Ce sermon sur le Christ-Roi mérite d’être médité.

vitrail christ roi

Fête du Christ-Roi

Cette fête du Christ-Roi a été instituée par le pape Pie XI en 1925. Est-ce à dire que c’est une fête nouvelle, une doctrine nouvelle que celle de la Royauté de Notre Seigneur ? Evidemment non ! Cette doctrine a pour elle une grande antiquité et même il existe une fête qui est parmi les plus anciennes de la liturgie catholique et qui met en avant cette royauté de Notre Seigneur : c’est la fête de l’Epiphanie. En effet l’un des évènements que l’Epiphanie célèbre, c’est l’adoration des Rois mages, au cours de laquelle ils offrirent de l’or à l’Enfant-Jésus. Cette offrande très particulière est le signe de la reconnaissance de la royauté de l’Enfant-Jésus, de sa royauté sur les rois et les royaumes terrestres.

La royauté de Notre Seigneur Jésus-Christ n’est donc pas une doctrine nouvelle et elle repose sur les paroles mêmes de Notre Seigneur : dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus témoigne à Pilate : « je suis Roi ». Mais il existe une autre parole très importante de Notre Seigneur, qu’il a dite à ses apôtres avant de les envoyer prêcher et baptiser : « toute puissance m’a été donnée dans le Ciel et sur la terre ». Cette affirmation, c’est l’affirmation de sa domination sur toute chose : Notre Seigneur est Roi et sa Royauté est universelle.

En fait nous devons préciser : la Royauté de Notre Seigneur est double, elle s’exerce de deux façons différentes, toujours par l’intermédiaire de l’Eglise, mais de façon différente. Cette distinction repose aussi sur une parole de Notre Seigneur : « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Cette parole n’est aucunement une abdication de la domination de Notre Seigneur sur les choses temporelles. Le pape Benoît XVI avait écrit dans son encyclique Deus Caritas est (25 décembre 2005) : « la distinction entre ce qui est à César et ce qui est à Dieu, à savoir la distinction entre État et Église ou, comme le dit le Concile Vatican II, l’autonomie des réalités terrestres, appartient à la structure fondamentale du christianisme. » Or cela est faux, bien chers fidèles. Il n’y a pas autonomie des réalités terrestres et cela n’appartient aucunement à la structure fondamentale du christianisme. Au contraire, toute puissance a été donnée à Notre Seigneur au Ciel et sur la terre ; mais il est vrai que cette puissance Notre Seigneur l’exerce différemment.

C’est la doctrine des deux glaives, si bien exprimée par le pape Boniface VIII, dans la Bulle Unam Sanctam du 18 novembre 1302 : « les paroles de l’Evangile nous l’enseignent ; dans l’Eglise et en son pouvoir, il y a deux glaives, le spirituel et le temporel. Les deux sont au pouvoir de l’Eglise, le glaive spirituel et le glaive temporel. Cependant, l’un doit être manié pour l’Eglise, l’autre par l’Eglise. L’autre par la main du prêtre, l’un par la main du roi et du soldat, mais au consentement et au gré du prêtre. Il convient que l’autorité temporelle soit soumise au pouvoir spirituel ». Cela fut rappelé dans le Syllabus de Pie IX (8 décembre 1864).

Cette doctrine est donc irréprochable mais l’homme a de tout temps voulu s’en libérer, aussi bien de la royauté spirituelle ou intérieure, que de la royauté temporelle ou sociale.

I- Le refus de la royauté spirituelle par les hommes

De tout temps, les hommes ont donc voulu se libérer de l’allégeance spirituelle qu’ils doivent à Dieu. Le péché personnel est l’aspect malheureusement bien concret de ce refus que Notre Seigneur règne sur nous. Le « non serviam » du démon se répercute et se répercutera jusqu’à la fin du monde sur cette terre. Dans une de ses paraboles, celles des mines en Saint-Luc, Notre Seigneur nous décrit l’attitude d’un peuple qui refuse de recevoir celui qui doit devenir leur roi : « nous ne voulons pas qu’il règne sur nous ». Cette parole, bien chers fidèles, c’est peut-être trop souvent, le cri de notre âme, quand elle refuse de se soumettre à Notre Seigneur et à sa Loi. En effet, il arrive malheureusement que nous refusions de soumettre à Notre Seigneur une parcelle de notre vie, un coin de notre âme, un jardin secret où Dieu n’aurait pas le droit d’entrer et d’exercer sa domination

