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De fil en aiguille

Cher lecteur, le petit bavardage ici proposé est né d’une discussion avec un ami sur les mérites respectifs d’ensembles musicaux professionnels ou amateurs. Nous partagions l’avis qu’un bon ensemble amateur pallie souvent avantageusement à quelques excusables imperfections techniques par un enthousiasme et une passion que de grands ensembles professionnels ne peuvent pas toujours maintenir jour après jour dans une activité qui est aussi un gagne-pain.

Mon ami me signala l’intéressante expérience de l’orchestre Symphonique Simon Bolivar, orchestre et chœur de jeunes du Venezuela qui offre à ceux-ci la possibilité de découvrir la musique et le monde. Lors d’un voyage au Mexique dans les années 70, l’engouement des latino-américains pour la musique classique m’avait déjà frappé : de nombreuses petites villes avaient des orchestres symphoniques parfois un peu maigres mais enthousiastes qui attiraient une foule énorme relativement à la population locale. La musique de qualité occupe là certainement dans le public populaire une place plus importante qu’en Europe. Outre ces nombreuses salles de concert toute agglomération possède une place centrale, le ‘Zocalo’  avec son kiosque à musique. D’où provient cet intérêt ? Est-ce un héritage espagnol ou du passé païen des indiens dont les traces dans la religion chrétienne apportée par les espagnols ou dans la musique de compositeurs comme Revueltas ou Galindo sont très présentes ? L’écoute du chœur des jeunes du Venezuela me fit penser par ses sonorités à l’Espagne et à une autre tradition où la musique et le chant occupent aussi une place importante dans un tout autre registre.

La légion espagnole est une unité d’infanterie d’élite espagnole. Ce régiment possède des traditions religieuses et musicales toujours vivaces et appréciées par un public nombreux. La procession du ‘Christ de la bonne mort’ lors de la semaine sainte est particulièrement impressionnante et extraordinaire au sens étymologique du terme. C’est très étonnant : les soldats courent à petit pas dansants, défilent des heures durant sans fatigue, chantent et portent la croix selon un drill et un rituel vraiment surprenant. Les amateurs de choses sortant de l’ordinaire pourront voir de nombreuses vidéos sur Internet.

On sort ici du domaine de la musique pure pour pénétrer dans celui des Dieux et de la guerre. De la préhistoire à l’histoire récente, les hommes ont toujours invoqué les Dieux devant le danger. On sacrifiait ou priait avant le combat ou la chasse. Le vaste sujet des guerriers et des Dieux est un sujet qui déplait à nos médias et au monde moderne laïc et bisounours qui tient de nos jours le devant de la scène et anesthésie les peuples et les nations. C’est ainsi qu’une chape de silence entoure les films qui parlent de guerre et n’évacuent pas Dieu.

Il convient ici de citer le film ‘L’Amiral’ d’Andreï Kravtchouk qui a subi ce sort. Le sujet ne plaisait pas. Comme le dit Wikipédia :  « Il raconte l’histoire d’Alexandre Vassilievitch Koltchak, amiral devenu l’un des chefs des Armées blanches pendant la guerre civile en Russie. (…) Le film a pour toile de fond l’effondrement de l’Empire russe, deux révolutions (Février et Octobre), ainsi que la guerre civile russe ». La distribution en Europe occidentale fut confidentielle et le DVD n’apparut qu’après un long temps d’attente et après la mise en circulation sur le net de copies pirates suscitées par l’engouement et le bouche à oreille. Il a subi ainsi le même sort que certains livres devenus mythiques comme le ‘Cheval Rouge’ d’Eugenio Corti dont aucun éditeur ne voulait et qui d’éditions confidentielles en éditions marginales finit par être publié en un très grand nombre d’exemplaires. Aujourd’hui le livre se trouve partout, la demande du public ayant vaincu les réticences du prêt à penser officiel. Le DVD ‘L’Amiral’ est un peu plus difficile à trouver, il apparaît encore sur Amazon ou en seconde main sur e-bay par exemple.

Cet excellent film, produit avec l’aide du ministère de la culture russe illustre bien la renaissance du cinéma de ce pays et reflète le renouveau religieux, moral et politique entamé par M. Poutine. A elle seule la scène du combat naval entre un vaisseau de ligne allemand et un faible mouilleur de mines condamné à fuir à travers son propre champ de mines justifie l’achat du DVD. Le réalisme des scènes de guerre est époustouflant. Le film ne se limite pas à nous présenter comme souvent des morts et des blessés bien proprets ni ne tombe dans l’excès inverse des jets d’hémoglobine irréalistes qui tachent les plafonds sans cacher l’horreur des combats. L’artilleur qui écrit cet article a aussi apprécié la scène de soutien d’artillerie de marine à l’infanterie dans les tranchées. Le film est d’une grande richesse : vie dans les mess officiers, scènes épiques (une victoire historique à la baïonnette des blancs sur les mitrailleurs rouges), scènes de prière des soldats au combat, histoire d’amour entre l’amiral et l’épouse d’un de ses officiers traitée avec des aspects moraux inhabituels dans le cinéma occidental, description des massacres d’officiers par les rouges, de l’opportunisme de certains, du rôle douteux et faible d’officiers occidentaux engagés dans la guerre civile russe. Le film méritait le déplacement et aujourd’hui ceux qui ne l’achètent pas en DVD méritent d’être blâmés.

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