Longtemps oubliés, ils furent remis sur le devant de la scène pour des raisons bassement politiques, notamment par l’inepte film Indigènes. Tirailleurs sénégalais, tirailleurs annamites, tirailleurs marocains et algérien, un Empire, trois couleurs…

Le 19 décembre, le gouvernement décida de faciliter l’obtention de la nationalité française pour les anciens tirailleurs sénégalais. Certains la méritaient ô combien. Le site opex360 donne la biographie exemplaire de l’adjudant Bourama Dieme : évadé d’un camp de prisonniers dans les Landes, il ralliera les FFL et fit les campagnes d’Italie, de Provence et d’Indochine où, avec 50 autres tirailleurs sénégalais en mauvaise posture face au Viet Minh, il met en déroute l’ennemi en faisant preuve d’audace et de courage. Ce qui lui vaudra ses galons de sergent et la Croix de guerre avec palmes, remise par le général de Lattre de Tassigny, accompagnée par cette citation :

« À fait preuve d’une très heureuse initiative pour empêcher l’accès de la tour qui venait de s’écrouler en tirant à découvert par la porte de son blockhaus. Magnifique entraîneur d’homme, faisant chanter ses tirailleurs devant l’assaut ennemi, maintenant ainsi un moral admirable à l’intérieur de son poste . ».

Il est ensuite affecté en Algérie, où il est promu sergent-chef. En 1956, il participe à l’expédition de Suez, en Égypte. Puis, au moment de la décolonisation, il est reversé dans les forces sénégalaises avec le grade d’adjudant. Il finit par obtenir la nationalité française en 1993, avant s’éteindre 6 ans plus tard. En 2004, il fut choisi comme parrain par les élèves sous-officiers de la 225e promotion de l’Ecole nationale des sous-officiers d’active (ENSOA) de Saint-Maixent-l’École.

L’idée d’utiliser les forces indigènes avait été développée par le lieutenant-colonel (et futur général) Charles Mangin, qui publia en 1910 un livre où il présentait « l’Empire » comme une réserve inépuisable de soldats susceptibles de compenser la faiblesse de la population métropolitaine en cas de conflit européen. C’était la fameuse « force noire », complétée par le général Théophile Pennequin, qui prônait la « force jaune » mais qui devait juste défendre l’Indochine. Force noire, force jaune, force blanche, ce n’était plus l’armée française, c’était Bioman !  Notons que la Conférence de Berlin tenue du 15 novembre 1884 et le 26 février 1885, avait voté à l’unanimité non seulement l’interdiction de la traite des esclaves ainsi que  « l’interdiction du recrutement de troupes nègres pour des guerres européennes», accord signé par 14 nations : l’Allemagne, l’Angleterre, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, les Etats-Unis d’Amérique, la France, la Hollande, l’Italie, la Norvège, le Portugal, la Suède et la Turquie. Mangin ayant commandé les unités de la Ruhr en 1923, il n’est pas étonnant que ses deux statues, à Paris et Rethondes, furent détruites sur ordre d’Hitler en octobre 1940…

En 1999, le Sénat avait publié le Rapport 132, dit Rapport Turk, en fraudant quelque peu l’histoire dans le chapitre III intitulé « La dette de la France », prétendant que 20 % des tués de la campagne de France en 1940 sont des « coloniaux », que Toulon a été libéré par des Maghrébins et que l’armée De Lattre était composée à 60 % de Maghrébins. Or, si ce n’est pas faux, c’est loin d’être vrai car pour les besoins de la propagande, les Pieds Noirs sont assimilés à des Arabes !

