pape_francois_kirill Nouvel entretien du pape François : le jubilé et l’œcuménisme sont les fruits de Vatican II – IIe partie (Cliquez ici pour la première partie.)

« Actuellement les rencontres et les voyages œcuméniques entrepris sont significatifs. A Lesbos avec le patriarche Bartolomé et Hieronymus, à Cuba avec le patriarche de Moscou Cyril, à Lund pour la commémoration conjointe de la Réforme luthérienne. Toutes ces initiatives avec les autres Églises chrétiennes ont-elles été favorisées par cette Année de la Miséricorde ?

Je ne dirais pas que ces rencontres œcuméniques sont le fruit de l’Année de la Miséricorde. Non. Parce qu’elles-aussi font partie d’un parcours qui vient de loin. Ce n’est pas une chose nouvelle. Ce sont seulement des pas en plus le long d’un chemin commencé depuis longtemps.

Depuis qu’a été promulgué le décret conciliaire Unitatis redintegratio, il y a plus de 50 ans, on a redécouvert la fraternité chrétienne basée sur l’unique baptême et sur la même foi en Christ, le chemin sur la voie de la recherche de l’unité a fait de petits et de grands pas en avant et a donné ses fruits. Je continue à suivre ces pas.

Ceux accomplis par vos prédécesseurs…

Tous ceux qui ont été accomplis par mes prédécesseurs. Un pas de plus avait été ce colloque de papa Luciani avec le métropolite russe Nikodim qui mourut entre ses bras. Embrassé au frère évêque de Rome, Nikodim lui dit beaucoup de belles choses sur l’Église. Je me rappelle les funérailles de saint Jean-Paul II, il y avait tous les chefs des Églises d’Orient : c’est ça la fraternité. Les rencontres et les voyages aident cette fraternité, la font croître.

Cependant vous avez, en moins de quatre ans, rencontré tous les primats et les responsables des Églises chrétiennes. Ces rencontres sillonent votre pontificat. Pourquoi cette accélération ?

C’est le chemin du Concile qui avance, s’intensifie. Mais c’est le chemin, pas moi. Ce chemin est le chemin de l’Église. J’ai, il est vrai, rencontré les primats et les responsables mais mes prédécesseurs aussi ont eu leurs rencontres avec ceux-ci ou d’autres responsables. Je n’ai donné aucune accélération. Dans la mesure où nous allons de l’avant, le chemin semble aller plus vite, c’est le motus in fine velocior, pour parler selon la formule exprimée par la physique aristotélicienne.

Comment vivez-vous personnellement cette sollicitude dans les rencontres avec les frères des autres Églises chrétiennes ?

Je la vis avec beaucoup de fraternité. La fraternité se ressent. Il y a Jésus en elle. Pour moi ce sont tous des frères. Nous nous bénissons l’un l’autre, un frère bénit l’autre. Quand avec le patriarche Bartolomé et Hieronymus nous sommes allés à Lesbos, en Grèce, pour rencontrer les réfugiés, nous nous sommes sentis une seule chose. Nous étions un. Quand je suis allé chez le patriarche Bartolomé au Fanar d’Istanbul pour la fête de Saint André, cela a été une grande joie pour moi. En Géorgie, j’ai rencontré le patriarche Ilia qui n’avait pas été en Crête pour le concile orthodoxe. La syntonie spirituelle que j’ai eue avec lui a été profonde. Je me suis senti devant un saint, un homme de Dieu m’a pris la main, m’a dit de belles choses, plus avec des gestes qu’avec des paroles. Les patriarches sont des moines. On voit derrière une conversation que ce sont des hommes de prières. Cyril est un homme de prières. Le patriarche copte Twadros aussi, que j’ai rencontré. En entrant dans la chapelle, il enlevait ses chaussures et allait prier. Le patriarche Daniel de Roumanie m’a offert, il y a un an, un volume en espagnol sur saint Sylvestre de Mont Athos. Je lisais déjà la vie de ce grand saint moine quand j’étais à Buenos Aires : « Prier pour les hommes c’est versé son sang. » Les saints nous unissent dans l’Église, en actualisant son mystère. Avec nos frères orthodoxes, nous sommes en chemin, ce sont des frères, nous nous aimons, nous nous inquiétons ensemble, ils viennent étudier chez nous et avec nous. Bartolomé aussi a étudié ici.

