Ce 11 octobre 2017, le Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation a tenu à commémorer le 25e anniversaire de la promulgation du Catéchisme de l’Église Catholique de Jean-Paul II en organisant un colloque auquel a participé le pape François. Aubaine pour le jésuite argentin devenu pontife qui a pu ainsi répondre, de façon détournée, aux pourfendeurs d’Amoris Laetitia unis dans la Correctio Filialis.

Jorge Maria Bergoglio, qui ne dialogue aimablement qu’avec les ennemis de la foi catholique, a profité de son intervention honorant le catéchisme wojtilien, pour appeler à la rescousse de son exhortation sur la famille la théologie moderniste de Vatican II, – qui enseigne que la Tradition est vivante, c’est-à-dire évolutive, adaptable « aux nouvelles conditions et formes de vie » pour citer une des expressions bergogliennes -, tout en se positionnant dans l’optique de l’herméneutique de la continuité développée par Benoît XVI dans un célèbre discours de 2005 :

« l' »herméneutique de la réforme », du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Église, que le Seigneur nous a donné; c’est un sujet qui grandit dans le temps et qui se développe, restant cependant toujours le même, l’unique sujet du Peuple de Dieu en marche ».

Le message papal basé sur ces deux colonnes du progressisme conciliaire a ainsi consisté, dans une large partie, à plaider pour la très controversée Amoris Laetitia et son chapitre VIII contraire à l’enseignement constant de l’Église catholique en matière d’indissolubilité du mariage et de réception des sacrements en expliquant que doctrine et Tradition peuvent être transmises ensemble seulement en les faisant progresser :

« « Garder »  et « poursuivre« , c’est l’objectif de l’Église […] pour annoncer de façon renouvelée et davantage exhaustive l’Évangile de toujours à nos contemporains. […] A partir de cela, la Constitution dogmatique sur la Révélation divine exprime la dynamique interne au processus : « Cette Tradition progresse (…) s’accroît, (…) tend constamment vers la plénitude de la divine vérité, jusqu’à ce que soient accomplies en elle les paroles de Dieu. » (ibid.) »

Ce discours d’El papa argentin, centré sur la nécessaire évolution doctrinale et dogmatique prônée par l’esprit conciliaire, débute par une sentence de Jean XXXIII que François fait sienne :

«  Il est nécessaire, affirmait le Pape [Jean XXXIII] dans son Discours d’ouverture, avant tout que l’Église ne détourne jamais son regard de l’héritage sacré de vérité qu’elle a reçu des anciens. Mais il faut aussi qu’elle se tourne vers les temps présents, qui entraînent de nouvelles situations, de nouvelles formes de vie et ouvrent de nouvelles voies à l’apostolat catholique » (11 octobre 1962). »

S’appuyant sur Jean-Paul II qui affirmait que son Catéchisme

« doit tenir compte des explications de la doctrine que le Saint-Esprit a suggérées à l’Église au cours des temps. Il faut aussi qu’il aide à éclairer de la lumière de la foi les situations nouvelles et les problèmes qui ne s’étaient pas encore posés dans le passé » (Const. ap. Fidei depositum, n. 3),

le pape argentin, entêté à défendre les propositions hétérodoxes d’Amoris Laetitia, épouse dans sa plaidoirie la thèse moderniste qui spécifie que la pertinence d’une vérité est soumise aux évolutions sociétales, intellectuelles, philosophiques, etc. : une doctrine qui n’est plus actuelle, n’est plus vraie, est le mot d’ordre. La vérité devient essentiellement changeante au gré notamment des changements de mœurs. Et la pastorale devient alors un moyen d’adapter des doctrines pourtant définies immuables au temps présent. Amoris Laetitia est le fruit emblématique de cette pensée progressiste ! L’esprit pénétré par cette notion évolutive du dogme et de la doctrine, il est donc nécessaire, et François le dit aux participants de cette rencontre,

« que l’Église s’engage à exposer la foi en tant que réponse significative pour l’existence humaine, dans le moment particulier de l’histoire que nous vivons. Il ne suffit donc pas de trouver un langage nouveau pour exprimer la foi de toujours. Face aux nouveaux défis et perspectives ouvertes devant l’humanité, il est nécessaire et urgent que l’Église expose la nouveauté de l’Évangile du Christ, contenue dans la Parole de Dieu, mais pas encore mise en lumière. C’est ce trésor, fait « de neuf et de l’ancien » dont parlait Jésus quand il apprenait à ses disciples à enseigner la nouveauté qui émanait de lui, sans abandonner l’ancien (cf. Mt 13, 52). »

Le concept de Tradition vivante énoncé par les pères du Concile et imposé par le post-concile est la boussole qui guide sa révolutionnaire pastorale familiale. La Tradition n’est plus, depuis Vatican II, le dépôt des vérités, reçu de Dieu par révélation, constitué par les apôtres à la fois oralement et par écrit et clos avec la mort du dernier d’entre eux, elle « ne désigne pas l’immutabilité objective du sens des vérités révélées, qui demeure à travers leur formulation rendue plus précise » mais elle représente la continuité des expériences vécues du peule de Dieu.