Et pourtant, nous savons reconnaître Notre Seigneur comme notre roi, et même, s’il plait à Dieu, la plus grande partie de notre temps : nous embrassons l’Evangile de Notre Seigneur, nous acceptons sa Loi, nous suivons sa Morale, nous révérons ses préceptes et ses maximes ; nous venons lui rendre un culte public dans nos églises et nos chapelles ; enfin nous nous prosternons en sa Présence pour L’adorer, à la Consécration. Oui, fort heureusement, il y a en nous quelque chose des rois mages ! Mais cependant n’y a-t-il pas aussi quelque chose de la fausse adoration des soldats du prétoire ? Il est étonnant et très instructif de noter que dans tous les évangiles, à deux occasions seulement, on offre à Notre Seigneur des hommages qu’on ne rend qu’aux rois : la première occasion est l’adoration, bien légitime et admirable des rois mages quand ils arrivent à Bethléem, et quand ils offrent l’or comme tribut à la royauté de l’Enfant-Jésus ; l’autre malheureusement, c’est le simulacre de la soumission offerte à Notre Seigneur le Vendredi-Saint par les soldats du prétoire. Ceux-ci présentent une couronne d’épines à Notre Seigneur ; ils lui font porter un roseau pour sceptre et une chlamyde rouge pour singer le manteau de pourpre des rois.

Saint Bernard compare ces deux couronnements de Notre Seigneur ; celui rendu par les rois mages et celui adressé par les soldats romains : « les rois se font des couronnes de ce qui leur est offert par les peuples qui leur sont soumis ; et comme l’or est le tribut qu’ils exigent de leurs sujets, de là vient aussi qu’ils ont des couronnes d’or. Mais que reçoit de nous notre Dieu ? Nous lui produisons sans doute pas autre chose que des épines c’est-à-dire des négligences et des lâchetés, des imperfections et des infidélités, des habitudes vicieuses et des attaches criminelles. » Il y a sans doute dans la couronne que nous présentons à notre Roi, des épines mêlées à l’or ; et peut-être même plus d’épines que d’or. Ne nous abusons pas nous-mêmes : quand, en même temps, nous honorons Dieu par notre participation au culte public, et que nous Le renions dans notre conduite, que nous agissons d’une manière contraire à l’Evangile qu’Il nous a prêché, c’est bien une couronne d’épines que nous lui présentons.

La coïncidence de la conclusion du synode sur la famille avec la fête du Christ-Roi n’est pas fortuite sans doute aux yeux de Dieu : le jour où tous doivent proclamer encore plus fortement la royauté de Notre Seigneur, le synode renonce à rappeler aux hommes que la loi naturelle, venant de Dieu qui est la Sagesse même, est intangible et ne souffre pas d’adaptation selon les époques et les cultures.

Les chefs de l’Eglise n’auraient pas dû battre en brèche cette autre facette de la royauté de Notre Seigneur, mais ils l’ont fait. Notre Seigneur ne peut se taire, Lui qui est digne de toute notre adoration et de tout notre amour. Qu’au moins nous entendions ses plaintes et que des grâces de repentir contre nos propres outrages contre sa souveraine Majesté atteignent le fond de nos cœurs. Que notre cœur ne soit pas comme la terre remplie d’épines de la parabole du semeur, c’est-à-dire des cœurs sensuels et charnels, des cœurs vains et remplis d’orgueil, des cœurs si attachés aux biens de ce monde que les épines viennent étouffer toute la force et les paroles de Notre Seigneur.

Mais la couronne d’épines n’est pas le seul symbole de la dérision avec laquelle on se moque de Notre Seigneur : par le sceptre que les soldats mettent entre les mains de Notre Seigneur, ce sont les inconstances et nos légèretés perpétuelles à son service qui sont représentées, nous dit saint Bernard. Aujourd’hui avec Notre Seigneur, demain contre lui ou indifférent à sa cause ; aujourd’hui nous jurons fidélité et attachement inviolable à Notre Seigneur, demain nous secouerons peut-être le joug de sa loi, pourtant si doux et léger. Le roseau dont se sont servis les romains est le signe que nous ne donnons à Notre Seigneur sur nous, qu’un empire passager, sans solidité, sans consistance.

