houellebecq-soumission

 

C’est un livre dangereux.

Nul n’ignore que l’auteur imagine un musulman élu à la présidentielle de 2022.

Cet événement est en fait l’arrière-fond du triste itinéraire spirituel d’un professeur de Paris 3-Sorbonne, spécialiste de Huysmans, vieillissant dans une médiocrité ressentie, et finissant par se convertir à l’Islam.

La vraisemblance de l’élection est assurée par l’alliance d’une « fraternité » musulmane avec le PS et l’UMP, contre le FN, et par la personnalité brillante et séduisante du nouveau président. D’habiles compromis empêchent toute réaction forte et éteignent les prémisses d’une guerre civile. Ils n’empêchent pas une islamisation partielle de la France avec l’aide des pays musulmans, dans les domaines essentiels de l’éducation et de la culture. C’est l’hypothèse d’un passage en douceur …

L’élection elle-même n’est pas décrite, car l’anti-héros du livre, prénommé François, a préféré la fuir.

Le vrai sujet du livre est bien le parcours de ce personnage. En dépit d’un récit à la première personne, les limites de son identification à l’auteur ne peuvent être totalement précisées.

Quoiqu’il en soit, ses réflexions ne manquent pas de finesse, surtout quand il s’agit de littérature, c’est-à-dire essentiellement de Huysmans. L’humour froid, une lucidité sans bienveillance, l’ironie féroce et un cynisme certain y sont presque constamment présents. Il semble désabusé sans jamais avoir été abusé.

Les passages pornographiques, au demeurant peu nombreux, donnent l’impression de figures imposées par la réputation sulfureuse de l’écrivain, sans aucune utilité. Ils apparaissent comme les sursauts ou les soubresauts étroitement localisés d’une vigueur déclinante dans un corps malade et dont l’âme est en détresse. Mis à part un sentiment à peine reconnu pour sa partenaire préférée, quand, entre les deux tours, elle part pour Israël, ces passages sont plutôt pitoyables, ou, comme il est plus à la mode de le dire, pathétiques.

Deux moments-clés du livre transcendent ce climat : une conversion manquée à Rocamadour, et le ralliement à l’Islam.

Lors du premier de ces moments, des étapes apparemment fortuites amènent un face-à-face avec la Vierge noire, après avoir écouté une lecture publique de Péguy en présence de jeunes au « visage ouvert et fraternel que parviennent je ne sais comment à arborer les jeunes catholiques (…). Bien autre chose se jouait, dans cette statue sévère, que l’attachement à une patrie, à une terre, ou que la célébration du courage viril du soldat ; ou même le désir, enfantin, d’une mère. Il y avait là quelque chose de mystérieux, de sacerdotal et de royal que Péguy n’était pas en état de comprendre, et Huysmans encore bien moins. Le lendemain (…), je revins à la chapelle de Notre-Dame, à présent déserte. La Vierge attendait dans l’ombre, calme et immarcescible. Elle possédait la suzeraineté, elle possédait la puissance, mais peu à peu je sentais que je perdais le contact, qu’elle s’éloignait dans l’espace et dans les siècles tandis que je me tassais sur mon banc ratatiné, restreint. Au bout d’une demi-heure je me relevai, définitivement déserté par l’Esprit, réduit à mon corps endommagé, périssable, et je redescendis tristement les marches en direction du parking. » C’est une impossibilité énigmatique de rentrer dans le mystère chrétien du Salut civilisateur …

Le court séjour à Ligugé sur les traces de Huysmans, en dépit de la douce bonté des moines, ne fait que confirmer l’échec.

Le ralliement à l’Islam est tout autre : à son retour à Paris, la Sorbonne, achetée par l’Arabie Saoudite, est devenue musulmane. Outre les femmes, les non-musulmans n’y peuvent plus enseigner. Plusieurs se sont convertis à de très avantageuses conditions et sans contraintes véritables, hors la cérémonie de conversion.

Houellebecq - copie 4

Ces données sont déjà connues de François quand le nouveau président de la Sorbonne islamique, bientôt secrétaire d’état aux universités, entreprend de le rallier. Ce sont des conditions qui vont intervenir dans sa décision en ne lui interdisant réellement ni le tabac, ni surtout l’alcool, dont il est dépendant, et en répondant à ses appétits sexuels par des unions polygamiques arrangées. 

