On peut être d’extrême gauche, camé jusqu’aux yeux et totalement paranoïaque mais être un grand écrivain. Philip Kinred Dick est de ceux-là. Il a déjà eu les honneurs d’une adaptation cinématographique pour deux de ses ouvrages : Les androïdes rêvent-ils de moutons électroniques ?, devenu Blade Runner au cinéma, et Total Recall, qui conserva le même titre et avec pour rôle principal Arnold Schwarzenegger. Un autre de ses ouvrages, Le Maître du Haut-Château, est actuellement adapté en téléfilm par la télévision américaine par David Zucker, l’un des membres du trio de réalisateur comique Zucker-Abraham-Zucker (et il aurait mieux fait de rester dans ce registre). Pourquoi celui-ci et pourquoi maintenant ?

Le Maître du Haut Château, mon préféré avec La Vérité avant-dernière, est une uchronie dont le point de divergence est le 15 février 1933. Giuseppe Zangara réussit son attentat et tue Franklin Delanoe Roosevelt. Les Républicains remportent les élections de 1936 suite au fiasco du New Deal et restent neutres. Sans l’aide américaine, la Grande-Bretagne perd la campagne d’Afrique du Nord quand Rommel persuade Hitler d’envoyer une aide militaire massive aux Italiens. Le Caire tombe, les Soviétiques sont rapidement écrasés faute d’aide américaine. La Grande-Bretagne tombe en 1944, les Etats-Unis, attaqués par les Japonais à San Francisco et par les Allemands sur la côte est (probablement à partir du Canada), capitulent en 1947. Le procès de Nuremberg amène à la pendaison de Churchill et des principaux responsables britanniques pour « crimes contre l’humanité » suite à l’utilisation de bombes au phosphore sur les civils et les soldats allemands. L’action se déroule une quinzaine d’années plus tard. Suite au renoncement au pouvoir d’Hitler en 1952 (maladie de Parkinson), le nouveau Führer est Martin Bormann qui vient de mourir. Deux candidats luttent pour le poste : le ministre de la propagande Paul-Joseph Goebbels, 65 ans, incarnant les conservateurs et le ministre de l’Intérieur Reinhardt Heydrich, 58 ans, incarnant les réformistes (bien qu’il ait organisé les purges de 1948 amenant à l’exécution d’Heinrich Himmler), dans un contexte de guerre froide avec le Japon, décalque de monde réel avec le Japon dans le rôle des USA et de l’Allemagne dans celui de l’URSS. A ceci près que le Reich a une supériorité technologique écrasante : l’Allemagne a déjà colonisé la Lune et Mars alors que le Japon en est encore à défricher l’Amazonie.  Finalement, on apprend que ce monde est en fait une chimère et que dans le « vrai monde », c’est la Grande-Bretagne qui a gagnée la guerre froide contre les Etats-Unis, dirigée de main de fer par son féroce dictateur Winston Churchill, 95 ans, nouveau Cromwell ayant transformé son pays en régime similaire à celui de l’Afrique du Sud de l’apartheid. 

L’adaptation récente de ce téléfilm n’est pas innocente et est animée par la paranoïa. Une paranoïa telle que même une extrémiste juive, de plus stalinienne, comme la sociologue Danielle Bleitrach, s’en inquiète et juge cela contre-productif (les communistes de 2016 étant comme ceux de 1939, en véritable porte à faux : ils soutiennent implicitement Trump parce qu’il est l’allié de Poutine comme jusqu’en 1941, le PCF soutenait implicitement Hitler parce qu’il était l’allié de Staline). Car bien évidemment, c’est Donald Trump qui est visé, comme il l’est implicitement par le film dérivé de Star Wars, Rogue One.  C’est toujours la même peur paranoïaque, le même délire de persécution très prégnant au sein d’Hollywood de par son influence juive (pour ceux qui voudrait creuser la question lire à profit l’œuvre complète d’Hervé Ryssen), cette dénonciation d’un fascisme imaginaire pour mieux gaver le public de propagande en faveur du cosmopolitisme et du métissage (dont par ailleurs ils ont tendance à se préserver…). Cette recrudescence de propagande montre qu’ils sont aux abois et qu’ils sentent leur monde s’écrouler.

