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Aujourd’hui à Tacloban (Philippines)

 

Le Dr Jean-Pierre Dickès qui mène depuis huit ans une mission permanente aux Philippines nous donne des nouvelles toutes fraîches de la situation à Tacloban dans l’île de Leyte ravagée du 5 au 11 novembre par le typhon Haiyan appelé dans ce pays du nom de Yolanda. L’information est issue de l’équipe de l’Association Catholique des Infirmières et Médecins dans sa branche asiatique. Elle est dirigée par une infirmière d’origine indonésienne Eileen Yolly Gamutan ainsi que par un prêtre canadien de la Fraternité Saint Pie X, l’abbé Couture. Chaque année 80 volontaires d’une dizaine de pays se rassemblent pour soigner une ville entière soit entre 3.000 et 6.000 personnes. C’est l’opération Rosa Mystica. Etant donné le typhon, cette mission prévue début janvier sera déplacée d’Iloilo vers une autre île, celle de Leyte dont la capitale Tacloban, a été détruite.

Le texte suivant est une synthèse des textes envoyés par Internet.  

 

Les premiers secours

Dès que le typhon a été connu, immédiatement un bus a été organisé par l’abbé Tim Pfeiffer (un américain) à partir de la ville de Davao. Le 11 novembre, il partit de l’île de Mindanao, et devait prendre le bâteau pour arriver à Tacloban avec des générateurs électriques et une tonne et demie de riz, des vivres, des couvertures. Mais Leyte n’était accessible ni par avion ni par bateau. Il lui fallut donc attendre pour permettre finalement le transport par la mer. De son côté à partir de l’île de Cebu, l’abbé Ghela (un philippin) rassembla des vivres et surtout du fioul. Ils installèrent leur base à Ormoc à quelques dizaines de kilomètres de Tacloban.

 « Il faut d’abord trouver un camion et de l’essence dont le prix a été multiplié par dix. La Providence veille. Il est nécessaire de cacher le riz car il y a des émeutes tant à Tacloban qu’à Ormoc. Les gens affamés prennent d’assaut les camions apportant des vivres. Mais s’y mêlent des voleurs qui le revendent. Le riz sera finalement déposé dans la caserne de police. Il faut aussi en acheminer à Baybay où la situation est calme et où nous organisons un camp de réfugié.

A Tacloban les gens ont peur. A côté d’où nous sommes, il y a eu trois viols, des gens armés pillent. Le NPA (guérilla communiste) est descendu des collines pour se ravitailler et tire sur tout ce qui lui fait obstacle. L’armée n’est pas très présente. La loi martiale cependant a été instaurée. Bref la distribution doit se faire très vite faute de quoi notre équipe risque d’être débordée. Des hordes humaines submergent la gare aux autobus où arrivent les vivres.

La majeure partie de la population n’a toujours pas de riz ; la plupart est sans abri, apparemment sans domicile ; les bâtiments en dur ont encore des murs mais pas de toit. Toute la région d’Est en Ouest, de Tacloban à Ormoc est dévastée. A Ormoc, les immeubles importants et solides sont pour la plupart intacts, les toits partiellement arrachés, les petits bâtiments sont détruits, il n’y a plus de courant électrique ni d’eau courante. Dans tous ces lieux s’allongent de longues files pour obtenir du carburant et tous réclament du riz à cor et à cri de quoi manger. Des stations d’eau sans épurateurs sont sur place : juste un tube ou un robinet sur le côté de la route. 

Il est décidé alors de rassembler les gens que nous connaissons ainsi que leurs voisins et proches qui ont tout perdu et veulent partir ailleurs. L’armée et la police évacuent de force par avions de transport ceux qui ont tout perdu et n’ont plus d’endroit pour vivre.

Finalement les prêtres font installer un camp de repli sur la côte ouest de Leyte qui n’a pas été touchée. C’est une petite cité appelée Bato à côté de Baybay. Nous disposons de locaux et de tentes et nous nous occupons d’une centaine de réfugiés. Ce sera notre premier camp. »

 

La situation quinze jours plus tard

Pardon pour la mauvaise qualité des images que nous vous envoyons, écrit Yolly Gamutan. Les connections Internet sont très difficiles ; pour alimenter notre ordinateur nous utilisons un générateur amené par l’abbé Tim Pfeiffer le lendemain du drame. 

A ce jour les rues principales sont praticables et beaucoup de gens retournent dans les ruines de leurs maisons pour essayer de nettoyer et de voir ce qui est récupérable pour une éventuelle reconstruction. Les hôtels construits en dur et ce qui reste d’auberges rouvrent malgré les dégâts considérables (les Philippins réparent ce qu’ils peuvent). Ils sont tous pleins à craquer car occupés par les journalistes et les sauveteurs volontaires venant de l’étranger. 

