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Communiqué : Les capucins et l’aumônerie de Civitas, par le R.P. Laurent, ofm.

Certaines personnes nous ayant fait part de leur étonnement, voire de leur inquiétude, suite au fait que nous ayons accepté d’assumer l’aumônerie de Civitas, il nous a semblé bon de donner les précisions suivantes :

La première chose à établir est le rôle respectif des clercs et des laïcs en politique.

Tout d’abord, les clercs ne peuvent se désintéresser de la politique, car leur rôle est de « tout restaurer dans le Christ ».

« Nous devons, disait saint Pie X, ramener à la règle et au droit sentier de l’honnêteté, dans la vie publique et dans la vie privée, sur le terrain social et sur le terrain politique, tous les hommes et chacun d’eux. » « Nous ne vous cachons pas, ajouta-t-il aux cardinaux, que nous choquerons quelques personnes en disant que Nous Nous occuperons nécessairement de la politique. Mais quiconque veut juger équitablement voit bien que le Souverain Pontife, investi par Dieu d’un magistère suprême, n’a pas le droit d’arracher les affaires politiques du domaine de la foi et des mœurs. »

Tout est dit en ces mots : les clercs œuvrent au règne de Notre-Seigneur en prêchant et rappelant la doctrine de l’Église sur sa royauté sociale et en assumant le côté spirituel de cette bataille. Ils peuvent même donner des directives générales. Ainsi saint Pie X pressant les catholiques de s’unir pour défendre les intérêts de l’Église dans la société. Ou encore la déclaration de l’assemblée des cardinaux et archevêques de France, le 10 mars 1925, exhortant les fidèles à combattre les lois dites de laïcité. « Nous avons le droit et le devoir de les combattre, y était-il dit, et d’en exiger, par tous les moyens honnêtes, l’abrogation. » Puis, la déclaration précisait les mesures à prendre et les moyens à employer.

Dans ce même sillage, le 23 septembre 1979, Mgr Lefebvre encourageait à une croisade des pères de familles, qui devaient militer sur le plan politique afin que la France redevienne chrétienne.   « Nous devons lutter plus que jamais pour le Règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ, écrivait-il ailleurs. Dans ce combat, nous ne sommes pas seuls : nous avons avec nous tous les papes jusqu’à Pie XII inclusivement. Ils ont tous combattu le libéralisme pour en délivrer l’Église. Dieu n’a pas permis qu’ils réussissent, mais ce n’est pas une raison pour déposer les armes ! Il faut tenir !  Il faut bâtir pendant que les autres démolissent. Il faut rebâtir les citadelles écroulées, reconstruire les bastions de la foi : d’abord le saint Sacrifice de la messe de toujours, qui fait les saints, ensuite nos chapelles qui sont nos vraies paroisses, nos monastères, nos familles nombreuses, nos entreprises fidèles à la doctrine sociale de l’Église, nos hommes politiques décidés à faire la politique de Jésus-Christ ; c’est tout un tissu de vie sociale chrétienne, de coutumes chrétiennes, de réflexes chrétiens qu’il nous faut restaurer, à l’échelle que Dieu voudra, le temps que Dieu voudra. » Et encore : « Dieu sait, si ce n’est pas un crime, bien au contraire, de faire la politique de Jésus-Christ et de susciter des hommes politiques qui utilisent tous les moyens légitimes, même légaux, pour chasser de la cité les ennemis de Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

Quant à l’organisation de l’action politique, elle est entièrement dévolue aux laïcs. Ce sont eux qui prennent les initiatives, assurent la direction et assument entièrement la responsabilité. Il revient aux clercs de déclarer ce qui est moralement licite, mais c’est ensuite aux laïcs de décider si, dans les circonstances données, telle action doit être entreprise.

Ainsi, la part qui nous a été demandée de prendre à Civitas correspond exactement au rôle du clergé ; lors des événements et sessions : célébrer la messe et prendre la parole au moment opportun.

Une deuxième précision répond à l’inquiétude de certains, qui craignent que nous perdions la paix, emportés dans un tourbillon.