Cependant, ce n’est pas tout. Le Tentateur, en un grand passage, lui évoque la beauté de l’univers et l’évidente existence de son Créateur balayant ainsi son athéisme modernement conventionnel, mais il ajoute « l’idée renversante et simple (…) que le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue (…) l’Islam accepte le monde, et il l’accepte dans son intégralité (…) tel quel pour parler comme Nietzsche » donc, la soumission au Tout Puissant est, contrairement aux chrétiens, confondue avec celle du « prince de ce monde » et ainsi toutes les autres grandes soumissions absolues sont justifiées, notamment des femmes aux hommes, des faibles aux forts et aux puissants, et des privilégiés aux défavorisés, à l’opposé de la Charité, qu’il considère comme la cause de la déchéance chrétienne en nihilisme moderne. Au terme de ce parcours vraisemblable, François trouve dans cette soumission, intégrant par privilège l’acceptation de ses vices, un apaisement confortable à ses insatisfactions. 

Cela peut-il suffire à combler une vie « où personne ne s’aimait et que personne n’aimait » et à effacer sa tristesse de réprouvé à Rocamadour ?

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7 commentaires

  1. jo1934edunom says:

    Le « quoi qu’il en soit » devenu  »…Quoiqu’il en soit, ses réflexions …. » me gêne énormément , particulièrement dans un texte de critique littéraire.
    Ceci dit, la critique ici se contente de résumer le roman. Que j’ai lu et bien aimé. Je ne vois aucun éclairage intéressant sur l’hypothèse elle-même du livre, et je ne suis pas sûr du caractère  »second degré » du titre de l’article et de sa première phrase .

    • P. Malvezin says:

      Cher inconnu,

      Vous devriez lire les chroniques du grand Vialatte, particulièrement les 468 et 471, avec notamment ce passage : « on ne saurait jamais corriger une faute de français sans en faire une ou deux soi-même ». Si, ensuite, vous vous relisiez, vous pourriez, sur trois lignes, être gêné « énormément », mais CELA n’en vaut pas la peine. CELA DIT, pour le reste, vous n’êtes pas tenu de tout comprendre.
      Et c’est ainsi qu’Allah est grand.
      Cordialement et sans rancune.
      Patrick Malvezin

      • jo1934edunom says:

        Semer le doute en parlant par énigmes et en s’abritant derrière Allah ou la statue du Commandeur : telle est la stratégie de mystère des gourous de quartiers.
        Qui ne me laisse pas, même après relecture, gêné ou perturbé mais profondément rassuré:démasqué,le Sphynx!

        Pour le reste , comme disait le grand William : « Words, words,words… ».

    • Vos instituteurs et professeurs ne semblent plus expliquer cette différence importante à leurs élèves, puisque je note depuis longtemps partout cette faute destructrice d’une distinction nécessaire. (Il faut naturellement y ajouter des exemples du type ‹ quelle qu’elle soit › / ‹ quelque belle qu’elle soit ›.) Je remarque des choses pareilles en allemand et en anglais aussi, bien qu’il y ait, à ce qu’il me semble, plus de défenseurs de la tradition linguistique chez les anglophones, où il n’y a aucune Académie où Behörde pour dicter aux gens comment ils doivent écrire. Je vous félicite et vous remercie de cette contribution.

  2. Hugh Weldon says:

    Je l’ai lu aussi. Cette critique de M.Malvezin me semble ‘interessé’ arrivant à une conclusion théologique plutôt que litérraire. Evidemment Houellebecq voulait établir un parallèle entre le personnage de François et celui du converti Huysmans. Pour François, la conversion est une solution (on peut se demander si c’est justifiée artisquement) mais la caractériser comme un abandon au mal est injuste, a mon avis.

  3. Rombeaut says:

    Certes : soumission… Mais n’en jetons pas trop, je veux dire, des cris d’effarouchés. Les « grandes » religions exigent la soumission, exigent qu’on se rende à elles, pieds et poings liés, sans volonté propre. Une religion qui est « impérialiste », que le veut être ou qui prétend à l’universalité (à la catholicité !), qui confond religion et pouvoir politique, celle-là exige la soumission. Comment, enseigner à la Sorbonne, à une époque, sans avoir à montrer pattes blanches catholiques ? Que veut Michel, en fin de compte, sinon un maître !

  4. Le roman est très bien ficelé. Nous sommes plongés dans un avenir rendu possible et justifié par la vie du narrateur, la politique d’écrite dans le roman qui rejoint dangereusement notre réalité, l’absence de valeur de notre société dont le manque est comblé par cette religion et l’opportunisme du narrateur largement partagé par les privilégiés de notre société.
    L’actualité qui a suivi la parution du livre nous confirme que tout est possible, en creux du livre on aperçoit l’alternative d’extrême droite et l’imagination du lecteur peut essayer de les comparer.

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