Moscou veut faire traduire en justice les responsables du massacre d’Odessa et des autres crimes commis en Ukraine

Traduction intégrale pour Medias Presse Info, de l’entretien accordé par Sergeï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de Russie, à Russia Beyond the Headlines, le 26 août 2014.

Pour toute reprise partielle (reprise totale interdite) merci d’indiquer la source : http://medias-presse.info/?p=14488

Russia Beyond the Headlines: Il a été répété, en particulier dans les médias occidentaux, que les troupes russes pourraient être déployées en Ukraine et même qu’elles auraient déjà traversé la frontière ukrainienne. Est-ce  possible à votre avis?

Sergeï Lavrov et Laurents Fabius, lors de la réunion du Conseil de Coopération franco-russes sur les questions de sécurité en Syrie
Sergeï Lavrov et Laurents Fabius, lors de la réunion du Conseil de Coopération franco-russes sur les questions de sécurité en Syrie

Sergueï Lavrov: Malheureusement, les médias continuent de répandre des rumeurs, de fausses informations et même des mensonges purs et simples. Récemment l’Ukraine a prétendu que son artillerie avait détruit une colonne blindée qui aurait traversé la frontière de l’Ukraine, et les médias britanniques ont même dit qu’ils ont vu l’incursion. Aucune preuve, cependant, n’a été présentée, et même le département d’Etat américain n’a pas pu confirmer l’incident. Nous considérons toutes ces histoires dans le cadre d’une guerre de l’information.

RBTH: Mais une véritable guerre a lieu sur le terrain.  Que peut faire la Russie pour résoudre cette crise?

SL: Notre position est limpide – nous voulons la paix en Ukraine, qui ne peut être atteinte que grâce à un large dialogue national auquel doivent participer toutes les régions et toutes les forces politiques du pays. C’est ce que la Russie, les Etats-Unis, l’UE et l’Ukraine ont convenu à Genève le 17 Avril. Lors de la récente réunion des ministres des Affaires étrangères de la Russie, de l’Allemagne, de la France et de l’Ukraine à Berlin, personne ne s’est opposé à une confirmation de la Déclaration de Genève. Le problème est pour Kiev d’ arrêter la guerre et de renoncer à l’illusion que la crise profonde en Ukraine peut être résolue par une victoire contre son propre peuple. Il est très triste que les Etats-Unis et l’Union européenne continuent à soutenir aveuglément tout ce que fait Kiev

Laissez-moi rappeler un autre document que Kiev et l’Occident tentent d’oublier. Le 21 Février, un accord sur le règlement de la crise a été signé par Viktor Ianoukovitch,  Arseni Iatseniouk, Vitali Klitschko et Oleg Tyagnibok [les oligarques qui tiennent le pouvoir actuel à Kiev, NDLR] assistés par les ministres des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et de la Pologne. Ils disent maintenant que  l’accord « a été remplacée par les événements», parce que [l’ancien président d’Ukraine], M. Ianoukovitch a quitté le pays. Mais permettez-moi de rappeler à mes collègues que l’accord du 21 février a été reconnu comme la priorité numéro un de l’engagement pour un gouvernement d’union nationale. Est-ce que cet objectif dépend de la personnalité de M. Ianoukovitch? l’unité nationale, n’est-ce pas un principe universel pour tout pays qui veut rester uni? Au lieu d’honorer cet engagement, les dirigeants de l’opposition ont organisé un coup d’État et ont déclaré publiquement qu’ils avaient créé un «gouvernement des vainqueurs ». Malheureusement, la logique du  « gagnant prend tout » reste le critère des actions de Kiev, faisant des milliers de victimes parmi les civils, des centaines de milliers de réfugiés et de personnes déplacées, ainsi que qu’une infrastructure sociale presque totalement détruite dans de nombreuses villes et villages dans l’est de l’Ukraine.

RBTH: Il a beaucoup été question d’une nouvelle guerre froide dans les relations entre l’Occident et la Russie, les États-Unis et l’Union européenne ayant imposé des sanctions économiques. Si elles poursuivent dans la voie du durcissement des sanctions, comment la Russie peut-elle  répondre?

SL: Les tentatives visant à régler les crises par des sanctions unilatérales en dehors du cadre des décisions du Conseil de sécurité de l’ONU menacent la paix et la stabilité internationales. De telles tentatives sont contre-productives et en contradiction avec les normes et principes du droit international. Il est absolument inacceptable de parler à la Russie – ou à n’importe qui d’ailleurs – par ultimatums et les mesures coercitives. Notre réponse à des mesures unilatérales par les États-Unis, l’UE et d’autres pays a été équilibrée et en conformité avec les droits et obligations de la Russie en vertu des traités internationaux, y compris de l’Organisation mondiale du commerce.

