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Double nationalité et double identité : la très dangereuse utopie macronienne.

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« Une nation n’est pas une abstraction administrative ».

L’arithmétique impossible de la double identité.

Les récentes déclarations d’Emmanuel Macron à Nairobi ont ravivé une vieille contradiction française : vouloir faire tenir ensemble l’universalisme républicain et la célébration permanente des appartenances multiples.

En affirmant que l’on peut être « totalement français et totalement algérien, marocain, nigérian, béninois, kényan », Macron, pour qui il n’y a pas de culture française, a voulu flatter les diasporas et présenter la double identité comme « un trésor ».

Mais cette formule séduisante s’effondre dès qu’on la confronte à la logique la plus élémentaire.

Être Français, ce n’est pas seulement posséder un passeport.

C’est appartenir à une histoire, à une mémoire collective, à une langue politique, à des références communes, à une hiérarchie implicite de fidélités. Une nation n’est pas un buffet identitaire où l’on additionne les appartenances comme des options administratives.

Si l’on est « 100 % » de deux ensembles différents, alors le mot « 100 % » ne signifie plus rien.

En présentant la binationalité comme « un trésor », le président a voulu célébrer une France ouverte, fluide, post-identitaire.

Mais cette vision se heurte à une réalité historique beaucoup plus rugueuse.

Car la France n’est pas née dans le vide. Elle ne s’est pas construite comme une simple administration neutre distribuant des papiers d’identité.

Pendant plus de quinze siècles, la civilisation française s’est structurée autour d’un socle catholique profond : le baptême de Clovis, la monarchie de droit divin, les cathédrales, le calendrier chrétien, les saints patrons, la morale issue du christianisme, la conception chrétienne de la personne, du mariage, de la famille, de l’autorité et même de la dignité humaine.

Même la « République laïque » reste en grande partie une fille du catholicisme.

La laïcité française elle-même n’est compréhensible qu’à l’intérieur d’une histoire chrétienne : séparation du spirituel et du temporel, universalité de l’homme, distinction entre César et Dieu.

On oublie souvent que la France dite « républicaine » continue de vivre sur un capital moral, culturel et symbolique largement hérité du catholicisme. 

Dès lors, soutenir qu’on peut être « 100 % français » tout en étant « 100 % » d’une civilisation profondément différente pose un problème logique et historique.

Une identité nationale n’est pas une addition mécanique de loyautés juxtaposées.

Être Français, ce n’est pas seulement respecter des lois ; c’est aussi appartenir à une continuité historique, à une mémoire collective et à une matrice civilisationnelle particulière. Or toutes les cultures ne reposent pas sur les mêmes présupposés.

Certaines sociétés ont été façonnées par le christianisme, d’autres par l’islam, d’autres par des structures tribales, impériales ou communautaires très différentes.

Le rapport à la religion, à la femme, à l’autorité politique, à la liberté d’expression, à la place du sacré ou à l’individu n’y est pas identique. Faire comme si toutes ces visions du monde étaient immédiatement compatibles à 100 % relève davantage de l’idéologie que de l’observation.

Quand les loyautés entrent en conflit.

C’est d’ailleurs ce que révèlent les tensions récurrentes entre la France et plusieurs pays africains.

Les propos d’Emmanuel Macron sur l’Afrique ont récemment suscité des réactions très hostiles, plusieurs dirigeants et commentateurs africains dénonçant une attitude jugée paternaliste ou arrogante.

Ces réactions montrent bien que les nations demeurent des réalités vivantes, jalouses de leur souveraineté symbolique et de leur propre récit historique.

Et c’est précisément ce qui contredit le discours de la « double totalité ».

Si les peuples ont encore des sensibilités différentes, des mémoires parfois antagonistes, des intérêts divergents, alors les appartenances ne sont pas interchangeables. À un moment donné, une fidélité devient prioritaire.

Le catholicisme historique français avait d’ailleurs parfaitement conscience de cette nécessité d’unité spirituelle et culturelle.

Pendant des siècles, on considérait qu’un royaume ne pouvait durablement survivre sans une certaine cohérence morale et religieuse.

La célèbre formule « une foi, une loi, un roi » traduisait cette intuition : un peuple ne tient pas uniquement par des procédures administratives, mais par une vision commune du bien, du sacré et du destin collectif.

Des contradictions porteuses d’inévitables affrontements.

Le discours contemporain des élites françaises cherche au contraire à dissoudre toute hiérarchie des appartenances.

La France y devient un simple espace juridique multiculturel, où l’identité nationale ne serait plus qu’un cadre vide permettant la coexistence de communautés diverses.

Mais plus une nation renonce à affirmer sa substance historique, plus elle fragilise ce qui permettait précisément l’assimilation.

On peut aimer plusieurs pays. On peut avoir des racines multiples. On peut éprouver une affection sincère pour deux cultures. Mais on ne peut pas être intégralement façonné par deux matrices civilisationnelles différentes lorsque celles-ci portent parfois des visions du monde incompatibles.

Dire cela n’est pas nier la complexité des individus ; c’est simplement rappeler qu’une nation n’est pas une abstraction administrative.

La France est une histoire particulière, profondément marquée par le catholicisme, et toute tentative de réduire cette identité à un simple passeport finit par rendre incompréhensible ce qu’être Français veut précisément dire.

Nier cette évidence ne peut que nous conduire à un fatal affrontement duquel nous ne sommes pas sûr de sortir vainqueur.

Paul DEROGIS

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