Le père spirituel des zombies cinématographiques est mort. Georges Andrew Romero s’est éteint le 16 juillet à Toronto, au Canada. Le zombie, ou mort-vivant, est un personnage de la culture des Caraïbes et particulièrement de l’île d’Haïti. A l’origine, le zombie est un être humain intoxiqué à la tétrodotoxine, tirée du poisson tétraodon, qui était en apparence mort mais que l’on faisait revenir à lui avec une infusion de datura pour le faire travaille comme esclave dans les plantations.

Romero donna au zombie ses lettres de noblesse et fut à l’origine de toute une lignée de films (plus ou moins bon, et plutôt moins que plus…), de jeux vidéos et de séries télévisées. Le zombie romérien a été imaginé selon quelques caractéristiques qui feront florès : ils sont lents,  ne peuvent être tués que si on détruit leur cerveau, contaminent un vivant par morsure, mais ont gardé (et même amplifié) leurs facultés auditives et olfactives et n’ont aucun sentiments humains (même si dans le 3e opus, un zombie militaire se souvient encore vaguement des codes en vigueur et salue militairement son capitaine dévoré par ses comparses et dans le 4e, les zombies commencent à se souvenir de leurs liens familiaux passés).

Romero est un marxiste, il suffit de voir les articles dithyrambiques qui lui sont consacrés sur les sites d’extrême gauche. On note dans l’œuvre de Romero une certaine phobie à l’encontre des enfants américains de race blanche, et principalement ceux qui incarne la sagesse ou l’innocence, voire ce qu’on appelait « la bonne éducation ». Dans le premier opus La Nuit des Morts-Vivants,  Sarah, habillée typiquement en « petite fille modèle » et devenue zombie, est abattue sans pitié par le héros noir. Même chose dans l’épisode suivant, L’Aube des morts-vivants, où deux petits enfants zombies blancs sont également abattus par le héros, tout aussi noir quand dans le 1er. Dans ce film, juste après que les Hell’s Angels aient été massacrés, on voit deux adolescentes blanches des beaux quartiers, une d’environ 13 ans et l’autre visiblement dans ses 17 ans, à quatre pattes sur le sol, poussant des grognements de canidés et se disputant un bras humain. On pourrait multiplier ces exemples à l’infini.   Sa haine des corps constitués dans un contexte marqué par la Guerre Froide et par la guerre du Vietnam, l’amène à  s’attaquer à l’armée et la police : l’armée est dénigrée dans les six films, principalement dans le troisième et le quatrième opus (Le Jour des morts-vivants, Le Territoire des Morts), quant à la police, elle est (tristement) à l’honneur dans L’Aube des morts-vivants.

Le meilleur film de l’heptalogie de Romera est incontestablement le quatrième opus (Le Territoire des morts, Land of the Dead en VO). Comme dans un anneau de Moebius, le message du peut aisément être retourné et être récupéré par les défenseurs de l’identité nationale. Deux grilles de lecture sont applicables pour le film, une conventionnelle et une inversée. Les personnages du quatrième film – sans toujours sombrer dans la caricature – représentent chacun une facette de la société américaine qui peut être vue soit dans l’optique gauchiste, soit dans l’optique droitiste (plus exactement, pour reprendre les termes en vigueur outre-Atlantique, pinko et right-wing).

L’homme qui s’est approprié la ville de Pittsburgh s’appelle Kaufmann. Un nom qui signifie « marchand », mais non pas dans la langue de Shakespeare ou de Twain, mais plutôt dans celle de Goethe. Kaufmann est un patronyme tudesque, que l’on retrouve en Amérique dans la communauté juive. Romero en a fait le symbole du capitalisme américain, mais un Romero du bord opposé voulant faire du méchant de l’histoire un nouveau Juif Süss ne l’aurait pas nommé différemment. Kaufmann, le marchand, marchand de Venise, nouveau Shylock. Patronyme qui évoque le mercantilisme, le capitalisme apatride, la haute finance anonyme et vagabonde, seul personnage de l’heptalogie à être une crapule intégrale, il cumule des tares associées par divers auteurs à la communauté juive elle-même. Kaufmann s’est emparé de la ville de Pittsburgh, en a confisqué les richesses à la création desquelles il n’a en rien contribué… Le patronyme du chef des zombies, un noir colossal qui fut pompiste, est aussi intéressant : il s’appelle Big Daddy, Grand Papa, non pas dans le sens du grand-père, mais dans le sens d’un père dominateur, au sens du symbolisme patriarcal. On peut noter une similitude avec Big Brother, le « Grand Frère » de 1984. Big Daddy n’a pas été élu démocratiquement chef des zombies. Il s’est imposé par ses aptitudes au commandement.