RBTH: Mais les menaces de sanctions  continuent et sont  mises en œuvre. La Russie va-t-elle répondre à de nouvelles mesures ?

SL: Ce n’est pas du tout notre optique, mais il ne devrait y avoir aucun doute que nous ferons tout ce qui est nécessaire pour protéger nos intérêts légitimes, y compris les intérêts de la sécurité nationale dans toutes ses dimensions. La Russie réfléchit à des stratégies de substitution à l’interdiction des importations de l’UE et des États-Unis en  Russie, lesquelles ont été à la base de notre décision de restreindre, pour la durée d’un an, l’importation de produits agricoles et alimentaires en provenance de plusieurs États qui avaient adopté des sanctions économiques sectorielles contre la Russie. Mais la Russie ne veut pas continuer sur la route de l’escalade. Nous espérons que les Etats-Unis, l’Union européenne et d’autres écouteront la voix de la raison et mettrons un terme à ce cercle vicieux qu’ ils ont initié.

RBTH: Que pense la Russie de l’enquête sur le crash du vol MH17 dans l’est de l’Ukraine ?

SL: La chute de l’avion de la Malaisie est une tragédie choquante. Dés le 17 Juillet, nous avons appelé à une enquête internationale ouverte et objective. Il est impossible d’expliquer pourquoi les autorités ukrainiennes, qui portent l’entière responsabilité de la sécurité des vols internationaux sur le territoire de leur pays, n’avaient pas fermé l’espace aérien au-dessus de la zone de combat. La résolution 2166 adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies le 21 Juillet prévoit une enquête approfondie et indépendante sur l’incident conformément aux directives internationales de l’aviation civile. Malheureusement, dès le début, nous avons été témoins de tentatives pour dissimuler les preuves et entraver la mise en œuvre de cette résolution. La demande d’ un cessez-le dans la zone de l’accident a été ignorée par les autorités ukrainiennes durant plus de 10 jours, et notre proposition de de demander le plein respect de la Résolution 2166 a été bloquée au Conseil de sécurité par les États-Unis, le Royaume-Uni et la Lituanie. Dans le même temps, ces mêmes pays et d’autres ont commencé à répandre des accusations sans fondement contre la Russie. Permettez-moi de rappeler que la Russie est pleinement engagée dans l’enquête internationale en pleine conformité avec la Résolution 2166. Nous aimerions voir l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) prendre un rôle plus actif en la matière, et nous croyons que les Nations Unies et l’OACI devrait coordonner les efforts internationaux visant à garantir des résultats probants du début de l’enquête. La Russie est le seul pays qui a officiellement présenté à la communauté internationale les données relatives à l’accident telles que nous les avons captées par notre service de surveillance de l’espace. D’autres en sont encore à fournir les preuves qu’ils possèdent.

RBTH: Pensez-vous que tous les éléments de preuve relatifs à l’accident seront disponibles afin que les enquêteurs puissent établir exactement ce qui s’est passé ?

SL: Nous avons mis formellement en avant un certain nombre de questions  qui restent sans réponse. Par exemple, où sont les transcriptions des échanges entre les pilotes de MH17 avec  les contrôleurs aériens ukrainiens et pourquoi n’ont-elles pas été présentées à la communauté internationale? Pourquoi les contrôleurs n’ont pas empêché le vol d’entrer dans la zone de conflit? Dans quelle mesure une enquête objective et indépendante peut être assurée sans un accès sûr et sans entrave des experts sur le site de l’accident, où Kiev continue son activité de guerre en violation de la résolution 2166? Et où est la preuve documentée clamée par les responsables américains sur les causes de la chute de l’avion? Nous espérons obtenir des réponses à ces questions et à celles d’autres  Etats qui ont eu le rôle principal dans l’enquête internationale et de ceux qui ont fait des déclarations publiques non fondées. La vérité doit être révélée. C’était notre demande pressante lors de la récente réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, alors que certains Etats membres ont montré peu d’enthousiasme dans la poursuite de l’enquête d’une manière transparente et responsable. Nous ne devons pas permettre à l’enquête sur l’accident MH17 d être manipulée et plongée dans l’oubli, ce qui est arrivé à des enquêtes dans de nombreuses tragédies ukrainiennes, y compris l’agression de sniper sur les civils à Kiev en Février, les massacres à Odessa et à Marioupol en mai et d’autres encore. Nous sommes déterminés à insister pour  traduire en justice tous ceux qui portent la responsabilité de ces crimes.

RBTH: Le coût en vies humaines de ce conflit est élevé et des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées à cause des combats. Comment voyez-vous la situation humanitaire en Ukraine ?

