zemmour

Voici le texte intégral de l’intervention d’Éric Zemmour au tribunal correctionnel de Paris le 24 juin dernier.

Je vous avoue que j’ai longuement hésité à venir à l’audience. Mon avocat me déconseillait plutôt de me déplacer, pour conserver, disait-il, aux débats leur caractère technique.

J’ai décidé pourtant d’assister à cette audience. D’abord par respect des magistrats, de la cour, et au delà des institutions de la République. Mais aussi par curiosité. Je voulais comprendre ce qu’on me reprochait. Comprendre quelle loi ou quelle partie de la loi j’avais enfreint. Après tout, nul n’est censé ignorer la loi. Je voulais comprendre pourquoi le procureur, le représentant de l’Etat, m’attaquait pour des propos qui ne faisaient pourtant que décrire des faits, une réalité, amplement retranscrite: «des bandes étrangères venues d’Europe de l’Est écument notre pays», ça passe; mais quand on dit: «des bandes de tchétchènes, Kosovars, Roms dépècent, dévalisent, violentent, ou dépouillent», ça ne passe pas. Lui n’est pas déféré, moi, je le suis.

Je comprends bien le point de vue du procureur : il favorise la concision. L’ellipse est préférée à la description clinique. Madame le procureur préfère la pudeur des impressions à l’impudeur du réalisme. Mais cette querelle littéraire est-elle de la compétence de ce tribunal ? Il faut alors qu’elle aille au bout de cette logique littéraire. Qu’elle m’indique les bons mots et les mauvais mots, les mots autorisés et les mots interdits. Qu’elle redéfinisse les canons de la profession de journaliste. Que celui-ci ne soit plus tenu d’informer de ce qu’il voit, mais d’abord d’informer ce qu’il ne voit pas, mais qu’il est bon de voir.

J’avoue ma perplexité. Je n’ose penser que ce ne sont pas les mots qui comptent, mais ma personne. Il y a quatre ans, le procureur m’avait expliqué que ma notoriété fort grande avait pour corollaire une responsabilité aussi grande. Je constate qu’en quatre ans, j’ai encore pris du galon, puisque je suis davantage responsable, et donc davantage condamnable, qu’un ministre de l’intérieur lui-même.

Mais j’ai compris en écoutant avec soin ces débats, que ce ne sont ni mes mots ni ma personne qui importaient, mais mes pensées. Même pas mes pensées, mais mes arrière-pensées. Dans le passé, nous avions ainsi le tribunal de l’Inquisition qui dénichait la persistance des pensées hérétiques chez des marranes convertis au catholicisme. Nous avons eu plus récemment les grands procès staliniens qui traquaient les intentions contre-révolutionnaires.

A la suite de la parution de mon livre, le Suicide français, le premier secrétaire du parti au pouvoir avait dénoncé la zemmourisation de la société. Le premier ministre avait expliqué que mon livre n’était pas digne d’être lu, le ministre de l’Intérieur avait appelé à manifester contre moi, et le président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale avait sollicité de mes employeurs qu’ils mettent fin à mes collaborations à leurs medias. Marie-Anne Chapdelaine, Une députée d’Ille-et-Vilaine, me chassait carrément de France : «Monsieur Zemmour, la République, on l’aime ou on la quitte ». Aujourd’hui, je vis la version judiciaire de cette offensive médiatico-politique. On prétend faire du droit, mais derrière les arguties, ce n’est qu’une bataille politique pour me faire taire.

Il y a six mois, des millions de Français défilaient dans la rue pour défendre la liberté d’expression. Les malheureuses victimes de Charlie Hebdo avaient subi aussi une condamnation judiciaire venue d’un tribunal islamique qui les avait condamnés à mort pour blasphème. Si je comprends bien ce qui m’est reproché, la liberté d’expression, c’est bon pour les dessinateurs de Charlie, mais ce n’est pas bon pour moi. Parce qu’eux sont gentils, et moi, je suis méchant. Eux ont des bonnes arrière-pensées, et moi j’en ai de mauvaises. Si je comprends bien, nous vivons toujours sous le règne de la phrase de Saint-Just : «pas de liberté pour les ennemis de la liberté». Cela s’appelait la Terreur.

Eric ZEMMOUR

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10 commentaires

  1. zézé says:

    Merci M. Zemmour ! quelles belles phrases ! c’est bien envoyé ! hélas je crois que vous avez été condamné ? me trompe-je ?
    Pas grave ! enfin presque si ce n’était qu’effectivement se sont les arrières-pensées qui sont condamnées ! et à la limite ce que vous n’avez pas encore en arrière-pensée. Ce pays mérite ce qu’il l’attend ! les mots français ont été édulcorés, toujours pour que les moins « instruits » étrangers puissent avoir accès à notre « culture » ; toujours le nivellement par le bas.
    Vous avez tout dit ! Promis j’achète votre livre ! et je vous écoute toujours avec plaisir lors de votre intervention sur RTL mais sur l’ordi.

