
En France comme en Belgique, de plus en plus de commerces affichent un autocollant avertissant que leur intérieur est placé sous la surveillance de caméras fonctionnant avec l’intelligence artificielle (IA). Les supermarchés sont les premiers séduits par les promesses d’une technologie identifiant les voleurs. Le Royaume-Uni s’y est lancé avant la France et la Belgique. Avec des résultats inquiétants.
Accusée – par erreur – d’être une voleuse devant son enfant
Anamaria Mihai avait emmené sa fille faire des courses chez Sports Direct à Woolwich lorsqu’elle a été accusée de vol. En parcourant les rayons de Sports Direct avec sa jeune fille, Anamaria Mihai a eu un mauvais pressentiment : elle se sentait suivie. A chaque rayon, elle remarquait des membres du personnel à quelques mètres seulement. Anamaria leur a dit en plaisantant : « Vous me suivez ? » Le gérant lui a répondu : « Oui, parce que vous êtes une voleuse. »
Pour cette mère de famille, ce fut une terrible humiliation devant son enfant. : « Je voulais mourir sur le champ. Il était agressif et se comportait comme si j’étais la pire des criminelles. J’ai fondu en larmes. »
Il a été dit à Anamaria que le système de reconnaissance faciale Facewatch du magasin l’avait signalée comme ayant volé une paire de chaussures l’année dernière, ce qu’elle nie catégoriquement. Anamaria Mihai a demandé à Sports Direct les preuves photographiques contre elle. Il lui a été montré une photo en gros plan d’elle quittant le même magasin en août dernier. Ce jour-là, elle avait dépensé 80 £ pour une paire de baskets Converse pour sa fille, qui les avait enfilées en sortant du magasin tout en emportant ses vieilles chaussures.
La technologie Facewatch est utilisée dans de nombreux commerces de détail.
Expulsé d’un magasin après avoir été accusé à tort de vol
En février, la cas de Warren Rajah avait été signalé dans la presse. Cet homme avait été escorté hors d’un magasin Sainsbury’s après avoir été pris par erreur pour un voleur.
« Il n’y a eu aucune vérification ; j’étais coupable jusqu’à preuve du contraire. »
Il est ensuite parvenu à prouver son bon droit. L’enseigne lui a offert un bon d’achat de 30 £ à titre d’excuses. Il l’a refusé et a déclaré qu’il ne souhaitait jamais revenir.
« L’idée qu’une simple erreur de reconnaissance faciale puisse nous conduire à être accusés à tort d’un crime, expulsés d’un magasin et mis sur liste noire sans explication devrait nous donner des frissons. »
Accusé d’avoir subtilisé des articles alors qu’il avait bien payé en caisse
L’année dernière, Byron Long, habitant de Cardiff, dans le sud-est du pays de Galles, faisait ses courses dans un magasin de la chaîne de grande distribution B&M, lorsqu’un employé lui a demandé de quitter les lieux. « J’étais curieux, j’ai demandé pourquoi je devais partir. Il m’a répondu que j’étais un voleur. J’étais sous le choc. »
Le retraité avait été prétendument identifié par le système de reconnaissance faciale mis en place dans les rayons du supermarché, destiné à identifier les clients qui subtilisent des articles sans les payer, puis à les enregistrer dans une base de données et les bannir des commerces.
Après plusieurs appels et échanges de mails, il a découvert que l’enseigne l’avait enregistré comme un voleur ayant dérobé plus de 80 £ de produits, trois semaines auparavant.
Il parvient finalement à se laver de tout soupçon grâce à une vidéo de son passage en caisse, où il apparaît clairement en train de payer ses articles.
En dépit de ce type d’incident, le recours à la reconnaissance faciale s’accélère partout en Europe.
Pierre-Alain Depauw





