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Colombe de la paix en Colombie ?

accords_la_havane_paix_colombie_farcDans l’inconscient collectif, Colombie signifie café, émeraudes, drogue, enlèvements, misère, footballeurs excentriques, cyclistes doués en montagne et guerre civile (à telle point que, cas unique dans l’histoire, la Coupe du Monde 1986 qui leur avait été attribuée leur fut retirée et confiée en catastrophe au Mexique). La Colombie, c’est surtout le pays de la guerre civile. Indépendante depuis 1830, le pays a été en guerre intestine pendant 126 ans contre 60 ans de « paix »… Guerre des Suprême de 1839-1842, guerres civiles de 1851, 1854, 1860, 1876, 1885, 1895, guerre des milles jours de 1899-1902, Violencia de 1948 à 1960 et guerre avec les FARC depuis 1964… Si plusieurs guerres au 19e siècle ont opposés anticléricaux aux catholiques, celles du 20e siècle opposeront marxistes et libéraux.

Les accords de La Havane, conclus le 24 août dernier, mettent fin à ce qui était la principale guérilla communiste de la planète. Le Président colombien Juan Manuel Santos Calderon et le camarade en chef des FARC, Rodrigo Londono Echeverri, alias Timoleon Jimenez, formé en URSS et qui prit colle nom de guerre Timochenko, en hommage au lamentable maréchal soviétique ont signé par le biais de Raul Castro un programme de paix qui sera soumis à un référendum le 2 octobre. Il accorde une amnistie totale pour les FARC, comme les paramilitaires de l’UAC l’avait obtenue en 2005. Le bilan du conflit est lourd : plus de 177.000 civils tués, près de 41.000 combattants, 25.000 disparus, 6,2 millions de personnes déplacées, des provinces entières transformées en champs de mines (le seul pays au monde plus miné que la Colombie est le Cambodge) et des haines enracinées au plus profond des coeurs. Des ONG prétendent que les paramilitaires seraient responsables de 60 % des morts du conflit, contre 27 % pour les communistes et 13 % pour l’armée. Chiffre à prendre avec beaucoup de circonspections car les dites ONG, à commencer par Amnesty International, sont connues pour leurs sympathies communistes et – au moins pour cette dernière – leurs liens avérés avec le KGB. Notons également que les intégristes conciliaires de l’ACAT soutiennent les FARC (comme ils soutiennent les trafiquants de drogue au Mexique mais refusent de soutenir les prisonniers politiques de droite torturés dans les prisons américaines, sud-africaines ou autres…)

Cet accord sera-t-il respecté ? Rien n’est moins sur. Comme le soulignait à juste titre notre confrère Scipion de Salm dans les colonnes de Rivarol : « Il y a tout lieu de croire que l’arsenal des FARC sera dissimulé, et non livré, avec des troupes prêtes, au moins dans un premier temps, à reprendre le combat au premier signal. En outre, le trésor de guerre, à l’existence certaine, des FARC, ne sera pas livré aux autorités, autre danger. ». Trésor de guerre qui se monte à 10,5 milliards de $ tirés du racket, de l’enlèvement et du trafic de drogue. Le procureur général de Colombie, Alejandro Ordonez Maldonado, ténor de la droite catholique qui a lutté avec succès contre la corruption,  estime à 50 % le nombre de rebelles refusant de rendre les armes, 30 % selon une filiale de l’Open Society Foundation de Soros, spécialiste en recyclage de criminels rouges. De plus, le précédent de 1984 est encore dans les mémoires. Cette année là, les FARC avaient conclu un cessez le feu et le droit de se présenter aux élections au sein de l’Union patriotique, un mouvement d’obédience communiste. De nombreux assassinats éclaircirent ses rangs, le régime colombien appliquant la même méthode que le régime d’extrême gauche mexicain vis-à-vis des Cristeros catholiques. Avec, dans les deux cas, le soutien des multinationales américaines.

Les accords ont été possibles suite à l’arrivée d’un nouveau président, Juan-Manuel Santos Calderon, ministre de la Défense de son prédécesseur, Alvaro Uribe Velez. Ce dernier vouait une haine tenace aux FARC qui avaient assassiné son père en 1983 et avait à leur égard une tolérance digne de celle d’un juif envers un nazi. Luttant pour l’éradication complète des FARC, il avait pour cela lancé de vaste opérations aériennes, y compris au Venezuela voisin, et demandé une aide aux Etats-Unis pour transformer la caricaturale armée colombienne en force armée redoutablement efficace.

Les problèmes de la Colombie n’ont pas disparu comme par enchantement. Les Etats-Unis sont les proxénètes de l’Amérique du Sud. La ligne est claire : le continent doit fournir les gringos en drogue, en matières premières, en fruits, ne jamais avoir une indépendance économique ou une velléité de rapprochement avec une autre grande puissance. Les Etats-Unis ont fait tomber des régimes aussi bien de droite (Argentine, République Dominicaine, Brésil) que de gauche (Honduras, Guatemala, Paraguay) qui l’avaient un peu trop oublié. Il est symptomatique de voir que placide Costa-Rica social-démocrate est un havre de paix… et pour cause : le pays est économiquement très secondaire.

Qui dit Colombie dit drogue. La Colombie est le premier producteur mondial de cocaïne de la planète et chaque parrain de la drogue en avait un, de parrain, sous la forme d’un service secret étranger. CIA, KGB, Mossad finançait tel ou tel baron local. Le peuple colombien en paya le prix, l’Eglise aussi (l’archevêque de Cali, Mgr Isaias Duarte, par ailleurs ennemi juré des FARC, a été assassiné en 2002 par deux jeunes tueurs à gages, la même année où les FARC faisait sauter l’église de Bellavista, tuant 118 personnes et en blessant 98). Tout le monde a ou a été en cheville avec les narcotrafiquants. Les FARC évidemment, les paramilitaires bien sur, le gouvernement cela va sans dire… Pour les FARC, la drogue passait par le Venezuela avec l’aide de la mafia israélienne qui les alimentaient en armes. Du côté des paramilitaires, on privilégiait la mafia mexicaine. Panier de crabes où la seule possibilité quand on s’y implique est de choisir son crabe en fonction de ses affinités, « our son of bitch » comme disait Dwight David Isaac Eisenhower au sujet des juntes centraméricaines.

Finalement, celui qui a le mieux compris la mentalité sud-américaine, c’est Hergé. Dans son album Tintin et les Picaros, on voit tout au début les policiers du régime de droite (mais soutenu par le bloc communiste) de Tapioca patrouiller en uniforme très « Chili de Pinochet » dans une favela misérable ornée d’un panneau VIVA TAPIOCA. A la fin, on voit les policiers du régime de gauche (mais soutenu par une multinationale bananière américaine) de Ramon Alcazar patrouiller en uniforme très « Cuba castriste » dans une favela misérable ornée d’un panneau VIVA ALCAZAR. Rien n’a changé pour le petit peuple, toujours aussi opprimé et misérable… On l’a constaté au sujet d’Uribe, qui a eu au moins un point commun avec son négatif politique le bolivien Morales : l’appétence pour la spoliation des mineurs de leurs biens. Le libéral Uribe a nationalisé sans indemnités « à la communiste » la mine d’or de Segovia qui appartenait aux travailleurs. Autre point commun, FARC et gouvernement se sont mis d’accord pour promouvoir la déviance sexuelle en Colombie. Après tout, sous forme humaine, le diable a deux mains : une de gauche et une de droite.

Hristo XIEP

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