    • Ce n’est pas moi qui dirai le contraire , j’ai toujours apprécier les réparties de Mr Eric Zemmour
      Oui pour quel raison il y a eu un défilé le 11 janvier 2015 pour la libertée d’expression Si dès qu’un journaliste parle librement il faut qu’il soit sanctionné ,Vraiment le défilé du 11 janvier ne ressemble a rien

  2. monalisa46 says:

    AH OUI JE SUIS EN ACCORD AVEC Mr ZEMMOUR ..QUI LUI, PARLE

    DROIT POUR DIRE DES VÉRITÉS ….NOUS JOURNALISTES FRANCAIS NOUS

    AVONS LE DEVOIR DE DIRE LA VÉRITÉ SUR LES DÉRIVES DE LA SOCIÉTÉ

    AUSSI DIFFICILE QU’ELLE SOIT ..

    .IL FAUT PROTÉGER Mr ZEMMOUR ET LUI DONNER LA PAROLE

  3. David Gasnier says:

    Oh ! La pauvre chouchoute ! Eric Zemmour le jacobin est pourtant bien mal placé pour se plaindre du Robespierrisme. Moi je n’est jamais été jacobin alors je peut me permettre de critiquer le Robespierrisme.

  4. « D’abord par respect des magistrats, de la cour, et au delà des institutions de la République. »

    Les institutions de la République sont au service de l’oligarchie puisque ce sont des institutions oligarchiques rédigées par des oligarques (constitution de l’antidémocratique Cinquième République). Ce qui est amusant, c’est que M. Zemmour hait la démocratie et adore la république alors même que cette dernière le traduit en justice et qu’il ne serait pas poursuivi pour les propos qu’il a tenus sur les étrangers dans une démocratie.

    • Bourgeois says:

      Effectivement Monsieur Zemmour a une vision paradoxale des réalités humaines et politiques.
      Ses conditionnements cultuel et culturel lui interdisent, pour l’instant, l’accès à la vérité tout entière.
      Il a encore quelques pas décisifs à franchir dans le discernement.
      A mon avis, ce qui lui manque c’est de devenir catholique, et par voie de conséquence, anti républicain et donc royaliste.
      Tant qu’il sera bonapartiste, il est évident qu’il a encore du chemin à parcourir.
      Dieu lui permettra-t-il ? Pour lui, et peut-être pour la France, souhaitons-le !

  5. Versaline says:

    Je ne vois pas en quoi Mr Zemmour hait la démocratie puisqu’il donne suffisamment l’exemple de quelqu’un qui se comporte comme si la démocratie en France était partie intégrante de ce pays, qu’il en prend les risques et les assument, alors que son procès est l’exemple parfait d’un procès digne d’une dictature…
    Quand à la République, parlons-en, nos oligarques en ont fait un fourre-tout qu’ils sortent à tout bout de champ, et à la sauce qui leur convient suivant la situation…

  6. Tirebouchon says:

    Il y a des juges et des procureurs qui pratiquent la justice mais dont le vrai métiers et celui de cireur de pompes…Ceux-la condamnaient en leur temps les résistants au nazisme…puis le Grand échalas de Londres les laissa en place, trop compliqué de juger et condamner ces grands collaborateurs d’Hitler….Ils jugèrent donc et condamnèrent même à mort, sans aucune pudeur, sans aucun honneur, sans remords ceux qui comme eux avaient servi le même maître et souvent avec moins de servilité. Probablement que si un parti politique honnête et sincère, proche du peuple il jettera d

  7. Tirebouchon says:

    Il y a des juges et des procureurs qui pratiquent la justice mais dont le vrai métiers et celui de cireur de pompes…Ceux-la condamnaient en leur temps les résistants au nazisme…puis le Grand échalas de Londres les laissa en place, trop compliqué de juger et condamner ces grands collaborateurs d’Hitler….Ils jugèrent donc et condamnèrent même à mort, sans aucune pudeur, sans aucun honneur, sans remords ceux qui comme eux avaient servi le même maître et souvent avec moins de servilité. Ceux d’aujourd’hui qui se comportent de la même façon il faudra les pendre, car ce sont les criminel de la Justice

  8. Serge NIVA says:

    Bravo Monsieur ZEMMOUR; je pense et arrière pense comme vous.

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