En cette période estivale, l’attention médiatique se porte sur le transfert à prix d’or d’un joueur de foot, le dénommé Neymar.

Mais il n’est pas inutile, même pour ceux qui ne s’intéressent pas au foot, d’observer le rôle d’un personnage de l’ombre, pourtant central, l’agent intermédiaire israélien Pinhas Zahavi, 73 ans, venu à Paris aider au règlement de la clause de cession de 222 millions d’euros au FC Barcelone, par le clan Neymar et l’équipe de football du PSG, propriété du Qatar.

Bien sûr, les télévisions ne s’attarderont que sur l’attaquant brésilien Neymar da Silva Santos Junior engagé « pour cinq ans avec le PSG » pour un salaire net de 30 millions d’euros par an. Il s’agit du transfert le plus cher de l’histoire du football, un sport où l’argent a pris une place complètement insensée.

« J’avais l’habitude d’aller toutes les quatre semaines pour le football en Angleterre avec Reuven Rivlin [actuel président israélien], » confie Pinas Zahavi à un quotidien anglais.

En vérité, l’israélien Zahavi est depuis longtemps un homme très influent dans le monde du football. En 1979, c’est déjà lui qui avait négocié le premier transfert du défenseur israélien Avi Cohen du Maccabi Tel-Aviv à Liverpool pour l’équivalent de 300 000 euros. Une affaire qui lui a appris comment « gagner de l’argent grâce au sport », confiait-il à The Observer il y a neuf ans.

Zahavi est aussi connu en Belgique, où il est à la base de la reprise du club de Mouscron après le départ de Lille de l’actionnariat du club. Le quotidien belge La Dernière Heure écrit : « Aujourd’hui, Mouscron appartient à la Latimer, un fonds d’investissement maltais. Et à la tête de ce fonds, on retrouve Adar Zahavi, le neveu de Pini. Et Gil, un autre neveu, siège aussi au club. En procédant de la sorte, Pini Zahavi disparaît de l’organigramme du club mouscronnois. Une entourloupe qui lui permet d’éviter l’interdiction de la tierce propriété imposée par la Fifa. »

Et le nom de Zahavi apparaît un peu partout dans la planète foot depuis 30 ans.  « Le rachat de Chelsea par Roman Abramowitch, c’est lui. Les transferts de Neymar (déjà) à Barcelone, c’est lui. De Rio Ferdinand, de Jaap Stam et de Juan Sebastian Veron à Manchester, c’est lui. De Didier Drogba et de Petr Cech à Chelsea, c’est toujours lui. En Argentine, il a été influent auprès de Gonzalo Higuain, de Javier Mascherano ou encore de Carlos Tevez. « , écrit La Dernière Heure.

Pini Zahavi est un artiste de la négociation et du contournement de certaines règles. C’est pourquoi le PSG a fait appel à lui dans le cadre du transfert de Neymar. Pour son expertise dans ce transfert, Pini Zahavi aurait touché une commission de près de 35 millions d’euros.

Zahavi, ancien journaliste sportif reconverti dans le trading des joueurs de foot, vit actuellement dans le nord de Tel Aviv. Son nom a aussi été cité dans des enquêtes financières. Mais il n’a jamais été condamné. Il a même, dans certains cas, reçu des dédommagements.

Des aspects géopolitiques

« Le transfert de Neymar au PSG (propriété du Qatar) a été piloté en haut lieu au Qatar et a servi surtout à déployer une stratégie de communication qui occulte dans la durée le débat sur toute autre question, notamment celle du soutien au terrorisme », juge Mathieu Guidère, professeur de géopolitique arabe à Paris. « Cela a permis de détourner l’attention et de la focaliser sur un thème consensuel, le sport », ajoute-t-il.

Selon Andreas Krieg, analyste associé au King’s College de Londres, le transfert de Neymar constitue un acte de « défi » envers l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. Le 5 juin 2017, ces deux pays, ainsi que le Bahreïn et l’Egypte ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar et lui ont imposé des sanctions économiques en l’accusant d’entretenir des liens avec des groupes extrémistes et de ne pas prendre assez de distance avec l’Iran. S’en est suivie une campagne quotidienne visant à isoler Doha sur la scène arabe et bien au-delà. De son côté, le Qatar a rejeté en bloc toutes les accusations, affirmant que ses adversaires cherchaient à placer sa politique étrangère « sous tutelle ».

Le Qatar (2,6 millions d’habitants) joue un rôle grandissant depuis une vingtaine d’années dans plusieurs conflits et a aussi développé une stratégie d’influence via de gigantesques investissements internationaux dans l’immobilier, l’hôtellerie, l’industrie, le transport aérien, la finance, les médias et le sport. C’est ce qu’on appelle le « soft power ».

« Pour le moment, les adversaires du Qatar sont paralysés face à cette stratégie de contournement parce qu’aucun d’eux ne possède un levier de communication aussi puissant dans le domaine du sport international », explique le géopolitologue Matthieu Guidère. « Depuis plusieurs jours, personne ne parle plus de l’image négative mais seulement du transfert de Neymar. En Occident, l’idée du sport l’emporte sur le reste également. Il est clair que le sport sert ici à briser l’isolement politique du Qatar ».

 

 

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