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Une lecture « décalée » peut faire réfléchir, à la veille de la célébration de l’armistice victorieux, devenu notamment en cette année du début du centenaire de la grande guerre, l’évocation de la « grande boucherie ».

La « Minute Sacrée » est le récit par Maurice Barrès de l’entrée en novembre 1918 des armées françaises qu’il accompagnait en Alsace-Lorraine.

Maurice Barrès, de l'Académie française
Maurice Barrès, de l’Académie française

Maurice Barrès ! le symbole même du nationalisme honni et banni, à l’index et aux oubliettes de l’idéologie des actuels dominants, notamment de son plus arrogant et caricatural promoteur BHL, pour chauvinisme, germanophobie, ou pire encore

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Certes, ses descriptions des « boches » peuvent aujourd’hui faire sourire ou frémir même si par-delà la propagande, elles ont été réellement alimentées par la façon dont les Allemands se sont comportés durant cette première guerre, déjà.

Carte postale d'époque, assortie d'une citation de Maurice Barrès
Carte postale d’époque, assortie d’une citation de Maurice Barrès

Certes aussi, il n’est pas faux de parler aujourd’hui, de « grande boucherie » où 2 peuples se sont épuisés, surtout le nôtre, ce qui n’apparaît pas du tout dans le texte.

Mais en ce moment « sacré » l’état d’esprit n’était pas celui-là, et pas uniquement pour l’écrivain : la nation, notamment dans les provinces perdues le vivait de façon dominante, sinon comme l’affirme Barrès, unanime, dans l’allégresse quasi religieuse d’une sorte de résurrection.

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Ces vérités ne sont pas contradictoires mais leur perception paraît décalée et leur opposition anachronique.

Il y a plus dans cet écrit. Son auteur n’y est pas enivré par un triomphalisme aveugle. Au moment même de la victoire, il livre une vision quasi prophétique de ce qui engendrerait à nouveau la guerre si des précautions n’étaient pas prises.

«  Attention ! d’une manière ou de l’autre, ces Allemands veulent faire leur unité (…). Laissez-les respirer un peu, ils vont vouloir se remettre à table, reprendre leur activité économique (…)

La guerre a désolé et ruiné les nations allemandes. Elles rejettent leurs folles ambitions. L’homme n’est pas délivré de l’erreur quand même il en a découvert la source (…) mais l’imagination arrive bientôt pour dire à un peuple que son malheur vient tout entier de ses chefs, et quand une fois une nation a trouvé un bouc émissaire, elle est toute prête à récidiver joyeusement. Craignez que l’Allemagne ne reprenne avec enthousiasme par la démocratie ce qu’elle a cherché en vain par la monarchie. (…)

L’Allemagne, durant vingt ans va être, j’espère bien, incapable de nous nuire, mais dans vingt ans elle se redressera économiquement redoutable. Son besoin éternel de franchir le Rhin et de se jeter sur nous ne se modifiera pas (…) »

Il en fut très exactement ainsi.

Aujourd’hui l’Allemagne, après cette seconde guerre et ce qui l’a suivie, s’est pour le moment assurée pacifiquement et« démocratiquement » la suprématie, dans une Europe en communauté partielle et problématique, et sous domination extérieure. Barrès à la veille du 11 novembre 2014 est-il si « décalé » ?

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3 commentaires

  1. C’est pas prophétique, c’est très lucide comme constat. Et après 45, l’Allemagne s’est trouvée un autre bouc émissaire et elle récommence.
    Hier l’ambassadeur russe de Gorbatchev au moment de la chute du mur de Berlin, Vladimir Fedorovski, était sur BFMTV. Il a rappelé que l’Allemagne n’avait pas tenu parole en compensation de la réunification, et qu’unifiée elle était devenue dangereuse. Ouais, et derrière l’allemagne se trouve l’OTAN.

    il a dit aussi que Gorbatchev était détesté en Russie, comme un traître.

    Gorbatchev monte poutine aux nues maintenant… fédorovski a dit qu’un député avait demandé qu’ils soit jugé. La réunification de la prusse avec l’allemagne de l’Ouest n’a pas été une bonne nouvelle pour la France, ni pour la Russie, ni pour l’indépendance des pays européens. Mais c’est une super nouvelle pour l’oncle Sam.

  2. Bouitté says:

    C’est exactement le sentiment que j’en ai eu lorsque l’ Allemagne nouvelle a choisi Berlin comme capitale, hélas .
    En 2002 j’ai visité cette belle ville. La première pièce de l’ Université nouvelle était la faculté de Philosophie,tout proche de la Porte de Brandebourg. La Kulture est revenue !

  3. Caïn Marchenoir says:

    Deux choses à dire:

    Barrès est un nationaliste virulent, fondamentalement anti allemand à cause du ressentiment de la guerre de 1870, ce qui influe beaucoup sur sa pensée. En tant que nationaliste, il professe en France les mêmes principes que ses ennemis en Allemagne… chacun pour le pays où il vit. Sa pensée manque donc d’équilibre sur ce point. La reprise de la guerre mondiale est prévisible non pas par le caractère allemand, pas si différent du notre sur le plan de la guerre, mais sur les traités de 1919 et la république de Weimar qui a tenté de se rendre populaire en affirmant que la perte de la guerre était due au Grand Etat-Major de l’Empereur et de Luddendorf.
    Ce n’est donc ni de la prophétie ni de la lucidité, seulement une haine recuite qui ne lui fait pas honneur et que partageaient les franco-brittaniques qui ont rédigé le traité de Versailles.
    Quant aux horreurs de cette guerre, elles existent mais elles sont loin d’être aussi importantes que l’affirmait la presse de l’époque, assénant comme vérité le ragot le moins certain. L’occupation du Nord de la France et de la Belgique fut dure mais pas inhumaine.

    L’esprit prussien tel qu’on le présente n’est pas une invention mais il serait à nuancer. Surtout l’ensemble du territoire de la Prusse se trouve aujourd’hui en Pologne, c’est l’ancienne terre des Teutoniques. Berlin et le Brandebourg n’y sont rattachés que par la suite. Et les länder allemand rattachés en 1989 sont plus saxons que prussiens.

    Enfin la guerre menée aujourd’hui par les Etats-Unis contre la Russie passe certes par l’Allemagne, mais par nos dirigeants aussi, et elle n’est pas nouvelle: la première guerre mondiale en a déjà vu quelques aspects.
    De même que la rivalité germano-slave n’est pas nouvelle, elle prend prend ses racines à l’aube du monde médiéval et se développe beaucoup après Pierre le Grand. Le XVIII° en voit un des grands épisodes avec les partages successifs de la Pologne (celle de l’époque, recouvrant surtout la Bielorussie actuelle) entre l’Autriche, la Prusse et la Russie de la Grande Catherine et de ses successeurs.

    L’Histoire est nécessaire pour replacer les choses en perspective et voir plus loin que les ressentis personnels! C’est l’écroulement de l’URSS qui était une bonne nouvelle pour Uncle Sam, pas la réunification en tant que telle! Il croyait à l’époque pouvoir prendre en main la Russie à la faveur de cette crise, et la reconstitution d’un état fort en Europe n’était pas si bon que ça pour lui si celui-ci se montrait un peu indépendant de la politique américaine…

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