Lors de la Première Guerre Mondiale, par exemple, 300.000 habitants de l’Afrique du Nord furent mobilisés : 190.000 Européens et 110.000 Maghrébins. Les pertes furent de 22.000 Européens et 36.000 Africains pour les unités coloniales d’Afrique du Nord. Les pertes d’Afrique Noire furent de 33.000 hommes, celles d’Indochine de 12.000 hommes. La France a perdu 1,398 million d’hommes…

Lors de la Campagne de France de 1940, l’Empire fournit 302.000 hommes mobilisés, 80.000 engagés au feu.  Les pertes indigènes d’Afrique du Nord furent de 5400 morts, les pertes pieds-noirs et européens des colonies : 2700 morts. Les pertes des noirs d’Afrique furent de 17.500 morts, sur un total de pertes militaires lors de la campagne de France de 92.000 morts. On est loin des 20 %…

En 1943, 410.000 hommes sont mobilisés. Les Maghrébins ne représentent que 57 % des effectifs, contre 43 % de Pieds-noirs. Plus de 16 % des pieds-noirs furent mobilisés, communauté la plus sollicitée… Les pertes furent de 7.174 Musulmans, 12.000 Pieds-noirs et 4.000 Africains. L’armée De Lattre débarquant dans le sud est composée de 50 % de Maghrébins, 32 % de Pieds Noirs, 10 % d’Africains noirs et 8 % de métropolitains.

Ces unités se livrèrent à de nombreuses exactions dans les rangs alliés. Si les tirailleurs sénégalais multiplièrent les viols dans la Ruhr (et déjà à Cologne…) en 1923, ce furent les Maghrébins qui « s’illustrèrent » le plus dans ce domaine, notamment par des viols massifs en Italie lors de la bataille du Mont Cassin. Les tirailleurs marocains du 573e régiment du colonel Augustin Guillaume enrichiront l’italien d’un mot supplémentaire : marocchinate, désignant un viol collectif bestial. Au total, 60.000 femmes italiennes seront violées par les Alliés. Même chose en Allemagne, notamment dans les régions de Tübingen (2000 femmes et enfants violés, dont les ¾ des femmes de la ville de Talheim). A Belsen, femmes et fillettes sont raflées par les Marocains et violées 3 jours durant. A Stuttgart, les jeunes filles sont raflées à la sortie de la messe de minuit dans diverses églises le 25 décembre 1945 et subiront le même sort, ce qui suscitera la réprobation officielle du Pape Pie XII. La VIIe armée américaine interdit à De Lattre toute sortie des troupes coloniales françaises hors de leur caserne à cause des viols et pillages.

Les Maghrébins se livrèrent à des exactions similaires aux côtés de l’Axe, notamment avec la Brigade Nord-Africaine : unité levée parmi les immigrés maghrébins de Paris (mais surtout par des Algériens) autour d’une soupe populaire réservée aux musulmans, elle fut créée le 28 janvier 1944 par Henri Lafont et la star du football français Alexandre Villaplana et dirigée par l’ex-capitaine Mohamed El Maadi. Armée par l’homme d’affaire israélite Joseph Joanovici. D’une valeur militaire nulle, elle commit exactions et pillages dans la région de Tulle puis de Bergerac et de Montélimar – gagnant le surnom de « SS Mohammed » – avant d’être dissoute. La revue des Algériens ralliés aux Allemands, Er Rachid, tirait à 30.000 exemplaires (soit 8,5 % des maghrébins en France). Le Parti populaire algérien, composés de transfuges du PCF et comprenant 5000 membres, fournit le gros des cadres.

Ils ne furent pas les seuls à collaborer : prenons le cas de Saïd Mohammedi, dit « Si Nasser » : Né le 27 décembre 1912 à Aït Frah, aspirant dans l’armée française, engagé volontaire et admis dans les Waffen-SS, via la LVF, il devient lieutenant de Panzer sur le Front de l’Est. Soldat bien noté (il fut décoré de la Croix de Fer par Hitler), il fut envoyé en mission de sabotage en Algérie à Tébassa à l’été 1944. Condamné aux travaux forcés à perpétuité, il rejoint le FLN clandestin en 1952. Il assuma la responsabilité du massacre de Melouza en 1957 (village de 315 habitants entièrement exterminé par le FLN). 1er colonel chef d’état-major de l’ALN, chef de la Wilaya III, député FLN puis Ministre et n°3 du gouvernement, il fut disgracié par Boumediene et mourut  à Paris le 5 décembre 1994 après avoir rallié les islamistes du FIS en 1989.