Vous avez accompli de nombreux pas, totalement en accord dans les réciproques déclarations, avec le patriarche œcuménique Bartolomé, successeur de l’apôtre André. Pierre et André étaient frères : est-ce que l’amour qui transforma la vie des apôtres vous soutient ?

Pendant qu’ensemble nous saluions tout le monde, à Lesbos, il y avait un enfant vers lequel je m’étais incliné. Mais je n’intéressais pas cet enfant : il regardait derrière moi. Je me suis retourné et je vis pourquoi : Bartolomé avait les poches pleines de bonbons et il était en train de les donner aux enfants. Bartolomé, c’est un homme capable de porter en avant, parmi de nombreuses difficultés, le Grand Concile orthodoxe, de parler de théologie à haut niveau, et de rester simplement avec les enfants. Quand il venait à Rome, il occupait à Sainte Marthe la chambre où je suis maintenant. L’unique reproche qu’il m’ait fait est qu’il a du en changer.

Vous continuez à rencontrer fréquemment les chefs des autres Églises. Mais l’évêque de Rome ne doit-il pas s’occuper à temps plein de l’Église catholique ?

Jésus lui-même prie le Père pour demander que les siens soient une seule chose, pour que le monde croie. C’est sa prière au Père. Depuis toujours l’évêque de Rome est appelé à garder, à rechercher et à servir cette unité. Nous savons aussi que les blessures de nos divisions, qui lacèrent le corps du Christ, nous ne pouvons pas les guérir par nous-mêmes. Donc on ne peut pas imposer des projets ou des systèmes pour retrouver l’unité. Pour demander l’unité entre nous chrétiens nous pouvons seulement regarder Jésus et demander que le Saint-Esprit œuvre parmi nous. Que ce soit lui à faire l’unité. Dans la rencontre de Lund avec les Luthériens j’ai répété les paroles de Jésus quand il dit à ses disciples : « Sans moi vous ne pouvez rien faire. »

Quel sens a eu la commémoration des cinq cents ans de la Réforme avec les Luthériens en Suède ? A-t-elle été une « fuite en avant » ?

La rencontre avec l’Église luthérienne à Lund a été un pas en plus sur le chemin œcuménique qui a débuté il y a 50 ans et dans le dialogue théologique catho-luthérien qui a donné ses fruits dans la Déclaration commune, signée en 1999, sur la doctrine de la justification. C’est-à-dire sur comment le Christ nous rend justes en nous sauvant avec sa Grâce nécessaire, ce qui est le point de départ des réflexions de Luther. Donc, retourner à l’essentiel de la foi pour redécouvrir la nature de ce qui nous unit. Avant moi, Benoît XVI avait été à Erfurt, et avait parlé sur ce sujet avec précision, avec beaucoup de clarté. Il avait répété que la question sur « comment je peux avoir un Dieu miséricordieux » avait pénétré dans le cœur de Luther, et était derrière chacune de ses recherches théologiques et intérieures. Il y a eu une purification de la mémoire. Luther voulait une réforme qui devait être comme un médicament. Puis les choses se sont cristallisées, les intérêts politiques du temps s’en sont mêlés, et on a terminé avec le cuius regio eius religio, par lequel on devait suivre la confession religieuse de qui avait le pouvoir.

Mais il y en a qui croit qu’avec ces rencontres œcuméniques vous voulez brader la doctrine catholique. Quelqu’un a dit que l’on veut « protestantiser » l’Église…

Cela ne m’enlève pas le sommeil. Je poursuis sur la route de qui m’a précédé, je suis le concile. Quant aux opinions, il faut toujours distinguer l’esprit qui les anime. Quand il n’y a pas de mauvais esprit, elles aident elles-aussi à cheminer. D’autres fois, on voit tout de suite que les critiques existent par-ci par-là seulement pour justifier une position déjà assumée. Elles ne sont pas honnêtes, elles sont faites avec du mauvais esprit pour fomenter des divisions. On voit tout de suite que certains rigorismes naissent d’un manque, de la volonté de cacher dans une armature sa propre et triste insatisfaction. Si vous regardez le film Le repas de Babette, vous verrez ce comportement rigide. «  (Traduction de Francesca de Villasmundo)

Fin de la IIe partie. Suite prochainement.

Francesca de Villasmundo

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