Pope Francis arrives for an audience with Lutheran pilgrims in the Paul VI Hall at the Vatican, Thursday, Oct. 13, 2016. (AP Photo/Alessandra Tarantino) - Le pape François devant la statue de Luther exposée au Vatican
Le pape François devant la statue de Luther exposée au Vatican

Suite de l’entretien du pape François au quotidien des évêques italiens Avvenire : le jubilé et l’œcuménisme sont les fruits de Vatican II – IIIe partie. (Cliquez ici et ici pour avoir accès aux deux premières parties.)

« Avec les luthériens aussi, il y a eu un appel pressant afin de travailler ensemble pour aider les personnes en état de nécessité. Faut-il alors mettre de côté les questions théologiques et sacramentelles et s’occuper seulement de l’engagement social et culturel ?

Il ne s’agit pas de mettre quoi que ce soit de côté. Servir les pauvres veut dire servir le Christ, parce que les pauvres sont la chair du Christ. Et si nous servons les pauvres ensemble, cela veut dire que comme chrétiens nous nous retrouvons unis en touchant les plaies du Christ. Je pense au travail qu’à la suite de la rencontre de Lund peuvent faire ensemble la Caritas et les organisations caritatives luthériennes. Ce n’est pas une institution, c’est un chemin. Certaines façons d’opposer les « choses de la doctrine » aux « choses de la charité pastorale » ne sont pas de l’Évangile et créent la confusion.

La commémoration conjointe de Lund a marqué un moment d’acceptation mutuelle et un niveau de compréhension réciproque profonde. Mais d’ici comment peut-on résoudre les questions ecclésiologiques encore ouvertes et donc celles concernant le ministère et les sacrements, en particulier l’Eucharistie, qui nous séparent de l’Église luthérienne? Comment est-ce possible de dépasser ces questions pour pouvoir aller vers une unité qui soit visible dans le monde ?

La Déclaration conjointe sur la justification est la base pour pouvoir continuer le travail théologique. L’étude théologique doit aller de l’avant. Le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens est entrain d’y travailler. Le chemin théologique est important, mais toujours ensemble au chemin de prière, en accomplissant ensemble des œuvres de charité. Des œuvres qui sont visibles.

Vous avez dit aussi au patriarche de Moscou, Cyril, que « l’unité se fait en marchant », « l’unité ne viendra pas comme un miracle à la fin, cheminer ensemble c’est déjà faire l’unité ». Vous répétez cela souvent. Mais que cela signifie-t-il ?

L’unité ne se fait pas parce que nous nous mettons d’accord entre nous, mais parce que nous cheminons en suivant Jésus. Et cheminant, par l’opération de Celui que nous suivons, nous pouvons nous découvrir unis. C’est cheminer derrière Jésus qui nous unit. Se convertir cela veut dire laisser que le Seigneur vive et opère en nous. Ainsi nous découvrons que nous sommes unis aussi dans notre commune mission d’annoncer l’Évangile. En cheminant et en travaillant ensemble, nous nous rendons compte que nous sommes déjà unis dans le nom du Seigneur et que donc l’unité ce n’est pas nous qui la créons. Nous nous rendons compte que c’est l’Esprit qui nous pousse et nous porte en avant. Si tu es docile à l’Esprit, ce sera Lui qui te dira le pas que tu peux faire, le reste c’est Lui qui le fait. On ne peut pas aller derrière le Christ s’il ne te porte pas, si l’Esprit ne te pousse pas avec sa force. C’est pourquoi c’est l’Esprit qui est l’auteur de l’unité des chrétiens. C’est pour cela que je dis que l’unité se fait en cheminant, parce que l’unité est une grâce qu’il faut demander, et c’est aussi pour cela que j’insiste sur le fait que le prosélytisme entre chrétiens est peccamineux. L’Église ne grandit jamais par le prosélytisme mais « par attraction », comme l’a écrit Benoît XVI. Le prosélytisme entre chrétiens est en soi-même un péché grave.

Pourquoi ?

Parce qu’il contredit la dynamique même de comment on devient et on reste chrétien. L’Église n’est pas une équipe de football qui cherche des supporters.

Quelles sont donc les voies à suivre pour l’unité ?

