One Man’s Hero est un film américano-mexicano-espagnol réalisé par Lance Hool en 1999. Le film s’inspire de l’histoire vraie de John Riley et du bataillon Saint Patrick, un groupe de soldats catholiques irlandais qui déserte l’armée américaine, majoritairement protestante, pour rejoindre le camp mexicain, majoritairement catholique, pendant la guerre américano-mexicaine de 1846 à 1848.
Nous n’avons malheureusement pas trouvé de version sous-titrée en français en libre accès.
Un peu d’histoire
Au sein de l’armée des Etats-Unis régnait à l’époque un fort état d’esprit anti-irlandais additionné à une mentalité anti-catholique. Dans de nombreux régiments, les soldats catholiques avaient non seulement l’interdiction d’assister à la messe catholique, mais étaient aussi contraints d’assister à des offices protestants.
Des soldats catholiques irlandais firent donc le choix de déserter les rangs américains pour rejoindre l’armée mexicaine. Lorsque les Mexicains virent ces soldats au teint hâlé, aux cheveux roux ou blonds et parsemés de taches de rousseur, ils les surnommèrent « Colorados » – les roux.
Les canons de Monterrey
Les irlandais catholiques réfugiés au Mexique furent rassemblés en un bataillon Los San Patricios, en référence à Saint Patrick, patron de l’Irlande, et placés sous le commandement de John Riley. Au Mexique, il obtint un brevet d’officier. Il mesurait 1,95 m, avait les cheveux roux flamboyants et était un chef courageux et charismatique.
La première apparition officielle des San Patricios eut lieu lors de la bataille de Monterrey. Le bataillon irlandais était constitué en batterie d’artillerie. Nombre des premiers Irlandais du bataillon provenaient en effet des unités d’artillerie américaines, et leurs compétences étaient précieuses pour les Mexicains.
Les Irlandais tinrent bon toute la journée, repoussant plusieurs tentatives d’assaut contre la ville.
Les San Patricios affrontèrent de nouveau les Américains lors de la bataille de Buena Vista. Cette fois, ils étaient chargés des canons les plus lourds de l’armée mexicaine et comptaient environ 700 hommes. Les San Patricios installèrent leur artillerie sur les pentes d’une colline escarpée dominant le champ de bataille et pilonnèrent les lignes américaines pour couvrir l’avancée mexicaine. Les armées étant désormais embourbées dans la plaine en contrebas, les San Patricios tournèrent leurs canons contre la 4e batterie d’artillerie américaine et l’anéantirent.
Ensuite, Riley emmena un détachement de ses hommes pour s’emparer des canons ennemis et les ramener à travers le champ de bataille.
Voyant cela, le général américain Taylor ordonna à sa cavalerie de « prendre cette maudite batterie ». Mais cette attaque fut repoussée. N’ayant pu s’emparer des canons, le général Taylor dirigea le feu de plusieurs batteries américaines sur les San Patricios qui résistèrent à ces tirs d’artillerie suffisamment longtemps pour couvrir l’infanterie mexicaine en déroute, puis recharger leurs canons et se replier en bon ordre. Ils avaient perdu un tiers de leurs hommes, tués ou blessés.
« Vous ne devez pas combattre un peuple religieux, ni vous joindre à ceux qui proclament l’esclavage de l’humanité comme principe constitutif… La liberté n’appartient pas à ceux qui veulent dominer le monde, s’emparant de biens et de territoires qui ne leur appartiennent pas et versant tant de sang pour accomplir leurs desseins, des desseins qui mènent une guerre ouverte contre les principes de notre sainte religion. »
Extrait d’un tract appelant les soldats catholiques dans l’armée américaine à faire défection.
Le bataillon Saint Patrick fut réorganisé et agrandi une nouvelle fois, atteignant désormais la taille d’une petite brigade. Elle comprenait non seulement la batterie d’artillerie d’origine, mais aussi un bataillon d’infanterie et une unité de cavalerie. Le commandement général fut confié au colonel Francisco R. Moreno. La 1re compagnie était commandée par Riley, la seconde par Santiago O’Leary.
La guerre tournait mal pour le Mexique et l’armée de Santa Anna battait en retraite. Les San Patricios reçurent l’ordre de tenir un point de passage sur une rivière à seulement 8 kilomètres de Mexico. Santa Anna ordonna de « préserver ce point de passage à tout prix ». Deux bataillons de milice mexicaine, les Los Bravos Batallón et les Los Independencia Batallón, étaient rattachés aux San Patricios. Le premier n’avait jamais été testé au combat, tandis que le second avait été durement éprouvé à la bataille de Padierna la veille. Ils disposaient également d’artillerie lourde, qui constituait le cœur de la formation. Leur cavalerie resta avec l’armée en retraite.
Les San Patricios prirent position dans la ville et hissèrent leur drapeau sur le couvent fortifié de Churubusco. Une bannière de soie verte, ornée d’une harpe dorée et de la devise irlandaise « Erin go Bragh » (L’Irlande pour toujours).
