garantit.

    • Soupape says:

      Le résumé ci-dessus est une entrée en matière.

      Il s’agissait de montrer
      – que la monnaie n’a pas été inventée seulement pour dépasser le stade du troc ;
      – qu’il faut un ministre de l’économie pour réguler les grands ratios d’équilibre.

      En effet, dans un Pays qui n’est plus gouverné économiquement,
      les grands ratios glissent de façon aléatoire,
      le chômage ne cesse d’augmenter (même si macro-HONTE n’ose pas en parler !)
      les salaires ne permettent plus d’épargner, ni même de vivre.
      Donc plus personne n’ose faire des projets, ni entreprendre …

      Et le chaos économique s’installe rapidement !

      Quand à réguler « au niveau européen », … il s’agit d’une vaste fumisterie.
      Car prétendre vouloir gérer 28 pays à la fois,
      quand personne ne s’avère capable d’en gérer un seul,
      c’est une plaisanterie et une foire d’empoigne !

      Dehors les fonctionnaires européens, dehors junker, dehors van rompuy,
      dehors ces imposteurs qui n’arrivent jamais à rien ! …

  2. Bonjour à tous et à toutes says:

    Fallait voter Asselineau pour l’UPR pour une sortie unilatérale de cette UE qui n’est qu’une arnaque de plus après le vol de la souveraineté financière des pays du vieux continent avec la loi de 1973.

  3. Il ne faut pas incriminer la Révolution Française sur ce site avec autant d’allégresse sans tirer les conclusions qui s’imposent sur notre monde moderne… et nos valeurs actuelles tributaires de la Révolution Française (et pas la grande romaine, désolée…).
    Il faut écouter la topo de Marion Sigaut sur l’usure plus haut, et relire cet article à la lumière de ce qu’on aura appris en l’écoutant.
    Et qu’on ne me serve pas la litanie du « réalisme », et du « on n’a pas le choix », car je ne l’écouterai pas.
    Autre point : il ne faut pas sous-estimer la manière dont la dématérialisation mine la valeur de l’argent dans nos têtes.
    Si jamais nous parvenons à GARDER LA MONNAIE dans le monde qui se profile à l’avenir (et je ne parle pas de bitcoin), ce sera.. un miracle.
    Nous sommes tombés en idolâtrie devant les chiffres, ayant déserté… le Verbe depuis trop longtemps…

    • Cette dernière phrase incorpore une grande vérité.

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