Puis par le manteau rouge dont on affuble Notre Seigneur, ce sont nos péchés qui sont représentés. Notre Seigneur montre aux apôtres privilégiés sa vraie nature lors de la Transfiguration. Or à ce moment son manteau apparaît blanc comme la neige. Ce manteau devient rouge comme l’écarlate, comme le prophétisait Isaïe : « Qui est celui-là qui vient de Bosra en habits écarlates? […]Pourquoi y a-t-il du rouge à ton vêtement ? Au pressoir j’ai foulé seul, et, parmi les peuples, personne n’a été avec moi ». Ce rouge, c’est le signe que Notre Seigneur a pris sur lui nos péchés, comme le dit, là aussi, le prophète Isaïe : « Si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige! S’ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine. » Paroles ô combien consolantes après la médiocrité trop évidente de nos hommages envers notre Roi et Seigneur ! Mais ce résultat, bien chers fidèles, Notre Seigneur l’a acquis au prix de son sang et de ses souffrances.

Il nous faut reconnaître notre bassesse mais aussi nous tourner vers Notre Seigneur qui a dit : « Venez à moi vous tous qui ployez sous le fardeau et je vous referai. » Ces fardeaux, ce sont nos faiblesses, notre incapacité à vraiment honorer Dieu comme il le mérite, nos péchés qui peuvent peser sur notre conscience. Ce qu’il faut, c’est nous tourner vers Notre Seigneur, avec confiance et contrition sincère, parce qu’Il le veut !

C’est cela la miséricorde vraie, dans ce double mouvement : vers nos péchés pour les admettre, les regretter et réparer ; et vers Notre Seigneur pour en obtenir le pardon. C’est une façon aussi de proclamer la royauté de Notre Seigneur sur nos âmes.

II- Le refus de la royauté sociale par les hommes

En plus de vivre comme de fidèles sujets de notre Roi, de proclamer sa royauté sur nos âmes, nous devons aussi proclamer la royauté sociale de Notre Seigneur. Je serai plus succinct sur ce point pour ne pas augmenter la durée de ce sermon, bien que ce sujet soit aussi essentiel. Le pouvoir temporel a voulu soit s’affranchir du pouvoir spirituel c’est-à-dire l’Eglise, soit le dominer. A ce sujet, rappelons-nous cette belle réplique du cardinal Pie à l’empereur des Français, Napoléon III, qui refusait de reconnaître le domaine de Notre Seigneur sur son pays : « Sire, je ne sais pas si le moment est venu pour Jésus-Christ de régner, je ne suis pas un politique ! Mais ce que je sais, c’est que, si le moment n’est pas venu pour le Jésus-Christ de régner, alors le moment n’est pas venu pour les gouvernements de durer. »

Les ennemis de l’Eglise n’ont jamais voulu de cette royauté sociale de Notre Seigneur : malheur à eux ; leurs gouvernements n’ont pas duré et ils ne dureront pas. Mais le plus malheureux, c’est que des catholiques eux-mêmes, les catholiques libéraux en particulier, ont pris l’exemple de l’ancien peuple élu, en déclarant finalement qu’ils ne voulaient pas que Jésus règne sur eux, leurs cités et leurs pays. Cela est allé au point que le Vatican a demandé de sa propre initiative, en 1983, l’abolition du Concordat avec l’état italien, « ne voulant pas de privilège face aux citoyens des autres religions » (cardinal Casaroli). Jean-Paul II déclarant à l’époque : « notre société est caractérisée par le pluralisme religieux ». Et il en tira les conséquences : Il ne convient plus « que l’autorité temporelle soit soumise au pouvoir spirituel ».

Cette traitrise des catholiques libéraux ouvrit grande une brèche où les ennemis de l’Eglise se sont engouffrés pour bafouer encore plus l’honneur de Notre Seigneur.

Alors bien chers fidèles, c’est à nous, membres de l’Eglise catholique de défendre cette honneur outragé de Notre Seigneur : en agissant à notre niveau, dans la société, pour qu’au moins on ne bafoue pas impunément l’honneur de notre sainte Religion ; et surtout en faisant que bien réellement, Notre Seigneur règne dans nos âmes.

Ainsi-soit-il.

Abbé Thierry Legrand +

(dimanche 25 octobre 2015)

Vous pouvez retrouver tous les articles d'actualité religieuse de MPI, augmentés d'une revue de presse au jour le jour sur le site medias-catholique.info

Achetez vos livres sur MPI
Vous faites travailler ainsi des libraires français et soutenez MPI
PORT à 1 cts A PARTIR DE 64 € D'ACHAT !