L’abbé Ghela a pu réserver la semaine dernière un hôtel entier pour toute son équipe. Le personnel ne lui a rien demandé de payer au prétexte qu’il n’y avait plus de toit à l’immeuble. Mais il faut attendre quelques réparations supplémentaires pour l’équipe qui doit venir en décembre et celle de janvier.

Nous avons pu voir le logo de Médecins sans Frontières. Mais nous n’avons pas parlé aux Français. Ils étaient en effet trop occupés par une longue file de malades trop heureux de se faire soigner gratuitement. Le Directeur de l’ONU à la Protection civile et aux Opérations de secours est basé aussi à Tacloban. Il parle le hollandais et l’anglais, mais pas un mot de français. C’est dommage car nous espérions avoir les explications sur la situation par les volontaires français en général ainsi que par toutes les équipes de ce pays.

Les gens sont littéralement bouche-bée par ce qu’ils découvrent au jour le jour. Les choses avancent cependant. Ils commencent à réparer les ponts, les rues, les bâtiments qui subsistent. Ce sont les zones résidentielles qui sont le plus vite nettoyées car l’accès en est plus facile. Mais beaucoup de cadavres n’ont pas encore été retrouvés.

Nous avons expliqué à l’officier responsable de la santé que notre mission principale Rosa Mystica qui annuellement se passe en janvier dans une grande ville était déplacée par nécessité de Iloilo à Tacloban. Il a estimé que c’était idéal. En effet, presque toute la population avait fui ou était évacuée. Beaucoup de monde sera rentré en janvier. Les gros désastres sur lesquels nous n’avons pas prise (électricité, égouts) auront été certainement en partie réparés. De plus, tant la police et l’armée seraient parfaitement capables de faire respecter la sécurité, l’ordre, ce qui n’était pas le cas au décours du typhon et encore maintenant.

 

Une situation s’améliorant lentement

Présentement l’aéroport est très occupé par les avions militaires qui arrivent chaque heure. Il y a un fourmillement de gens qui réceptionnent des tentes reçues d’un peu partout. Cela entre et sort de manière ininterrompue.

Selon cet officier les avions militaires seront remplacés par des avions de lignes commerciales pour faire redémarrer les affaires et reconstituer les stocks de nourriture. Il y a des bus gratuits qui vont du port ou des aéroports vers les différents points de la ville.

Finalement Yolly Gamutan est contente car elle a pu parfaitement communiquer en anglais, malgré l’usage de nombreux dialectes dans cette région.

Le gouverneur qui est le frère de la Sœur Eva, une religieuse de l’Ordre de Saint Paul de Chartres, avec laquelle nous avons travaillé, nous a affirmé que pour Noël l’électricité sera revenue, et que la vie reprendra. (Sœur Eva nous avait emmené pour aller soigner des pygmées dans l’île de Luzon il y a quatre ans.Ndlr)

L’hôpital de Tacloban a été détruit et actuellement les malades et les blessés sont soignés dans des tentes par des équipes médicales ; les plus graves sont évacués en avion militaires vers des hôpitaux encore en état de fonctionnement ou vers Manille. Des avions civils ont aussi été réquisitionnés pour faire ce travail. Le pire dans l’ensemble semble donc être passé.

En ce qui concerne la nourriture, les îles voisines ont été très généreuses. Les villes du sud de Leyte qui n’ont pas été frappées par le typhon de même. Nos équipes sur place ont suffisamment d’eau en bouteille et des aliments. Nous en distribuons d’ailleurs gratuitement. De plus des tuyaux avec des robinets ont été installés dans les rues ce qui permet de se laver et de faire la lessive. Mais cette eau n’est pas potable. Mais pour l’instant il n’y a pas d’épidémie.

Reste qu’en janvier la situation sera très incertaine : les gens vont revenir sur leur site de vie actuellement en ruine, espérant reconstruire des abris sommaires ou leurs maisons le plus vite possible. On ne sait pas jusqu’à quel point les pouvoir publics aideront à la reconstruction et à quoi elle en sera à ce moment.

Il faudrait en effet faire évacuer toutes les zones détruites et mettre les habitants dans des tentes installées au sein de zones d’attente. Les restes des maisons doivent être démolis avant d’être reconstruites. Avant de réhabiliter, il faut bien évacuer.

« J’ai parlé de tout cela aux officiels du coin, aux personnels militaires et aux volontaires étrangers », explique Yolly. Pour l’instant ce sont des civils qui font ce travail. Les officiels se contentent de faire le nettoyage.

                                                                                                (à suivre) 

Nous remercions toutes les personnes généreuses qui nous ont envoyé de l’argent pour aider les sinistrés. C’est à partir de maintenant que les besoins sont les plus grands.

                                                                   Dr Jean-Pierre Dickès

                                                                   2 route d’Equihen

                                                                   62360 Saint Etienne au Mont

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