« … La Tradition n’est pas une transmission de choses ou de paroles, une collection de choses mortes ; la Tradition est le fleuve vivant qui nous relie aux origines, le fleuve vivant dans lequel les origines sont toujours présentes. Le grand fleuve qui nous conduit aux portes de l’éternité… »

dira Benoît XVI, le célèbre théologien Joseph Ratzinger du concile Vatican II, dans une allocution du 26 avril 2006.

Le pontife argentin réitère la même pensée en ce 11 octobre 2017, – ce qui témoigne en soi de la continuité théologique entre Benoît et François :

« La Tradition est une réalité vivante et seule une vision partielle peut penser le « dépôt de la foi » comme quelque chose de statique. La Parole de Dieu ne peut être conservée dans la naphtaline comme s’il s’agissait d’une vieille couverture dont il faudrait éloigner les parasites ! Non. La Parole de Dieu est une réalité dynamique, toujours vivante, qui progresse et croît vers un accomplissement que les hommes ne peuvent entraver. […] On ne peut garder la doctrine sans la faire avancer. On ne peut davantage l’enfermer dans une lecture rigide et immuable, si ce n’est en méprisant l’action de l’Esprit Saint. »

La Tradition vivante couplée à « l’herméneutique de la réforme » de Benoît XVI deviennent la meilleure justification d’Amoris Laetitia. Le pape François le sait, et c’est donc sur eux qu’il appuie son argumentation pour sauver son exhortation si opposée à la doctrine traditionnelle. C’est pourquoi seule une remise en cause substantielle de cet esprit conciliaire non en continuité mais en rupture avec la Tradition, qui anime Amoris Laetitia, pourra être un rempart contre la révolution familiale bergoglienne continuité logique de la révolution doctrinale de Vatican II.

Francesca de Villasmundo  

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4 commentaires

  1. DUFIT THIERRY says:

    Au nom de la doctrine évolutive prônée par Vatican II et ses mauvais textes on en vient aussi à la morale évolutive. Les Commandements de Dieu sont rejetés, bafoués. Les modernistes en sont maintenant à bénir l’adultère et à profaner le Saint Sacrement en favorisant les communions sacrilèges.

  2. Saint Pie X et le Serment (1910) contre le Modernisme qui déclare :
    Quatrièmement, je reçois sincèrement la doctrine de la foi transmise des apôtres jusqu’à nous toujours dans le même sens et dans la même interprétation par les pères orthodoxes ; pour cette raison, je rejette absolument l’invention hérétique de l’évolution des dogmes, qui passeraient d’un sens à l’autre, différent de celui que l’Eglise a d’abord professé. Je condamne également toute erreur qui substitue au dépôt divin révélé, confié à l’Epouse du Christ, pour qu’elle garde fidèlement, une invention philosophique ou une création de la conscience humaine, formée peu à peu par l’effort humain et qu’un progrès indéfini perfectionnerait à l’avenir.
    On en est vraiment loin avec ce pape François!

  3. Xavier S. says:

    On reconnait les modernistes à leur dialectique pratiquée depuis le Concile. Quand ils s’expriment sur les sujets religieux, ils répètent sans cesse les mots « aujourd’hui », « pour nous », « pour vous », « je crois que » etc., ce qui signifie qu’ils relativisent les vérités de la Foi selon les contextes de temps et de subjectivité personnelle. La grande habilité des modernistes depuis Vatican II est d’employer les mêmes termes théologiques qu’avant, mais en leur donnant discrètement une signification nouvelle, non catholique. C’est avec toute cette dialectique qu’ils ont réussi déstabiliser la Foi d’innombrables catholiques et à les éloigner de la vraie Foi.
    Voici quelques exemples dans les reportages méditiatisés à la télévision, dans les années 1970, 1980, 1990, quand Internet n’existait pas: on posait les mêmes questions standardisées à des chrétiens dans la rue, à des séminaristes, à de jeunes prêtres, aux religieux, aux ados, etc.:
    « Qui est Jésus-Christ AUJOURD’HUI pour vous ? »
    « Pour vous, c’est quoi être chrétien AUJOURD’HUI ? »
    « Pour vous, c’est quoi être prêtre ou religieux AUJOURD’HUI ? »
    « C’est quoi célébrer l »Eucharistie AUJOURD’HUI pour vous » etc., etc.
    Et les réponses étaient tout aussi standardisées:
    « Etre chrétien AUJOURD’HUI, c’est être solidaire avec les plus pauvres »
    « AUJOURD’HUI, le prêtre est un animateur »
    « AUJOURD’HUI, célébrer l’Eucharistie, c’est se rassembler fraternellement pour écouter l’Evangile et partager le Pain eucharistique », etc., etc.
    Dans un an se tiendra à Rome le synode sur les jeunes et les vocations. D’après le contenu du questionnaire préliminaire adressé « aux jeunes » et le message que François leur a adressé, on voit que c’est toujours la même dialectique qui sera au coeur des dialogues synodaux.

  4. Sanfard says:

    Je n »écoute plus ce qu’il raconte, maintenant on sait à quoi s’en tenir à son sujet, je passe outre et vit ma Foi comme on me l’a apprise avant Vatican 2.

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