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Marisol Touraine, ministre de la Santé, est aussi douée pour s’occuper du monde de la santé que moi pour jouer du cornet à piston. Elle a comme seul mérite médical d’avoir eu un oncle dermatologue. Mon oncle était boulanger, mais je n’ai jamais réussi à faire du pain. C’est ce que l’on pourrait appeler une « femme du sérail », qui tient ses mérites à ses pérégrinations dans les états-majors socialistes. Au règne du compérage, on nomme les ministres non pas en fonction de compétences dans un domaine donné mais en fonction des rapports –si on peut dire- au sein des éphémères chefs de parti.

La protestation des médecins en grève se cristallise sur deux axes qui en réalité sont définis par des critères de type idéologique néo-marxiste auquel même la Chine a renoncé : celui de la nécessité de tout faire dépendre de l’État qui doit tout régenter, diriger aux dépens de l’initiative privée. Essayons de décrypter le message des praticiens en colère.

Le premier axe est celui des gardes de nuit. Les ARS (agences régionales de santé) ont décidé de supprimer dans le Nord Pas de Calais ce qui se nomme la Permanence des soins ambulatoires en nuit profonde. Normalement, si vous êtes malades vous appelez votre médecin ou celui qui est de garde. L’État a décidé de mettre la main sur ce système simple et peu onéreux. Désormais il faut appeler le service d’urgence dépendant de l’hôpital. À grand renfort de sirènes et d’éclairs lumineux débarquent chez vous les pompiers ; une deuxième voiture avec un chauffeur, une infirmière et un médecin (SMUR ou SAMU) ; comme en outre il y a dans l’agglomération trois zones de sécurité prioritaire, arrive en plus la police selon les quartiers. Tout ce caravansérail pour une simple varicelle d’un enfant pour lequel s’affole la maman ; mais s’il s’agit d’une grand-mère qui a de la température, elle sera emmenée bessif aux urgences de l’hôpital où elle attendra six heures sur un brancard. Alors que le toubib de base en ville a toujours une ampoule injectable pour faire baisser la température en urgence. Coût du système que veulent imposer les ARS de toute la France : entre cinq et dix fois plus que le système existant.

Le deuxième axe est encore plus simple. L’idée est que les patients ne doivent plus payer leur consultation. C’est donc le médecin qui devra se débrouiller avec la sécurité sociale et les mutuelles pour se faire payer. Certaines personnes seraient incapables de payer les 20 % des honoraires qui constituent le ticket modérateur ; lequel est pris en charge par les mutuelles. Évidemment Touraine n’a jamais été en contact avec le monde de la médecine. Elle a d’ailleurs toujours refusé de rencontrer les syndicats médicaux. Bravo ! Ce sont eux qui sont les premiers intéressés. À ma connaissance jamais un médecin n’a traîné en justice un malade qui n’avait pas d’argent pour le payer. C’est même un des derniers privilèges de la profession : la faculté de ne pas faire payer. Alors ? Il est évident que si les patients ne payent plus rien, dès qu’ils ont un pet de travers, ils se précipiteront chez le médecin. Ce qui va démultiplier le nombre de consultations et des dépenses afférentes. De plus, la mentalité générale est que ce qui est gratuit n’a pas de valeur. Un acte médical que l’on ne paye pas en fin de consultation n’a pas de valeur donc il n’aide pas psychologiquement à guérir.

Mais faire comprendre que la réforme Touraine ne fera que creuser un peu plus les budgets de la sécurité sociale est impossible. On a plus de chance d’être compris par un âne. Comme Touraine est têtue comme une mule aragonaise, elle maintient son point de vue ; elle a donné comme consigne aux médias rampants aux ordres de raconter que tout va bien. Tellement bien qu’ayant personnellement un rendez-vous fixé chez l’ophtalmo depuis six mois, celui-ci sera reporté dans un an. Pour le reste, des préfets ont réquisitionné les médecins… C’est trop facile : les praticiens, qu’ils le veulent ou non, sont obligés d’assurer.

