Longtemps langue de la diplomatie internationale, le français était roi partout au début du 20e siècle. A tel point que les Français ne se sentaient pas contraints d’apprendre d’obscurs idiomes étrangers. Le cliché du Français inapte aux langues étrangères est un gag récurrent qui a perduré jusqu’aux années 2000 (le fameux sketch des Guignols de l’Info sur les négociations Delors-Clinton ou ce dernier a besoin d’un interprète pour comprendre l’anglais du Français). En Russie, pays qui était en manque criant d’élite locale, il était coutumier que dans les familles de bon sang, le père parlât français à ses enfants, allemand à ses fournisseurs, anglais à la gouvernante et russe avec ses gens. Plus au nord, en Finlande, le maréchal-baron Carl-Gustaf Mannerheim, fut à deux reprises président du pays sans parler un mot de finnois (il parlait sa langue maternelle, le suédois, et celle de la puissance contrôlante, le russe).

En Europe, le système scolaire impose l’apprentissage d’une seconde langue (à 72 % l’anglais) dans la plupart des pays. 7 nations, dont la France, ont 100 % de leurs collégiens et lycéens apprenant une langue étrangère. Voici les pourcentages dans les 29 principales nations européennes (moyenne de l’Europe : 92 %)

  • 100 % d’élèves apprenant une langue étrangère : Autriche, France, Liechtenstein, Luxembourg, Malte, Norvège et Roumanie.
  • Plus de 95 % : Chypre et Croatie (99 %), Lettonie et Pologne (98 %), Espagne (96 %), Slovaquie (95 %).
  • Plus de 92 % : Bulgarie (93 %), Suède (92 %).
  • Plus de 85 % : Lituanie (89 %), Tchéquie (88 %), Grèce (87 %), Hongrie (85 %)
  • Plus de 80 % : Finlande (84 %), Estonie (82 %), Danemark (82 %), Italie (82 %), Allemagne (82 %).
  • Plus de 75 % : Islande (78 %), Slovénie (76 %).
  • Plus de 65 % : Pays-Bas (70 %), Portugal (69 %), Belgique (64 %)
  • Hors-concours : Etats-Unis (20 %)
  • Chiffres non disponibles : Irlande, Macédoine du Nord, Royaume-Uni.

Notons que pour les Etats-Unis, un seul état dépasse les 50 % : le New-Jersey. Suivent dans l’ordre le District of Columbia (47 %), le Wisconsin (36 %), le Maryland (35 %) et le Vermont (35 %). Les cinq états les moins bien classés sont le Nouveau-Mexique (9 %) et l’Arizona (9 %) – les mauvaises langues disent que dans ces états, on n’y apprend aucune langue étrangère, y compris l’anglais… -, l’Arkansas (9 %), le Montana (10 %) et l’Oregon (11 %).

Au fait, quels sont les pays de l’Europe des 28 où le français est parlé ?

  • Plus de 50 % de francophones : Luxembourg
  • Plus de 20 % : Belgique, Irlande, Pays-Bas, Portugal, Roumanie, Royaume-Uni
  • Plus de 10 % : Allemagne, Autriche, Chypre, Danemark, Espagne, Italie, Suède
  • Plus de 5 % : Bulgarie et Grèce
  • Moins de 5 % : Croatie, Estonie, Finlande, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Slovaquie, Slovénie, Tchéquie.

A titre de comparaison, pour l’anglais :

  • Plus de 95 % d’anglophones : Irlande et Royaume-Uni.
  • Plus de 90 % : Pays-Bas (90 %).
  • Plus de 85 % : Malte (89 %), Danemark (86 %), Suède (86 %).
  • Plus de 70 % : Autriche (73 %), Chypre (73 %) et Finlande (70 %).
  • Plus de 50 % : Slovénie (59 %), Allemagne (56 %), Luxembourg (56 %), Belgique (52 %), Grèce (51 %) et Estonie (50 %).
  • Plus de 40 % : Lettonie (46 %).
  • Plus de 30 % : France (39 %), Lituanie (38 %), Italie (34 %), Pologne (34 %) et Roumanie (31 %).
  • Plus de 20 % : Portugal (27 %), Tchéquie (27 %), Slovaquie (26 %), Bulgarie (25 %), Espagne (22 %), Hongrie (20 %).

