Nos confrères de Minute ont soulevé un drôle de lièvre dans leur numéro du 13 juin. En effet, par un arrêté du 5 mai, la France a décidé d’autoriser l’importation de cerises turques. Le problème, c’est que ces fruits ont été traités au diméthoate, un insecticide interdit en France depuis 2016 et chargé d’éliminer le drosophila suzukii, un moucheron asiatique friand de ce fruit. Les paysans français sont contraints d’employer des produits plus chers et moins efficaces. Pour justifier l’interdiction du diméthoate, le gouvernement, au nom du sacro-saint principe de précaution, avance que cette formule pourrait nuire gravement à la santé des consommateurs. Et fort logiquement, l’importation des cerises en provenance de pays autorisant l’emploi du diméthoate a été prohibée.

Dans le « Journal officiel » du 10 avril dernier, l’arrêté du ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, et du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a ainsi confirmé une clause de sauvegarde nationale pour interdire la commercialisation  en France  des  cerises suspectes : « L’introduction, l’importation et la mise sur le marché en France de cerises fraîches destinées à l’alimentation produites dans un Etat membre de l’Union  européenne ou un pays tiers, dans  lequel l’utilisation de produits phytopharmaceutiques contenant la substance active diméthoate est autorisée en traitement,  des cerisiers, sont suspendues pour une durée d’un an à compter de l’entrée en vigueur du présent arrêté. » Or, cette suspension d’un an va pour certains durer… un mois. En effet, le « Journal officiel » du 5 mai suivant a été publié un « avis relatif aux introductions en France de cerises fraîches produites dans un pays tiers ou un État membre de l’Union européenne ». Sont concernées les cerises en provenance d’Autriche, de Croatie de Roumanie, de Tchéquie, du Canada et des États-Unis (tous pays qui ont recours au diméthoate) qui sont interdites ; en revanche sont autorisées les importations en provenance du Chili, d’Argentine et de… Turquie, pays où l’emploi du diméthoate est légal et systématique ! Il paraît que les Turcs auraient fourni des échantillons attestant que leurs cerises ne portaient aucune trace de l’insecticide incriminé. Mais les experts sont sceptiques, car, sur quelques échantillons, il est facile de tromper son monde en plongeant au préalable les cerises dans un bain qui les lave de tout soupçon.

Minute donne la parole à Gilles Bernard, président de la section vauclusienne du Modef  (Confédération syndicale agricole des exploitants familiaux) : « Une fois de plus Emmanuel Macron, après plusieurs annonces destinées  à protéger l’agriculture française, prend des positions qui vont  à l’encontre de son discours officiel. Alors qu’à nous agriculteurs français, le gouvernement impose des normes draconiennes, dans le même temps on importe d’un pays hors de l’Union européenne des cerises qui ne respectent ces normes ! On veut nous liquider ! Car il faut savoir que la Turquie produit à elle seule plus que tous les pays de l’UE réunis. C’est un scandale ! ». De même, la Coordination rurale a publié un communiqué qui dénonce « une nouvelle fois, la politique commerciale du gouvernement ; laquelle privilégie une multiplication et une libéralisation des échanges extérieurs (après la signature des nombreux accords de libre-échange) au détriment de l’agriculture nationale et de la santé des consommateurs ».

En 2016, le monde a produit un peu moins de 2,32 millions de tonnes de cerises et la France 34.733 tonnes. La Turquie est la première productrice mondiale avec un peu plus d’un quart des cerises du monde (25,87%), devançant les Etats-Unis (12,4 %), l’Iran (9,5 %), le Chili (5,3 %), Ouzbékistan (4,1 %), l’Italie (4,1 %), l’Espagne (4 %), la Roumanie (3,2 %), la Grèce (3,1 %) et la Syrie (3 %). La France occupe le 15e rang mondial avec 1,5 % de la production. La production française s’est effondrée en 2012 avec seulement 27.000 tonnes produites avant de remonter, mais on est loin des 135.100 tonnes produites en 1968 ou des 138.000 tonnes de 1979, la production française étant tombée définitivement sous la barre des 100.000 tonnes en 1989 et sous celles des 50.000 tonnes en 2010.

Hristo XIEP

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Un commentaire

  1. « sont contraints d’employer des produits plus chers et moins efficaces » Et vous oubliez de préciser: TOUT AUSSI TOXIQUES. Ces derniers ne seront interdits que dans 10 , 20, 30 ans le temps que les industries chimiques aient fait leur beurre.
    Avant guerre les paysans laissaient pousser des herbes (qualifiées de mauvaises par les technocrates après 1945) qui abritaient les petites guêpes prédatrices de la mouche de la cerise. Idem pour les oliviers, avec une autre plante « l’inule visqueuse ». Les technocrates ont passé les vergers et oliveraies aux herbicides et pesticides, tuant l’habitat des prédateurs et les prédateurs utiles. Maintenant, c’est la course aux molécules chimiques, les mouches devenant résistantes. Les anciens avaient le savoir. Les modernes n’ont que des lubies.

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