Prenons aussi le cas des « Indigènes de la Wehrmacht » : Le 3e bataillon du Sonderverband 287 ou Deutsch-Arabische Legion (ex 287e bataillon de Panzergrenadier devenu régiment) était composé de nord-africains et a combattu en Tunisie (au total 10.000 Tunisiens seront classés « collaborateurs »). Une autre unité de Maghrébins français, le Deutsch-Arabische Bataillon 845 est créé en juin 1943 et doublé en 1944, le tout formant les Deutsch-Arabische Bataillon I et II qui combattront en Grèce et en Croatie. Plus anecdotique, la « Phalange Africaine », même composition ethnique que les unités alliées d’Afrique du Nord : 50 % de Pieds-Noirs, 50 % d’Arabes. Intégrée à la Wehrmacht, elle se bat en Tunisie contre les Anglais et est écrasée.

Hristo XIEP

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11 commentaires

  1. Franck says:

    « Lors de la Campagne de France de 1940, l’Empire fournit 302.000 hommes mobilisés, 80.000 engagés au feu. Les pertes indigènes d’Afrique du Nord furent de 5400 morts, les pertes pieds-noirs et européens des colonies : 2700 morts. Les pertes des noirs d’Afrique furent de 17.500 morts, sur un total de pertes militaires lors de la campagne de France de 92.000 morts. On est loin des 20 %… »

    Oui effectivement, on est plus près des 25 %….

  2. Les 20 % étaient ceux des pertes TOTALES de ‘larmée française

  3. Pierre says:

    Le ratio nous donne 19%…

    De deux choses l’une :
    – Ou votre texte est mal rédigé, et donne à penser un résultat qui n’est pas le bon
    – Ou vous vous êtes trompé dans votre calcul, une simple règle de trois, de tête, nous donnant 20%, et ceci remettrait donc en cause la totalité de votre article.

    Dans les 2 cas ceci mérite des explications plus poussées, et compréhensibles, ce que pour l’instant vous n’avez pas encore fait.

    Nous les attendons donc.

  4. Pierre says:

    Votre article évoque, à juste titre, le film « Indochine ». Est-il représentatif du niveau d’engagement des régiments de tirailleurs ?
    J’ai quelques doutes sur le sujet…

    Ainsi, affecté en Afrique Centrale voilà bien longtemps, j’eu l’occasion de connaître, parmi d’autres, un ancien tirailleur, Georges.

    Il nous faisait donc la « tambouille ».
    Il lui arrivait , à la fin du repas, de nous raconter ses exploits lors du débarquement de Provence, puis de la campagne d’Italie.
    Il racontait fort bien, mimant les bruits des bombes, les explosions…

    En fait, Georges était alors affecté à l’intendance, là ou il avait gagné ses galons… de cuisinier.

    Et il n’avait donc jamais connu le combat, ne faisant que nous rapporter les exploits qu’il avait entendu de ses compagnons de retour de bataille…

    L’histoire, c’est aussi cela, les vrais héros meurent anonymes, et les planqués deviennent des héros…

    Ceci m’amène à évoquer un autre sujet : le travail de reconstitution historique réalisé par l’historienne quimperoise Armelle Mabon.
    Après la découverte, voici quelques années, de photographies du camp d’internement militaire de Lanniron – Frontstalag 135 (périphérie de Quimper, emplacement aujourd’hui occupé par un hôtel – camping de loisirs…), Mme Mabon s’est emparé du sujet, pour arriver aujourd’hui à mettre en exergue l’histoire du « massacre  » du camp de Thiraoye.

    Outre le fait que Mme Mabon se base sur l’incertitude des chiffres du nombre de militaires rapatriés sur ce camp pour en déduire un nombre de morts totalement hypothétique, Mme Mabon omet totalement certains éléments de ce dossier, et non des moindres.