Entreprendre des processus au lieu d’occuper des espaces est la clé aussi du chemin œcuménique. En ce moment historique l’unité se fait grâce à trois voies : cheminer ensemble avec les œuvres de charité, prier ensemble, et puis reconnaître la confession commune ainsi qu’elle s’exprime dans le martyre commun reçu au nom du Christ, dans l’œcuménisme de sang. C’est là que l’on voit que l’Ennemi lui-même reconnaît notre unité, l’unité des baptisés. L’Ennemi, en cela, ne se trompe pas. Celles-ci sont toutes des expressions d’unité visible. Prier ensemble est visible. Accomplir des œuvres de charité ensemble est visible. Le martyre partagé au nom du Christ est visible.

Toutefois parmi les catholiques ne semblent pas encore très vive une sensibilité pour la recherche de l’unité et une perception de la douleur de la division…

La rencontre de Lund, comme tous les autres pas œcuméniques, a été un pas en avant pour faire comprendre le scandale de la division, qui blesse le corps du Christ et que nous ne pouvons pas nous permettre aux yeux du monde. Comment pouvons-nous donner le témoignage de la vérité de l’amour si nous nous disputons, si nous nous séparerons entre nous ? Quand j’étais enfant on ne parlait pas avec les protestants. Il y avait un prêtre à Buenos Aires qui envoyait les jeunes brûler les tentes des évangéliques quand ceux-ci venaient faire des prédications. Maintenant les temps ont changé. Le scandale doit être dépassé tout simplement en faisant les choses ensemble avec des gestes d’unité et de fraternité. » (Traduction de Francesca de Villasmundo)

Fin de la IIIe partie. Suite prochainement.

Francesca de Villasmundo

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4 commentaires

  1. « Certaines façons d’opposer les « choses de la doctrine » aux « choses de la charité pastorale » ne sont pas de l’Évangile et créent la confusion. »
    angl. ‹to beg the question› « assumer comme vrai ce qui est à prouver ». On voit pourquoi il n’aime pas St. Thomas d’Aquin. Ses distinguos flous artistiques typiques, p. ex. ‹certaines façons›, ne le sauveront pas, et il le sait. Si j’étais le card. Müller, je lui intenterais un procès devant l’Inquisition. C’est sans doute pour rendre des mesures de ce genre plus difficiles qu’il a limogé le card. Burke comme juge ecclésiastique suprême.
    « C’est la lutte finale », produit admirable de la France catholique – j’ajouterais peut-être : prima la musica e poi le parole, mais c’est débattable – ne saurait être en fin de compte anti-catholique ; en fait, cette chanson rappelle l’Évangile de dimanche dernier et celui du prochain. Si le pape lit ceci, il sera ravi et m’invitera au Vatican.

  2. ‹ Vous avez dit aussi au patriarche de Moscou, Cyril, que « l’unité se fait en marchant », « l’unité ne viendra pas comme un miracle à la fin, cheminer ensemble c’est déjà faire l’unité ». Vous répétez cela souvent. Mais que cela signifie-t-il ? ›
    C’est en forgeant des distinguos qu’on devient forgeron de distinguos.
    ‹Brave Galuppi! That was music, good alike at grave and gay;
    ‹I can always leave off talking when I hear a master play.›
    Browning, ‹A toccata of Galuppi’s›)

  3. ‹ j’insiste sur le fait que le prosélytisme entre chrétiens est peccamineux. L’Église ne grandit jamais par le prosélytisme mais « par attraction », comme l’a écrit Benoît XVI. Le prosélytisme entre chrétiens est en soi-même un péché. ›
    Oui, par attraction, comme dit Benoît XVI ; mais c’est cela qu’on nous disait dans ma jeunesse toute préconciliaire ; j’ai aussi appris qu’il ne faut pas brusquer les croyances sincères des autres. Par contre, s’il dit deux fois en trois phrases que c’est un péché de les convertir, j’imagine qu’on pourrait trouver là pas mal d’anathèmes dans les décrets tridentins. (Je n’ai pas actuellement le temps d’en chercher.)

  4. Ah, j’ai oublié son coup de grâce. ‹ Le prosélytisme entre chrétiens est en soi-même un péché grave. › ‹Peccatum mortale› alors : qui fait du prosélytisme va à l’enfer. Seulement les catholiques, ou les protestants aussi ? Du moins il croit à l’existence du péché mortel et de l’enfer.

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