Retrouvez votre librairie sur livres-et-idees.com
avec plus de 10.000 références !

La compagnie des ombres par Michel De Jaeghere

14,90 €
Ajouter au panier
Le passé ne meurt pas par Jean de Viguerie

19,00 €
Ajouter au panier
Une élite sataniste dirige le monde par Laurent Glauzy

23,00 €
Ajouter au panier

Cliquez ici pour voir votre panier et passer votre commande

Un commentaire

  1. Merci pour ce sermon.
    Pie XI dans son encyclique Quas Primas du 11 décembre 1925 explique même que N-S a un triple pouvoir :
    « un pouvoir de Rédempteur auquel on doit se confier »,
    « un pouvoir de Législateur auquel on doit obéir » (ce que disait déjà st Augustin),
    « et un pouvoir judiciaire qui lui fut attribué par son Père » (cf Jean 5, 22 : »Le Père ne juge personne, mais il a donné tout jugement à son Fils »). Et ce pouvoir judiciaire s’exerce même pendant cette vie par le pouvoir qu’a le Christ de distribuer récompenses et châtiments.
    Pie XI lui ajoute aussi le pouvoir exécutif, « puisqu’il est nécessaire que tous obéissent à son commandement, et cela, sous la menace faite au pécheurs rebelles de supplices que personne ne peut éviter ».

    Sur la royauté temporelle et spirituelle de N-S, on peut lire aussi st Augustin : Traités 51, 115 et 117 sur st Jean, où st Augustin rappelle ces paroles du psaume 2 « J’ai été établi Roi par Dieu sur Sion sa montagne sainte, promulguant le précepte du seigneur ». C’est donc avant l’Epiphanie que N-S est Roi sur le temporel et le spirituel. Les Tables de la Loi sont aussi des lois civiques, qui doivent être respectées dans une nation.

