Le nombre de travailleurs étrangers a presque doublé ces dernières années au Japon et le Premier ministre Shinzo Abe envisage des lois pour en accélérer encore le rythme. Le Japon vieillit et ses besoins en main-d’oeuvre deviennent préoccupants. Pourtant, le sujet reste délicat dans un pays attaché à son identité et à sa sécurité.

Ce n’est pas officiellement appelé de l’immigration, plutôt un accueil d’employés temporaires pour répondre aux demandes des entreprises dans un pays où le taux de chômage est le plus bas parmi les nations du G7.  Le gouvernement japonais précise que l’ouverture de la nation à  une immigration permanente n’était pas une option. Le sujet est sensible car les Japonais ont toujours craint que les ressortissants étrangers causent des troubles sociaux et érodent leur cohésion nationale.
«Au Japon, le mot« immigrant » n’est pas utilisé», a déclaré l’ancien ministre de l’Economie, Heizo Takenaka, dans une interview. Le premier ministre Shinzo Abe emploie le terme de « travailleurs invités .

Masahiko Shibayama, un législateur et conseiller d’Abe, réfléchit néanmoins aux moyens de répondre aux besoins d’un pays dont la population diminue. Il propose un programme de travail d’invité qui donnerait des visas de cinq ans pour les secteurs souffrant de pénuries de main-d’œuvre. Même le récent boom du tourisme inquiète les Japonais sur le nombre d’étrangers qui viennent dans le pays. « Les gens voient plus d’étrangers dans le centre-ville. Il n’est donc pas étrange qu’ils se demandent s’il est bon que cela augmente autant » reconnaît-il. «Je pense qu’il est important que l’on accepte les travailleurs étrangers et le cas du Japon est totalement différent du grand nombre de réfugiés qui vont en Europe. »

Le flux transfrontalier de travailleurs anime le débat politique dans tous les pays, depuis la campagne électorale présidentielle des États-Unis jusqu’au vote britannique pour quitter l’Union européenne. Au Japon, l’immigration est pourtant largement citée comme l’une des rares solutions évidentes aux défis démographiques et économiques du pays. Les économistes soulignent que c’est une source de croissance aussi bien que de travail. Le gouvernement prévoit que la population japonaise de 127 millions diminuera de 19 millions de personnes, d’ici 2040. Le Japon a besoin de  cette aide maintenant. Selon une enquête sur les besoins en main-d’oeuvre du pays, réalisée en 2015, 83% des directeurs d’embauche japonais ont des difficultés à trouver des employés, contre une moyenne mondiale de 38%.

Le gouvernement a adopté une approche plus accueillante envers les travailleurs étrangers hautement qualifiés, qui font d’ailleurs l’objet d’une guerre mondiale pour les talents. M. Abe, cette année, a promis de leur fournir le « chemin le plus rapide du monde » à la résidence permanente. Actuellement, une personne ne peut prétendre à la résidence permanente au Japon qu’après dix années consécutives de présence sur le territoire.

Pour les travailleurs non qualifiés, le Japon utilise des voies non officielles, comme des « programme de formation », censés destinés à former les gens des pays en voie de développement pour qu’ils retournent chez eux avec des compétences.  En pratique, cela donne lieux à de nombreux abus sur les conditions de travail. Le nombre de travailleurs étrangers au Japon a bondi d’environ 486 000 en 2008 à près de 908 000 en 2015. Environ 190 000 personnes travaillent dans le cadre de ces « programmes de formation ».

Les législateurs du Parti libéral-démocrate de Shinzo Abe appuient un projet de loi qui élargira le « programme de formation » pour inclure des personnels qui s’occupent des personnes âgées ou des ouvriers dans l’industrie manufacturière et l’agriculture. Une proposition de loi permettrait aux participants de rester jusqu’à cinq ans, comparativement à trois ans actuels.

Le Japon a notamment besoin de travailleurs dans la construction, notamment en vue de rénover les installations pour les futurs Jeux olympiques de 2020 à Tokyo.