Si on retire l’anglais, le français est la langue la plus apprise en classe dans les pays suivants : Luxembourg (100 %), Belgique (99 %), Chypre (87 %), Roumanie (83 %), Portugal (69 %), Italie (65 %), Irlande (59 %), Pays-Bas (56 %), Allemagne (24 %), Autriche (5 %), Royaume-Uni (inconnu). Pour les autres pays d’Europe, la première langue apprise est l’allemand (Croatie, Danemark, Hongrie, Pologne, Slovaquie, Slovénie, Tchéquie), le russe (Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie), le danois (Islande) l’espagnol (France, Norvège, Suède), l’italien (Malte) et le suédois (Finlande).

Hristo XIEP

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2 commentaires

  1. Alexandre Sanguedolce says:

    Généralement en France, apprendre une langue étrangère implique apprendre l’anglais puis éventuellement l’espagnol (j’ai préféré l’allemand).

  2. De Poli says:

    Les pourcentages seront beaucoup plus élevés pour le français dans les années qui viennent vu que cette langue remplacera l’anglais en tant que langue véhiculaire des institutions européennes en 2019. En effet, l’Irlande a choisi l’irlandais comme langue de communication avec l’UE et Malte le maltais. Seul le Royaume-Uni a choisi l’anglais. Cela signifie que lorsque ce pays sortira de l’UE, l’anglais perdra automatiquement son officialité, et ceci au regard des articles 3 et 8 du règlement no 1/1958, qui mentionnent clairement qu’un pays ne peut avoir qu’une seule langue de communication avec l’UE. Cette disparition est d’autant plus logique que, dans la nouvelle Union européenne qui naîtra le 30 mars 2019, le poids géopolitique de l’anglais sera quasiment nul. Il ne sera plus la langue de communication d’aucun pays et ne sera parlé en tant que langue maternelle que par cinq millions d’habitants (les Irlandais). Il aura ainsi moins de locuteurs de langue maternelle que le hongrois ou le slovaque et a donc vocation à disparaître. Et le français est très bien placé pour reprendre le flambeau. Dans une dépêche de l’AFP publiée dimanche dernier, il est mentionné que 80% des employés de la Commission européenne connaissent déjà le français. Ainsi, la disparition de l’anglais profitera fortement au français, qui deviendra mécaniquement la langue véhiculaire au sein des institutions européennes, et par ricochet celle des Européens, car les trois capitales de l’Europe (Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg) sont francophones et de nombreux pays européens font partie de l’Organisation internationale de la Francophonie ou veulent en faire partie. Voir la jolie carte suivante :
    https://www.francophonie.org/IMG/pdf/carte_francophonie_mai_2017.pdf

    L’enseignement du français va ainsi fortement se développer en Europe et, par ricochet, dans les zones limitrophes de l’Europe. L’anglais, quant à lui, sera définitivement marginalisé en Europe, tant par le retrait du Royaume-Uni de l’UE que par la politique isolationniste de M. Trump.

    Le retour en force du français va également reposer sur les deux éléments géopolitiques suivants :

    1) Le nombre de locuteurs du français dans le monde ne cesse d’augmenter et atteindra 700 millions en 2050, entre autres du fait de la démographie africaine et des progrès de la scolarisation. Peu de gens savent, par exemple, que le pays francophone le plus peuplé au monde n’est plus la France mais la République démocratique du Congo, avec 85 millions d’habitants (180 millions en 2050).

    2) Selon l’institut de conjoncture économique allemand de Cologne, la France supplantera l’Allemagne sur le plan économique au plus tard en 2035, grâce à sa croissance démographique. Cette enquête montre également que la population française devrait atteindre la barre des 78,9 millions d’habitants à l’horizon 2050 alors que celle de l’Allemagne ne dépassera pas 71,4 millions d’habitants :
    http://www.jeuneafrique.com/Article/ARCH-LIN25027parisnenilr0.xml/

    Le français va ainsi acquérir beaucoup plus de prestige, avec toutes les conséquences positives que l’on imagine sur son enseignement et même sur le budget de la France. Car je rappelle que l’hégémonie actuelle de l’anglais en Europe rapporte dix milliards d’euros par an au Royaume-Uni. Voir l’entretien du professeur Grin :
    https://www.letemps.ch/societe/2005/06/22/anglais-mauvaise-solution

    Ces dix milliards, ce serait bien que ce soit la France qui les reçoive à l’avenir.

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