    Les évènements de Thiraoye ont lieu le 1er décembre 1944: Certes l’ouest de la France est alors libéré, mais là guerre ne s’achevera que 6 mois plus tard.
    Les tirailleurs rapatriés à Thiraoye sont donc des militaires démobilisés…, qui ont passé l’essentiel de la guerre bien à l’abri dans un camp de province, pendant que leurs compagnons blanc métropolitains étaient envoyés dans les camps en Allemagne, et n’en reviendrons pas.

    Ils sont donc démobilisés, l’armée française n’ayant plus besoin d’eux ( on aimerait bien savoir pourquoi), alors que le pays est toujours en guerre. Mais ils réclament leur « solde », et se mutinent. Mme Mabon voudrait aujourd’hui en faire des martyrs de l’armée française.

    Elle oublie tous ces hommes et ces femmes qui, de fin 1944 au 8 mai 1945, ont continué à se battre au péril de leur vie, ou sont morts dans les camps d’internement.
    Ceux là ne se sont pourtant pas mutinés…

    Et je ne crois pas qu’elle se soit non plus quelque peu intéressée au sort de ces soldats déportés en Allemagne du camp de Lanniron ?
    À quoi bon ? ils étaient blancs.
    C’est ainsi que l’on réécrit l’histoire…

    • Philibert says:

      Mon arrière grand-père a été « sauvé » par deux tirailleurs sénégalais. Mon grand-père (comme les autres Français) se prenai(en)t la balle tandis qu’ils étaient à l’arrière pour venir chercher les corps.

      Bref, il y aura toujours des gens pour venir les plaindre, tout comme certains qui n’avaient pas accès à certaines professions et qui ont pu prendre le contrôle des banques centrales de nos pays.

      Et cela donne soi-disant la légitimité à d’autres de réclamer des papiers pour tout leurs pays ou continent afin de venir vivre chez nous. Ces gens n’ont pas :
      1/ de fierté
      2/ de gratitude
      3/ d’estime d’eux-mêmes, d’amour-propre
      4/ d’amour
      Ces gens sont des démons.

  5. Philibert says:

    Le film « La ciociara » rappelle bien les marocchinate : https://www.youtube.com/watch?v=F0zvdNFzkEA

    Malheureusement, tout cela est ignoré de la plupart des Français, tout comme nombre d’entre eux se croient redevables auprès des Algériens pour avoir colonisé leur territoire. Ils oublient juste, par ignorance pour la majorité surement, que ces peuples, avant d’être colonisés, étaient des adeptes de la piraterie sur nos côtes et celles de nos voisins européens, kidnappant nombre de compatriotes pour en faire des énuques et surtout des esclaves. J’ai oublié quel grand saint avait fondé une congrégation religieuse pour racheter ceux qu’il était possible d’aider.

    Le dégoût de la France quand on voit que déjà en 94 un Algérien anti-France venait mourir dans notre pays connaissant alors une si grande quiétude pour son repos. Tous ceux au pouvoir chez nous sont des traitres corrompus, tandis que les Français sont des orgueilleux (l’orgueil précède la ruine) à croire qu’ils pouvaient aider chez eux tous ces peuples. Le match historique va bientôt commencer et les Français ignorent qu’ils sont dans leur bon droit pour riposter.

  6. Paul-Emic says:

    Juste un detail qui ne remet pas en cause le fond mais 17500/92000 font quasiment 20%

  7. HUGUEL says:

    Ils le méritent . Oui pour leur donner la nationalité française sans sourciller. Par contre tous les parasites qui nous envahissent actuellement ne devraient l’obtenir qu’après avoir signé une charte de respect de nos lois, us et coutumes et après vérification au bout d’un certain temps à définir qu’ils appliquent ce qu’ils ont signé, sinon renvoi d’où qu’ils viennent. ce serait sauver des vies innocentes de nos compatriotes par des sauvages qui n’ont qu’un seul but « Tuer le maximum de mécréants pour être assurés d’aller au paradis d »Allah »;

    • pamino says:

      Écririez-vous ‹ le paradis de « Dieu » › ? Les catholiques arabophones disent eux aussi « Allah » là où les francophones disent « Dieu ».

  8. Yves ESSYLU says:

    Commentaires curieux
    5400 +17500/302000 = 7,5%

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