Certes, l’immigration n’est pas la panacée pour le Japon. Barry Bosworth, un des cadres supérieurs de la Brookings Institution à Washington, a déclaré que l’afflux de main-d’oeuvre étrangère augmenterait la croissance mais ne pouvait remplacer les réformes structurelles nécessaires pour surmonter la stagnation économique du pays.

L’afflux de travailleurs étrangers est déjà visible dans certaines rues de Tokyo. Dans le Chinatown naissant du quartier d’Ikebukuro, par exemple, la langue chinoise est entendue fréquemment et les magasins vendent la spécialité de Shanghai, les boulettes frites.

Parmi ces travailleurs étrangers, beaucoup disent que la principale difficulté reste la maîtrise de la langue japonaise dans un pays qui parle peu l’anglais.

Le gouvernement japonais peut les voir comme une solution temporaire, mais tous ne songent pas à partir quand leur temps sera écoulé.

Source : Enda Curran Japan Times 3 novembre 2016

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4 commentaires

  1. Pour ne pas avoir les mêmes problèmes que chez nous il ne faut surtout pas qu’ils importent des musulmans, vous savez ceux qui font tout pour conquérir la planète par tous les moyens y compris celui de la terreur et celui des assassinats dont ils sont coutumiers..Regardez les asiatiques que nous avons accueillis ne nous posent pas de problèmes. Ils n’ont pas exigé la construction de nombreuses pagodes,eux.

  2. Françoise says:

    Avec un taux de fécondité de 1,3 enfant/femme, impossible de faire autrement. Mais les musulmans sont loin, très loin de leurs frontières.

    • Le taux de fécondité de 1,4 (2015) n’est pas un problème en soi, surtout pour un pays aussi peuplé (Bien plus peuplé que l’Allemagne bien que la superficie soit à peine plus grande). D’ailleurs les taux beaucoup plus faibles des pays voisins ne semblent pas préoccuper grand monde (Taïwan, Singapour, Corée du Sud, Hong Kong). De plus il faut garder à l’esprit ce taux est bien supérieur à celui de certains pays européens (Pologne, Slovénie, Roumanie) et à un niveau qu’on pourrait qualifier de classique pour un pays développé (même niveau que l’Italie, Allemagne, Espagne ou Grèce par exemple). Les courbes d’ailleurs suivent les mêmes évolutions avec à peu près les mêmes variations depuis l’entre deux guerres. Les taux de fécondité forts sont d’ordinaire associés à des pays pauvres et où la part des femmes dans la population active est bien souvent très faible et où le chômage, celui des jeunes en particulier est très fort. Le taux de fécondité si faible qu’il soit n’est absolument pas un signal d’alarme comme on voudrait nous faire croire et revient à culpabiliser les couples sans enfant ou avec un seul enfant. C’est le même principe autoritaire que la politique de l’enfant unique qui avait été adoptée par la Chine. Or au Japon il y a des familles sans enfant et des familles de 3 ou 4 enfants. Et également des disparités régionales. La population diminue dans des zones rurales mais continuera d’augmenter à Tokyo. C’est la même chose dans les pays modernes.
      Une ouverture à une immigration économique incontrôlée aurait au contraire des effets désastreux sur la société japonaise (hausse du chômage, échec scolaire, communautarisme). C’est pourquoi la politique d’immigration japonaise doit rester mesurée et sélective (accords avec des pays ayant des liens historiques ou des similitudes linguistiques, comme Taïwan, les Philippines, le Brésil) En revanche pour les étrangers déjà intégrés dans le pays depuis plusieurs années, la législation mériterait d’être assouplie.
      En ce qui concerne les musulmans, les risques que Huguel évoque dans son post sont bien réels puisque l’Indonésie est le pays musulman le plus peuplé du monde. Il existe également des conflits aux Philippines, pays voisin du Japon, donc tout près.

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