 SL: La situation humanitaire dans les régions de Lougansk et de Donetsk dans l’est de l’Ukraine est catastrophique et continue de se détériorer. Et ce n’est pas seulement notre point de vue. Cette évaluation est largement partagée au sein des Nations Unies, y compris par le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, au sein du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et du Conseil de l’Europe. Plus de 2.000 personnes ont été tuées et plus de 5000 blessées, dont de nombreux enfants. Il ya une grave pénurie de nourriture et de médicaments et le risque croissant d’épidémies et de maladies infectieuses. Plus de 200.000 personnes à Lugansk sont privées d’électricité, d’eau potable et de moyens de communication. Un grand nombre de personnes ont fui la zone de conflit. Depuis le 1er Avril, près de 775 000 citoyens ukrainiens sont entrés sur le territoire russe, et 190 000 Ukrainiens ont demandé un statut de réfugié en Russie. Des abris temporaires ont été mis en place dans notre pays pour accueillir des dizaines de milliers de refugiés. Dans ces circonstances, il est essentiel d’assurer l’approvisionnement immédiat de l’aide humanitaire à la population du sud-est de l’Ukraine. Les questions humanitaires doivent rassembler toutes les personnes qui agissent de bonne foi en essayant de soulager les souffrances des personnes dans le besoin – en particulier les femmes, les enfants et les personnes âgées.

RBTH: Mais la Russie a envoyé son aide. Que s’est-il passé avec le convoi humanitaire ?

SL: La Russie, en coopération avec le CICR, a envoyé un convoi humanitaire de près de 300 camions transportant 2.000 tonnes de fournitures médicales, nourriture, sacs de couchage, générateurs électriques et d’autres produits de base. Le convoi était prête à passer dès le 17 Août, mais il a été retardé en raison principalement de considérations tactiques employées par les autorités de Kiev. Elles ont reconnu la cargaison d’aide humanitaire, sous les auspices du CICR,  des gardes-frontières ukrainiens et des agents des douanes qui ont suivi toutes les procédures au poste de contrôle russe près de Donetsk. Nous demandons instamment au gouvernement ukrainien de tenir ses promesses et de faciliter un passage sûr et sans entrave de l’aide humanitaire à venir.

Traduction de l’anglais par Emilie Defresne

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5 commentaires

  1. Pingback: Exclusivité MPI : traduction intégrale de l’interview de Sergeï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russes - Les Observateurs

  2. Ian Allan says:

    Il est curieux de trouver M. Ianoukovitch commenté par la rédaction comme un des « oligarques qui tiennent le pouvoir actuel à Kiev », mais vous avez bien fait de rendre cet important entretien accessible au public francophone. La traduction de l’anglais par Mme Defresne se lit très bien, mais essayez la prochaine fois de trouver quelque aristocrate ou chauffeur de taxi (ou tous les deux) russe à Paris qui vous en fasse une sur l’original, c’est la moindre des choses.

    • Emilie Defresne says:

      Ian Allan:  » essayez la prochaine fois de trouver quelque aristocrate ou chauffeur de taxi (ou tous les deux) russe à Paris qui vous en fasse une sur l’original, c’est la moindre des choses. »

      Réponse:
      Cher Monsieur, ceci est une traduction à partir de l’ORIGINAL en anglais. En effet cette interview est parue en anglais.
      Cette interview a été donnée par Sergeï Lavrov en anglais sur RT, ainsi qu’il est spécifié en chapeau de l’article.
      RBTH (Russia Today) étant une chaine de langue anglaise.

      En ce qui concerne M. Ianoukovitch, c’est pourtant très clair. Il était le président de l’Ukraine au moment de cette signature d’accord invoqué par S. Lavrov. Elle a eu lieu au moment où il était débordé par la bataille du Maïdan, avec les représentants de l’opposition du Maïdan. C’est de cela dont parle le ministre.
      Cette accord a été signé par le président ukrainien de l’époque avec les membres de son opposition de l’époque. Rappelez-vous, M. Ianoukovitch était président démocratiquement élu de l’Ukraine avant et pendant les événements du Maïden.
      Il s’est enfui ensuite et les membres de l’opposition, les oligarques, ont pris le pouvoir etc.

      Ce serait trop long de vous retracer toute l’histoire …

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  4. Vincent says:

     » Malheureusement, la logique du « gagnant prend tout » reste le critère des actions de Kiev, faisant des milliers de victimes parmi les civils, des centaines de milliers de réfugiés et de personnes déplacées, ainsi que qu’une infrastructure sociale presque totalement détruite dans de nombreuses villes et villages dans l’est de l’Ukraine. »
    Il y a quelques temps, en 1945, c’était l’Allemagne qui faisait les frais de cette logique. La loi du plus fort est toujours la meilleure, tant pis pour les faibles.

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