D’une part, si nous restons à notre place de prêtres, il n’y a pas de raison d’être pris dans un tourbillon. D’autre part, la vraie paix est la tranquillité de l’ordre. Si celui-ci est gravement menacé, tous peuvent être amenés à réagir pour le préserver, chacun dans son domaine propre. Ainsi, en 1456, lorsque les Turcs déferlèrent sur l’Europe centrale, alors que la situation était désespérée, c’est le franciscain saint Jean de Capistran qui fut l’artisan de la victoire de Belgrade ; c’est lui qui rendit courage aux chrétiens, sur le champ de bataille. En 1601, les Turcs ayant envahi la Hongrie, le capucin saint Laurent de Brindes fut pour beaucoup dans la victoire de Szekesfehervar ; il était à la tête des armées, brandissant la croix, faisant ainsi fuir l’ennemi. Enfin, en 1683, c’est un autre capucin, le Père Marc d’Aviano, qui assura la victoire de Vienne assiégée par les Turcs. Ainsi, la vraie paix n’est pas dans une attitude pacifiste, mais elle est le résultat des efforts courageux en vue du rétablissement de l’ordre chrétien et naturel.

Une troisième précision concerne les défenses faites aux clercs de se mêler à la politique. « Il faut fuir, dit Léon XIII, l’opinion de ceux qui mêlent et confondent, pour ainsi dire, la religion avec l’un ou l’autre parti politique, au point qu’ils déclarent avoir presque abandonné le nom de catholiques ceux qui seraient d’un autre parti. Cela, c’est faire entrer à tort les factions politiques dans le champ auguste de la religion […]. La religion étant le bien suprême, elle doit demeurer intacte au milieu de la variation des choses humaines et jusque dans les changements des États, car elle embrasse tous les intervalles de lieux et de temps.» De même saint Pie X reprochera au Sillon de vouloir inféoder l’Église dans la démocratie ; il incitera tous les catholiques à s’unir pour défendre l’Église, quel que soit le parti auquel ils appartiennent.

Ainsi, notre engagement à assurer l’aumônerie de Civitas ne signifie nullement que nous nous inféodons à ce parti. Nous sommes prêts à soutenir de la même manière d’autres partis qui auraient comme programme d’œuvrer au règne social de Notre-Seigneur, même s’ils avaient des divergences de vue sur des questions purement politiques.

Une quatrième précision par rapport au titre « d’aumônerie » ; était-il vraiment nécessaire d’avoir une aumônerie ? N’était-il pas suffisant de recourir au cas par cas, à tel ou tel prêtre ami ?

Du côté de Civitas, il importait de pouvoir compter habituellement sur quelques prêtres, et qu’il y ait donc un certain engagement de leur part ; d’ailleurs, depuis sa fondation (1999), Civitas bénéficie d’un aumônier.

D’autre part, de notre côté, accepter ce rôle est une façon d’exprimer publiquement notre soutien à cette œuvre qui s’emploie avec courage et persévérance au triomphe de Notre-Seigneur dans la cité, avec tous les sacrifices que cela demande.

Enfin, une dernière précision répondant à cette question : si Civitas commet des erreurs – ce qui arrive à tout le monde – n’est-ce pas compromettre la communauté, voire le clergé ? Notre charge à l’aumônerie cautionne les principes qui guident Civitas, ainsi que son programme, et aussi les actions que nous soutenons explicitement, mais nullement toutes et chacune de ses interventions. En effet, comme nous l’avons dit, ce sont les laïcs qui gardent l’initiative et la direction de leurs œuvres, et par conséquent en assument la responsabilité. En revanche, si nous devions subir des dommages temporels pour avoir soutenu de bonnes actions de Civitas, à l’instar des apôtres battus de verges sur l’ordre de sanhédrin, nous nous réjouirions d’avoir été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus (Act.5,  40-41).

Source : Lettre Tertiaire Franciscaine Pax et Bonum, n°285, janvier-février-mars 2020

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