Le couvent de Churubusco
Les hommes se tinrent face à une force américaine qui approchait et qui les surpassait en nombre dans un rapport de 2 contre 1.
Les défenseurs tinrent bon et les vagues d’assaut furent repoussées sur toute la ligne. La batterie d’artillerie de San Patricios repoussa une batterie américaine et les canons mexicains continuèrent de tirer jusqu’à ce que deux fondent et qu’un autre se détache de son affût. On disait que les canons des mousquets rougeoyaient « aussi intensément que les flammes qu’ils crachaient ».
Au bout de trois heures, les munitions vinrent à manquer. Les cartouches acheminées de l’arrière n’étaient compatibles qu’avec le Brown Bess, qui ne représentait qu’une petite partie de l’armement des défenseurs. Le capitaine O’Leary fut grièvement blessé lorsqu’une caisse de munitions prit feu et explosa près de lui.
Sur leur gauche, Los Bravos cédèrent les premiers et se replièrent vers le couvent. Los Independencia tinrent plus longtemps, une compagnie lançant une charge désespérée à la baïonnette pour repousser une ultime attaque, permettant ainsi au reste du bataillon de se replier en bon ordre.
Les San Patricios se replièrent dans le monastère et le défendirent pendant encore deux ou trois heures.
De violents combats rapprochés éclatèrent dans les couloirs du monastère. Le général mexicain Anaya (lui aussi blessé lors de l’explosion des munitions) ordonna aux défenseurs de livrer leur ultime bataille à mains nues, si nécessaire.
La cruauté des vainqueurs américains
Le comportement des soldats irlandais mérite les plus grands éloges, car, durant toute la durée de l’attaque, ils ont résisté au feu avec un courage extraordinaire. Nombre d’entre eux sont tombés au combat ; quant aux survivants, plus malheureux encore que leurs compagnons, ils ont subi peu après une mort cruelle ou d’horribles tourments.
72 soldats de San Patricio furent capturés. Accusés de désertion, ils furent traduits en cour martiale. Aucun avocat ne leur fut désigné et aucun compte rendu des débats ne fut établi.
Le sort réservé à ces hommes fut particulièrement cruel. Vingt-deux hommes, reconnus coupables de désertion avant les hostilités, furent épargnés de la peine de mort. Ils furent condamnés à recevoir cinquante coups de fouet chacun, à être marqués au fer rouge de la lettre « D » sur la joue et à effectuer des travaux forcés jusqu’à la fin de la guerre. Selon les Articles de Guerre en vigueur à l’époque, ils n’auraient dû être condamnés qu’à l’une de ces peines : le marquage au fer rouge, la flagellation ou les travaux forcés. Ils subirent les trois.
Les cinquante hommes restants furent condamnés à mort. Deux d’entre eux, qui n’avaient jamais officiellement rejoint l’armée mexicaine, furent fusillés. Les quarante-huit autres furent condamnés à la pendaison, en trois groupes distincts. Il s’agit de la plus grande exécution par pendaison de l’histoire américaine (le second record étant celui de 38 Sioux pendus en 1862). Une fois encore, cette décision bafouait les Articles de Guerre, qui réservaient la pendaison aux espions et aux auteurs d’atrocités contre des civils – des crimes dont les San Patricios n’étaient pas accusés.
Les trente derniers soldats de San Patricio à être pendus furent conduits à un gibet sur une colline dominant le champ de bataille de Chapultepec. Le général Winfield Scott ordonna qu’ils soient contraints d’assister à la scène jusqu’au lever du drapeau américain sur la citadelle mexicaine, puis pendus. Cette tâche fut accomplie par le colonel William Selby Harney, homme réputé pour sa cruauté. Harney ordonna la pendaison d’un soldat blessé, bien que celui-ci ait été amputé des deux jambes la veille.
Le 13 septembre 1847 à 9 h 30, le drapeau américain flottait sur Chapultepec. Harney ordonna qu’on éloigne les chariots sur lesquels se tenaient les prisonniers. Il laissa les corps se balancer au vent, déclarant : « J’ai reçu l’ordre de les faire pendre, et aucun ordre de les décrocher. »
Dans un dernier acte de défi, les 30 San Patricios ont acclamé une dernière fois le drapeau mexicain avant la descente des couleurs. Un témoin a commenté : « Les mains liées, les pieds liés, mais leurs voix encore libres. »
Ayant déserté avant la guerre, John Riley fut marqué au fer rouge. Après la guerre, il réintégra l’armée mexicaine et fut promu major. Il prit sa retraite à 33 ans en raison d’une fièvre jaune. Il reçut des médailles pour acte d’héroïsme, ses uniformes, un cheval bien équipé et 800 dollars. On ignore ce qu’il devint ensuite.
Léo Kersauzie
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