L’ANC, le parti de Nelson Mandela, est au pouvoir en Afrique du Sud depuis 1994. Quand le parti est arrivé au pouvoir, tournant la page des discriminations raciales de l’apartheid, la communauté internationale et nos grands médias ont applaudi. L’avenir de l’Afrique du Sud était radieux. Aujourd’hui, le bilan est embarrassant.

L’histoire de l’Afrique du Sud  est celle de la rivalité entre trois groupes  : la population africaine, les habitants d’origine britannique et les franco-néerlandais : les Boers. La population africaine a d’abord été asservie par l’armée de Sa majesté la reine d’Angleterre. Malgré la résistance courageuse et la défaite infligée à l’armée britannique par les guerriers zoulous à la bataille d’Isandhlwana (22 janvier 1879), les populations africaines ont été soumises au pouvoir des Blancs jusqu’à la fin du XXe siècle. Ensuite, les Anglais se sont opposés aux colons d’origine franco-néerlandaise : les Boers.
En 1835, les Boers ont quitté la colonie du Cap pour migrer vers l’intérieur de l’Afrique du Sud et échapper à la domination britannique. Ce fut le « Grand Trek », qui donna naissance à deux républiques boers indépendantes : la république sud-africaine du Transvaal (1852) et l’État libre d’Orange (1854). Les Boers y découvrirent des gisements de diamants et d’or. Alors, les Britanniques déclenchèrent la « deuxième guerre des Boers », en 1902, pour s’emparer de ces mines. Ils résolurent de mettre au pas les Boers récalcitrants à l’Empire britannique. Des milliers de Boers furent exterminés dans des camps.
Huit ans après, en 1910, les Boers reprirent le pouvoir en proclamant l’indépendance du pays. Le général boer, Louis Botha, fut le premier chef du gouvernement sud-africain. Presque aussitôt, en 1912, le Congrès national Africain (ANC), parti bantou, fut fondé à Bloemfontein, pour rappeler les droits politiques et économiques des Noirs. L’année suivante, le Native land Act divisait le territoire entre les réserves noires (13 % du territoire) et les terres des colons blancs.

C’est dans les années 30, qu’ont été mis au point les fondements intellectuels de l’apartheid. L’universitaire Werner Max Eiselen, et d’autres chercheurs de l’Université afrikaner de Stellenbosch, se dirent qu’il valait mieux séparer géographiquement, politiquement et économiquement les différentes ethnies du pays, autant pour lutter contre l’acculturation des Africains, qui commençaient à s’amasser dans les ghettos des grandes villes blanches sud-africaines, que pour préserver la sécurité et le mode de vie des Blancs. L’idée était probablement, également, de diviser les différentes ethnies africaines pour mieux régner sur elles. En 1948, le parti national remportant les élections, le nouveau Premier ministre, Daniel François Malan, mit aussitôt en place cette stratégie d’apartheid.

En 1960, le massacre de 69 manifestants noirs, apparemment pacifiques mais nombreux, au township de Sharpeville fut le prétexte pour la communauté internationale de s’immiscer dans les affaires du pays. Le gouvernement sud-africain interdit l’ANC et les mouvements nationalistes africains. L’Umkhonto we Sizwe, branche armée de l’ANC en collaboration avec le Parti communiste, déclencha différentes attaques sur le territoire, avec le soutien d’instructeurs soviétiques et des bases de repli et d’entraînement en Angola. En 1963, Nelson Mandela, l’un des chefs de l’Umkhonto, était condamné à perpétuité pour terrorisme. Les Etats-Unis et les Soviétiques cherchèrent à exploiter la tension raciale pour évincer le pouvoir politique boer et prendre le contrôle du pays. Les Sud-africains d’origine anglaise militèrent plutôt avec l’ANC contre les Boers. Les Nations-Unies condamnèrent l’Afrique du Sud.

En 1976, les émeutes du township de Soweto, contre l’enseignement obligatoire en afrikaans, la langue officielle, conduisirent le gouvernement à déclarer l’état d’urgence. En 1986, les sanctions économiques et politiques internationales isolèrent le gouvernement boer. Israël, également critiqué par la communauté internationale pour sa politique palestinienne, maintint une discrète coopération militaire avec le gouvernement de Pretoria.

En 1990, le nouveau président sud-africain élu, Frederik de Klerk, légalisa l’ANC, le Parti communiste sud-africain et tous les mouvements noirs. Nelson Mandela était libéré pour qu’il devienne président quatre ans plus tard. L’Afrique du Sud réintégra le Commonwealth, les Blancs d’origine anglaise espéraient exercer le pouvoir économique avec Mandela. Les médias internationaux applaudirent, l’avenir de l’Afrique du Sud était promis radieux par l’ONU.

Depuis l’arrivée au pouvoir de l’ANC, c’est tout le pays qui dégringole. Longtemps première puissance économique du continent, l’Afrique du Sud  est passée, depuis 2014, derrière le Nigeria (riche, il est vrai, d’importants gisements pétroliers). Son réseau de transports, ses infrastructures, ses sociétés multinationales, sa centrale nucléaire (la seule du continent africain) de Koeberg, sont des héritages du passé, du temps où les Blancs acheminaient le pays vers les normes économiques d’un pays occidental. Il est vrai que, sur le plan démocratique, le régime de l’apartheid laissait fortement à désirer. Mais aujourd’hui la situation n’est pas brillante, sur ce plan-là, non plus. Les manifestations se multiplient. En 2017, la population a protesté contre la dégradation générale des services administratifs et la corruption des politiciens, à commencer par le président Zuma.

Le pays reste riche. Il possède les plus vastes gisements d’or, de platine et de métaux précieux au monde. Pourtant, les observateurs constatent l’appauvrissement général de la population. Le nombre de personnes vivant en dessous du seuil d’extrême pauvreté a doublé en dix ans. Le chômage, officiellement à 23,2 %, touche près de 40 % de la population. Le revenu des plus pauvres est inférieur de moitié à celui qu’il était sous le régime de l’apartheid.

L’Afrique du Sud du XXIe siècle connaît tous les problèmes contemporains de ses voisins africains. En 2008, des coupures d’électricité ont paralysé le pays et provoqué la fermeture provisoire des principales mines d’or, de platine et de diamant. 450 000 personnes ont perdu, temporairement ou définitivement, leur emploi. Le gouvernement ANC, composé de militants politiques mais pauvre en professionnels compétents, n’a pas su gérer le pays. Il n’a pas su moderniser, simplement entretenir correctement ou faire construire de nouvelles centrales électriques depuis qu’il est là. Des limites de consommation sont maintenant imposées aux ménages et aux entreprises. L’état des routes s’est dégradé, comme celui des hôpitaux et des écoles publiques.

L’Afrique du Sud connaît aujourd’hui, à cause de l’incompétence des gouvernements issus de l’ANC, les problèmes de corruption habituels sur le continent. Aucune promesse politique ou économique n’a été tenue, mais la communauté internationale ne semble plus tellement pressée de nous intéresser à l’Afrique du Sud.

William Kergroach

http://williamkergroach.blogspot.fr/

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