« Les fleurs du ciel » est  un symbole très intéressant. Il s’agit en fait d’un feu d’artifice que les humains tirent. A leur vue, les zombies sont comme pétrifiés, admiratifs, et sont incapables de se défendre et donc d’autant plus facile à massacrer. Pour Romero, elles symbolisent la religion. Mais en passant le film à travers l’anneau de Moebius, on est parfaitement en droit d’y voir les dogmes, les interdits de la police de la pensée qui détruisent les défenses identitaires des peuples autochtones d’Europe. Ce que Jean Madiran (et non Louis Pauwels) avait appelé en premier « le SIDA mental ».

Dans ce 4e opus, les zombies développent une conscience identitaire et des sentiments entre eux. Big Daddy hurle de douleur mentale en voyant un zombie décapité. On voit une famille zombifiée, papa-zombie, maman-zombie et fillette-zombie ayant conscience d’appartenir à une famille. Un couple d’adolescents zombies se tient par la main pendant tout le film. Sous la conduite de leur chef, les zombies commencent à échafauder des techniques de combat. Boucher-zombie se souvient de l’art du tranchage et Big Daddy apprend à Joueuse de baseball-zombie à utiliser un fusil-mitrailleur. A la fin du film, alors que le héros humain s’en va vers le Grand Nord Canadien, Big Daddy prend la tête des zombies qui quittent Pittsburgh pour retourner chez eux, à Union City, ayant acquis la conscience d’être un peuple à part entière. Comme les Blancs avec Trump.

George Andrew Romero est mort et est parti rejoindre ses chers zombies. Ceci dit, on espère que son retour ne sera que métaphorique et pas sous forme de dentier sur pattes… Surtout quand on sait à quel point il avait la critique mordante…

Hristo XIEP

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2 commentaires

  1. Saint-Plaix says:

    Cher Hristo!
    Ne vous laissez pas piégez par les interprétations folkloriques douteuses servies aux touristes par les Haïtiens: « le zombie est un personnage de la culture des Caraïbes et particulièrement de l’île d’Haïti »
    Que non!
    Le zombie haïtien, tout comme le fameux « Baron Samedi », sont des créations issues de la dégénérescence des connaissances populaires transmises et perpétrées par les esclaves et leur descendants…
    L’origine des Zombies ne doit rien aux Haïtiens mais tout à sa région d’origine qui est africaine: la Côte des Esclaves! Une petite bande de terre bordée d’une immense lagune à cheval sur le Togo et le Bénin, berceau d’une religion aussi méconnue que galvaudée, le Vaudou…
    (C’est aussi là que j’ai retrouvé les derniers métis descendants directs des traiteurs qui rachetaient les captifs vendus aux roitelets locaux par les tribus du nord, pour alimenter la flotte très « communautariste » de Charleston et Newport – surnommée Jewport à cause de cela…)
    Ces Haïtiens, transportés bien loin des couvents de Glidgi (village du Togo, véritable « Vatican » des Vaudoucis) bricolent pour les touristes des tueries sacrificielles de chèvres et de coqs (noirs ou blancs à la demande) aussi éloignées des pratiques d’origine et du culte Vaudou que les sermons de Bossuet peuvent l’être des prêches de Billy Graham!
    Que Romero s’y soit laissé prendre n’engage que lui…
    Ce n’est pas la première fois qu’Hollywood travestit la vérité historique ou ethnographique.
    Mais les vrais zombies africains n’ont pas grand chose à voir avec les intoxiqués de Port au Prince, même si effectivement les « potions-des-sorciers-vaudoucis » comportent parfois des extraits de Tétraodon issus de l’espèce fluviale « mbu » du bassin du Congo…
    Et personnellement en vingt ans sur place je n’ai jamais vu de « Baron Samedi »…

  2. Saint-Plaix says:

    Oh! MCF 68,
    Vous m’allez tout de même pas comparer un authentique génie comme Maryam Mirzakhan avec ces « peoples » de la pellicule!…
    On peut même rajouter au lot Max Gallo ce soir (le nègre de Papillon)…
    Et c »est vrai qu’on n’est que mercredi…
    D’ici samedi on a encore le temps d’en voir disparaître d’autres…
    C’est Hélène Carrère d’Encausse qui doit se faire des cheveux: déjà qu’elle n’arrive pas à trouver des têtes à bicorne, convenables, pour les fauteuils vacants, deux évanouis en un mois en plus, cela va sérieusement compliquer le recrutement…
    Et quand on voit ce qu’on y met, après Alain Finkielkraut, on peut se demander si Cyril Hanouna ou Eric Zemmour n’ont pas leurs chances!

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