    Mais il est intéressant de lire aussi la pensée de saint Jean de Capistran sur le pouvoir du Pape, et donc du Christ, sur l’Eglise et les nations. Je le tire du livre de Louis de Kerval « Saint Jean de Capistran » (j’en entends plus d’un qui vont hurler!) :
    « Pénétrant de son puissant regard les mystérieuses harmonies du plan divin, Capistran nous montre l’humanité comme une sublime hiérarchie dont le Pape est le sommet, comme un corps mystique dont il est la tête, comme un royaume dont il est le monarque, comme une immense famille dont il est le père, comme un troupeau dont il est le pasteur.
    « Au sein de la Jérusalem céleste, » nous dit-il, « plus haut que les confesseurs et les vierges, plus haut que les apôtres et les martyrs, plus haut que les anges, les archanges et les séraphins, à la droite du Père, dans toute la plénitude de sa puissance et de sa gloire, est assis le Christ, Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Il est le seul foyer d’où rayonnent, il est la seule source d’où s’épanchent, sur le peuple des élus, toute souveraineté, toute lumière et toute béatitude. Or, dans les desseins de sa miséricordieuse sagesse, Dieu a voulu que la terre offrît comme un reflet des éternelles splendeurs, que « le gouvernement de l’Église militante eût pour modèle et pour type le gouvernement même de l’Église triomphante. »
    C’est pourquoi, ici-bas, au sommet de cette humanité qui combat et qui souffre, au-dessus des fidèles et des pasteurs, au-dessus des familles et des sociétés, au-dessus des nations et des rois, doit régner et dominer aussi un chef suprême, le Pontife Romain, représentant visible du Dieu invisible et lieutenant spécial du Christ. C’est de lui que descendent, de degrés en degrés, l’autorité, la mission, la puissance : puissance d’enseigner, puissance de faire des lois, puissance de pardonner et de punir, puissance de commander aux intelligences et aux volontés. » (dans De auctoritate Papoe, part. II, 2è part, princ. ; — part. III , 2è part, princ ; p . 120-121).
    C’est par lui que se transmettent à l’universalité des membres la doctrine, la judicature, le ministère, la réconciliation, le salut. Il reçoit tout de Jésus-Christ; il reçoit tout et il donne tout.
    « Sur cette tête vénérable, Jésus verse tous ses dons, et de la tête, ces dons se communiquent jusqu’aux extrémités du corps. » — « La juridiction et le pouvoir des clefs sont comme un parfum précieux qui, de la tête, c’est-à-dire du Christ, découle dans la barbe d’Aaron, c’est-à-dire dans le Souverain Pontife, puis descend jusqu’au bord de son vêtement, c’est-à-dire jusqu’aux évêques, et des évêques aux autres prêtres. »
    La philosophie païenne elle-même l’avait compris : « La pluralité des pouvoirs engendre la confusion et la guerre » (Aristote). Pour maintenir l’ordre et la paix au sein du monde social et religieux, comme au sein du monde physique, il faut un modérateur suprême; il faut une autorité souveraine et unique. Un seul Dieu conserve et gouverne l’univers; un seul représentant de la divinité, le Pontife Romain, doit régir toutes les puissances et tous les royaumes de la terre. »
    Le Pape a donc reçu les nations en héritage. Il a le droit de les guider et de les ramener dans la voie de leurs destinées; il a le droit de commander aux peuples et aux rois ; à tous, aux faibles et aux puissants, aux sujets et aux princes, aux républiques et aux empires, aux individus et aux sociétés, il apporte, dans sa parole, le commandement de Dieu, dans sa bénédiction, la force de l’accomplir. « Et nulle créature, quels que soient son pouvoir et son rang, ne peut, sous peine de damnation et de ruine, se soustraire à cet « ordre et à cette bénédiction. » (« Papa cui . . . omnes humanoe creaturae subesse tenentur de necessitate salutis. » (Part. III, 2 0 è part, prin., p. 124.)
    Le Pape est roi, roi de l’Église et du monde, roi spirituel, aussi réellement roi que Jésus-Christ dont il est le Vicaire. Sa suprématie est une autorité absolue, une juridiction sans limite, une royauté efficace et indépendante qui gouverne et ne se contente pas de régner.
    Issus d’une môme origine, rachetés par le sang du même Christ, appelés aux mêmes destinées immortelles, tous les hommes, tous les peuples, à travers l’espace et les temps, doivent former une même famille. « Aussi Dieu, qui a fait sortir d’un seul homme le « genre humain tout entier, s’est-il plu à réunir, sous « l’autorité d’un seul père, la multitude des nations. »
    (…) De quelques avertissements et de quelques sommations que le Pape ait été l’objet, l’Église universelle, l’empereur et le peuple chrétien ne peuvent jamais rien tenter contre lui : fût-il le plus grand des pécheurs, ils ne pourraient que demander a Dieu de veiller au salut commun et du pasteur et du troupeau. »
    Un autre problème
    Un autre problème non moins redoutable se présente. Ce Pontife qui possède une juridiction sans limite sur l’épiscopat dispersé et réuni, quelles sont donc la nature et l’étendue de sa puissance à l’égard des souverains temporels. C’est l’éternelle question des rapports de l’Église et de l’État; elle préoccupait et agitait le siècle de Capistran comme elle préoccupe et agite le nôtre.