Nos rois étaient sages : un administrateur qui était incompétent se retrouvait en prison ; ce qui, par exemple, a été le cas du fameux Law et ses complices qui ont ruiné la France avant 1789 avec le système dit des assignats. Actuellement c’est l’inverse. Le système administratif est devenu tel que l’incompétence est toujours récompensée. L’exemple le plus flagrant est Moscovici, ministre du budget, qui ayant complètement échoué en France, a été reconverti dans la même profession au niveau européen sous la pression de Hollande. Sans parler des primes à l’échec dites « « parachutes dorés » et les « retraites chapeau ». Un scandale permanent auquel Hollande disait qu’il mettrait fin : projets renvoyés aux oubliettes.

Sans compter que « les législateurs » sont souvent aussi incompétents que ceux qui proposent les lois. Un exemple récent est celui des lois de l’inénarrable Cécile Duflot qui ont entraîné l’effondrement de la construction dans le pays et par là augmenté le chômage. Pourtant ces lois avaient bien été votées.

La médecine se dirige ainsi à vitesse accélérée vers des lendemains qui ne chanteront pas et dont les électeurs seront les victimes.

Et ce n’est pas tout. Le gouvernement veut mettre à sa botte l’hospitalisation privée qui pourtant coûte un tiers de moins à la Nation. Elle ne va pas se laisser faire.

Dr Jean-Pierre Dickès

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6 commentaires

  1. « Au règne du compérage, on nomme les ministres non pas en fonction de compétences dans un domaine donné…

    Dans une France démocratique les ministres seraient tirés au sort parmi des volontaires préalablement sélectionnés sur dossier (afin d’écarter les candidatures fantaisistes) par un jury de citoyens lui-même tiré au sort.

    « Sans compter que « les législateurs » sont souvent aussi incompétents que ceux qui proposent les lois. »

    Dans une France démocratique les projets de loi seraient rédigés par l’Assemblée nationale tournante des législateurs, dont les membres seraient tirés au sort, puis les projets de loi seraient soumis au vote du peuple.

  2. Patdunord says:

    Juste une précision : le chauffeur de la voiture ( SMUR ) est un ambulancier diplôme d’état (qui n’ait pas reconnu en taht que tel) il ne conduit pas un taxi……. Mais un Vehicule Médicalisé Légerou une ambulance de réanimation………..

    • KARMOUSSE says:

      faut demander un statut de Praticien hospitalier !!

      • Dickès Jean-Pierre says:

        Oui. Sauf qu’il n’y aurait plus de médecins dans les cliniques ; et si ill y avaient ce statut, ils dépendraient de l’Etat tentaculaire. En fait la fin de l’hospitalisation privée ce que veulent lessocialistes et les communistes.

  3. Bonjour,

    Merci pour cet article qui éclaircie bien des points.
    Je souhaiterais réagir à un commentaire fait au sujet des consultations gratuites. Dans mon passé j’ai pu bénéficier à plusieurs reprises du système de santé britannique NHS basé sur la gratuité des soins (médecins, hôpitaux) avec un part payante pour les médicaments. Ce système n’engendre pas et n’a jamais engendré un surcroît de consultations. et la NHS (réformé par les Travaillistes ) n’est pas à bout de souffle comme notre système de santé français. Preuve qu’ailleurs, ça marche sans occasionner une explosion des dépenses.

    • Dickès Jean-Pierre says:

      Cher Monsieur,
      Si vous êtes celui que je connais, je tiens à vous remercier de l’aide que vous nous fournissez à l’ACIM depuis des années. Que le Bon Dieu vous garde.
      Je répond à votre question. Je connais très bien le système britannique car j’étais durant cinq années, trois mois chez le Dr Seaton, professeur au Tropical School of Medecine à Liverpool. C’est un grand port international dans lequel arrivaient des personnes atteintes de maladies tropicales. Le matin je l’accompagnais dans les services. Son adjoint était un type charmant du nom de Lavoipierre, descendant d’émigrés sous la révolution « française ». L’un et l’autre l’après-midi avaient leur propre cabinet de consultation en ville. Leur clientèle était privée et ne bénéficiait d’aucune prise en charge par l’Etat. Les clients n’étaient remboursés de rien. Ceci créait effectivement une médecine à deux vitesses : celle des riches qui allaient voir les médecins de ville et celle des gens modestes qui s’adressaient au National Health Service. Mais les Anglais ne sont pas choqués à tout bout de champ par l’inégalité. En France, plus on en parle, plus les « politiques » s’enrichissent. On pourrait l’accepter si ils étaient efficaces ; ce qui n’est pas le cas.
      Sentiments amicaux.
      Jean-Pierre Dickès

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