Petite question, pourquoi par exemple ce n’est pas La Vérité avant-dernière qui est adapté ? Là, on pourrait plus se croire dans des Etats-Unis non pas « trumpo-fascistes » mais « clintono-démocrates ». Dans ce roman qui se déroule en 2025, la guerre atomique entre la DemOcc et la PacificPop dure depuis 15 ans. Toute la population vit dans des abris souterrains et regardent les solplombs, des robots humanoïdes, combattre à la surface, rassurée par leurs chefs respectifs, le Président Talbot Yancy dans son bunker sous les ruines de la Maison Blanche et le Maréchal Harenzany dans le sien sous les ruines du Kremlin. En réalité, la guerre est finie depuis 13 ans. Yancy et Harenzany ne sont que des mannequins dirigés par deux génies de la propagande travaillant de concert, Brose à l’ouest et Eisenbludt à l’est. Le peuple est maintenu hors-jeu, trompé par la propagande omniprésente « pour leur bien ».

Ce qui est intéressant dans ce livre, c’est l’instrumentalisation de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale par les deux blocs. Côté américain, la dissolution de l’ONU en 1977 suite aux guerres en Amérique du Sud  força les Etats-Unis à réarmer massivement l’Allemagne et à lui rendre sa place prédominante en Europe. Donc, réécriture totale via une série historique très prisée, de l’histoire. On présente Hitler comme un génie incompris et Roosevelt comme un agent soviétique faisant exprès de ralentir les troupes américaines en France pour que l’URSS avance le plus loin possible…  Côté soviétique, la constitution de la PacificPop et l’incorporation du Japon à celle-ci amène la même réécriture via une série historique,  clone de la première. Le Japon était dans son droit et Roosevelt était un agent nazi qui via Canaris et Ciano informait Berlin de l’itinéraire des convois vers l’URSS…

Le point commun des deux romans de Dick est l’idée que tout n’est qu’illusion. Ayant recours massivement aux paradis artificiels (il n’a jamais supporté le fait que sa sœur jumelle Jane Charlotte Dick soit morte de malnutrition, parce que sa mère, trop pauvre, a du la sacrifier elle pour le sauver lui), il s’est créé un univers totalement décalé, où l’on sait jamais ce qui est vrai et ce qui tient de l’onirisme (on retrouve cela également dans Total Recall avec les faux souvenirs implantés). Mais finalement, ce bon vieux weirdo de Ph.K.D. était bien plus près de la vraie réalité que bien des auteurs « réalistes ». Car nous sommes aussi dans la société de la réalité douteuse. Nous somme dans le monde du mensonge permanant, de la réécriture de l’histoire, de la réalité virtuel. Un monde où ceux qui dirigent ne sont pas ceux qu’on croit. Les Yancy s’appellent Hollande ou Obama et leur Brose est derrière eux, leur soufflant ce qu’il faut dire et faire.

Ceux qui détournent l’œuvre de Dick sont en fait exactement ceux qu’ils dénonçaient, dans un monde où toutes les valeurs sont inversées, où le bien est devenu le mal, où le vice est devenu la vertu et où les héros sont devenus les salauds. Et vice et versa. Un monde déphasé, désorienté. Un monde à la Philip Kinred Dick. Les rêves qu’il avait vu dans le LSD sont en fait devenus notre cauchemar…

Hristo XIEP

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3 commentaires

  1. Jérémie says:

    Je ne sais pas si la récente irruption de Trump dans le paysage politique a permis de mettre en œuvre des récits qui le visent directement. Concernant K. Dick je n’ai jamais été passionné par « Le Maître du Haut Château » mais davantage par Ubik. Un truc incroyable chez K. Dick c’est ce qu’il a annoncé dans une conférence de presse en 77, dans laquelle il se disait de plus en plus convaincu qu’on vivait dans un programme d’ordinateur sur la base de rêves récurrents qu’il faisait. En fait il décrivait le scénario de Matrix. Voir ici : https://www.youtube.com/watch?v=jXeVgEs4sOo

  2. Edgar Richter says:

    Vous oubliez un autre film, tiré d’une nouvelle de Philip Dick, il s’agit de  » l’Agence  » avec matt Damon et Emilie Blunt.

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