    Tout d’abord, notre docteur établit nettement que le Pape, de droit divin, est complètement indépendant de tout pouvoir temporel. En fait, il peut parfois se trouver assujetti aux tyrans qui oppriment l’Église; en droit, il n’a jamais été et ne peut jamais être le sujet ni le vassal de personne. Comment, au point de vue civil et politique, pourrait-il être soumis à une autorité quelconque sur la terre ? « S’il devait obéissance au roi ou à l’empereur, il serait, à la fois, leur supérieur dans les choses spirituelles et leur inférieur dans les choses temporelles Au sein de cette humanité régénérée, que l’apôtre (I Corinth., XII) compare à un corps plein d’harmonie et de beauté, il serait, en même temps, la tête et le pied. Ce serait absurde et monstrueux. Le Pape, qui est le premier dans le domaine spirituel, doit avoir aussi la prééminence dans le domaine temporel. En tout et partout, ici-bas, il doit occuper le rang et la dignité suprême. »
    Mais, de plus, le Pontife Romain possède une puissance réelle et effective sur les pouvoirs temporels; il jouit d’une suprématie et d’une autorité directives sur la personne des princes; il peut, à son gré, dans l’ordre de la morale, de la justice, de la conscience et du salut, leur commander, les réprimander, les punir.
    Le gouvernement du monde est établi sur deux bases : la puissance sacrée des Pontifes romains et l’autorité politique. L’Eglise, que préside le Pape, a pour mission, en enseignant aux hommes la vérité, en leur manifestant les lois de l’éternelle justice, de les faire parvenir à leur fin surnaturelle et divine. L’Etat, que préside le prince, a pour but, en assurant aux hommes la paix et la prospérité extérieures, de rendre plus faciles et plus sûrs leur marche et leurs efforts vers les destinées immortelles. Ces deux pouvoirs, l’Etat et l’Eglise, tous deux voulus de Dieu et distincts dans le cercle de leurs attributions, sont cependant loin d’être égaux. Ils doivent être subordonnés l’un à l’autre; car l’élévation des pouvoirs dérivant de leur but final, la puissance civile, chargée de protéger les intérêts temporels des peuples, doit se reconnaître inférieure à la puissance papale qui veille aux intérêts spirituels de l’humanité. « Autant l’esprit l’emporte sur le corps et autant la félicité éternelle est supérieure au bonheur du temps, autant aussi le pouvoir pontifical est au-dessus du pouvoir royal, L’empereur est chargé des corps, le Pape est chargé des âmes. »
    L’Etat, par conséquent, est strictement obligé de s’assujettir à la puissance du Vicaire de Jésus-Christ. « Que toute âme, dit l’Ecriture, soit soumise aux puissances plus élevées » (Rom., XIII, 1). – « Ce n’est pas Pierre qui doit être soumis aux rois, ce sont les rois qui doivent vivre soumis aux lois de Pierre. »
    « Le Christ a voulu que Pierre exerçât sa domination sur la mer orageuse de ce monde ; il lui a ordonné de pêcher avec un hameçon de fer (Math., XVII), montrant par ce symbole qu’il lui confiait le glaive de l’un et de l’autre empire, de l’empire spirituel et de l’empire temporel. »
    « De même que, sur un vaisseau, le pilote tient entre ses mains le gouvernail et que les passagers, fussent- ils rois ou empereurs, s’en remettent à sa prudence et s’abandonnent à sa direction, de même, sur le navire du monde, les empereurs et les rois doivent s’abandonner, avec soumission et patience, au gouvernement de Pierre qui les achemine au port de l’éternité. »
    Doctrine profondément rationnelle (Capistran réfute par avance la théorie moderne de la Séparation de l’Eglise et de l’État. Plus logique que nos politiques de l’heure présente, il n’a garde de confondre ces deux mots et ces deux idées : distinction et séparation. L’Eglise est distincte de l’Etat et l’Etat distinct de l’Eglise : mais tous deux doivent s’unir sans se confondre. Tous deux doivent s’accorder pour accomplir la volonté divine qui est le bonheur temporel et éternel de l’humanité ; leur prospérité et leur force dépendent de cette union, comme la vie et la force de l’homme dépendent ici-bas de l’union de son âme et de son corps. (De Auct. Papoe, part.II , 2è part, princ) et doctrine profondément féconde qui met en pleine lumière la sagesse de Dieu et sa providence à l’égard de l’humanité.
    Si dans l’ordre social et politique, en effet, il n’existait pas un juge suprême, comme dans l’ordre de la vérité religieuse il existe un docteur infaillible, le désordre et la guerre seraient la condition constante et irrémédiable du genre humain. Pour terminer les conflits entre tous ces royaumes que divisent la race, l’intérêt et l’ambition, pour juger ces querelles sans cesse renaissantes entre les princes et les sujets, pour réprimer l’insurrection et contenir la tyrannie, il n’y aurait, en dernier ressort, que la force brutale. Le duel, justement défendu entre les particuliers, deviendrait non seulement légitime mais toujours nécessaire de peuple à peuple, et de peuples à rois. Or, pesez bien la conséquence : si l’ordre social est constitué de telle sorte que la raison du plus fort soit la dernière raison du droit, où donc apparaît la justice, où donc apparaît la sagesse de Dieu ? (…) aux discordes intestines, aux luttes sauvages, aux guerres fratricides de l’humanité, le Christ Rédempteur a opposé un remède divin en constituant le Pontife romain arbitre de l’univers.
    Au Pape de sauvegarder la paix entre les diverses puissances, à lui de maintenir l’équilibre entre l’autorité et la liberté, en protégeant les droits des princes contre la rébellion de leurs sujets et l’indépendance des peuples contre le despotisme des rois; à lui de punir les tyrans en les déclarant déchus du trône; à lui de délivrer les nations de l’injustice en les déliant du serment de fidélité.
    Voilà l’idéal de la Société chrétienne tel que saint Jean de Capistran l’avait conçu. »

Laisser un commentaire

Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com