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Economie américaine – La crise de 2007 ne commence-t-elle pas plutôt en 1999 ?

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Nous avons déjà eu l’occasion de souligner que l’économie américaine s’enfonce continument dans la régression du niveau de vie et le chômage de masse. Nous avons même soutenu que le chiffre du PIB des USA était bidonné et ne pouvait pas être aussi haut qu’il est annoncé, avec un taux de chômage aussi important et une telle baisse du niveau de vie.

Dans cet article, nous examinons de plus près la fantasmagorie médiatique d’une « crise » limitée aux années 2007 et 2008. A la lumière de nombreux indicateurs cohérents, il nous semble qu’en réalité, derrière le paravent des beaux discours sur la soi-disant reprise et la baisse du chômage, les USA sont bel et bien rentrés dans une phase de récession économique sévère depuis 1999.

L’économie états-unienne en panne d’emplois depuis 1999

En février 2015, nous avions brossé un portrait de l’emploi aux USA. La situation n’est pas meilleure aujourd’hui et poursuit son évolution sur la même tendance baissière. Les chiffres en date de juillet 2015 montrent que le taux d’emploi est tombé au niveau de 1977 (il y a 38 ans!) et qu’environ 94 millions d’Américains sont inactifs (not in labor force). Cela ne signifie pas forcément qu’ils sont « chômeurs », ils peuvent aussi être handicapés ou étudiants, entre autres, mais en tout cas, cela signifie que le nombre de personnes en situation d’emploi à temps plein ou partiel a tendance à baisser, en pourcentage de la population. 

Il faut néanmoins noter que le nombre d’emplois à temps plein a presque réussi à remonter à son maximum de novembre 2007, après une chute sévère qui a duré 2 ans. Le déficit par rapport au pic (de novembre 2007) est inférieur au million d’emplois, en juillet 2015. C’est évidemment un élément positif dans le tableau général, qu’il convient de souligner, même si cela ne suffit pas à combler la pénurie en emplois.

Le principal problème est qu’entre 2007 et 2015, la population en âge de travailler a augmenté de presque 18 millions de personnes. Pour retrouver le niveau d’emploi des années 1990, il faudrait donc que l’économie états-unienne soit capable de créer beaucoup plus d’emplois, que ce qu’elle semble être en état de faire.

Par exemple, si on s’intéresse à la tranche d’âge des 25-54 ans, le taux d’emploi est tombé de 84,2% en 1999 à 80,9% en 2015, ce qui représente un déficit d’environ 4,1 millions d’emplois.

Un indicateur subjectif de la difficulté à trouver un emploi permet de confirmer cette pénurie d’emplois. Depuis 2001, les réponses ‘emplois difficiles à trouver (hard to get)’ (en rouge) dépassent les réponses ‘emplois nombreux (plentiful)’ (en vert), sauf entre 2006 et 2008.

D’autre part, il faut aussi observer que le taux de chômage officiel ne donne pas une image fiable du marché de l’emploi réel. Ainsi, à juger d’après le taux de chômage (en rouge) à 5,3%, on pourrait croire que tout va bien, alors qu’en réalité le taux d’emploi (en bleu) a régressé au niveau de 1977. Et tout laisse à penser qu’il va continuer de baisser. La question ouverte est : baisser jusqu’à quel pourcentage ? Y-a-t-il un seuil de résistance à la baisse ?

Les annonces faites autour du taux de chômage sont donc essentiellement de la com, et rien que de la com, vide de toute réalité économique. Cette information n’est pas pertinente pour décrire ce qui se passe réellement.

L’économie états-unienne en panne de retraites depuis 1999

L’anomalie fondamentale est que les USA semblent être simultanément incapables : (1) de faire partir en retraite un nombre croissant de seniors de plus de 55 ans, et (2) de faire pleinement rentrer dans le marché de l’emploi les tranches d’âge plus jeunes.

Depuis le milieu des années 1990, le nombre des plus de 55 ans encore en activité a plus que doublé, passant de quelque 14 millions à 34 millions. Depuis maintenant 15 ans, ce chiffre suit une pente linéaire et augmente pratiquement de 1 million par an.

Le pourcentage d’Américains à la retraite est sensiblement stable. Il est passé d’un peu moins de 16% à un peu plus de 16%. En revanche, dans la tranche d’âge 55-64 ans, le pourcentage de retraités a chuté de 20% à 16% entre 2006 et 2014.

Si on prend les chiffres absolus et non plus les pourcentages, on voit qu’entre 2007 et 2014, le nombre des 55-69 ans encore au travail (en gris) a augmenté de 7 millions, soit 1 million par an, en cohérence avec le graphique ci-dessus. Dans le même temps, le nombre des 16-54 ans au travail (en rouge) a baissé (!) de 5 millions, après un creux à presque -10 millions.

On peut se demander si le principal problème des USA n’est pas d’abord lié au financement des retraites et la possibilité de « désengorger » le marché de l’emploi, en faisant partir les « vieux » pour que les « jeunes » trouvent un emploi. Cette approche est peut-être un peu simpliste mais les chiffres le laissent à penser.

Le graphique suivant concerne les 65-ans-et-plus. Il montre qu’entre les années 1950 et 1980, les 65-ans-et-plus ont représenté une part de plus en plus faible de la population au travail.  Le pourcentage  a baissé pour passer de 5,2% à un minimum absolu de 2,6% en 1985. Or, depuis 1999, on observe une inflexion historique avec une hausse continue des 65-ans-et-plus encore actifs. Le pourcentage en juillet 2015 (5,6%) est même supérieur au maxi des années 1950 (5,2%). Concrètement, cela signifie qu’une personne active sur 18 aux USA a plus de 65 ans. Le rythme actuel d’augmentation est de 1% tous les 5 ans. A ce rythme, on passera de une sur 18 à une sur 15 en 2020.

Bienvenue dans le Meilleur des Mondes où les « vieux » sont de plus en plus nombreux à travailler. Si on s’intéresse aux différentes tranches d’âge, à partir de 60 ans, et jusqu’à la tranche 75-ans-et-plus, il y a de plus en plus d’hommes qui continuent de travailler. L’évolution est sans appel, il n’y a que la tranche des 50-59-ans qui soit en légère baisse. Presque un américain sur 4 âgé de 70 à 74 ans travaille, et plus d’un américain sur 9 âgé de 75-ans-et-plus travaille encore en juillet 2015.

Mais, il y a encore mieux et c’est une grande nouvelle de nature à réjouir les féministes : l’évolution est encore plus forte pour les femmes de 65-ans-et-plus que pour les hommes de 65-ans-et-plus. Presque une américaine sur 6 âgée de 70 à 74 ans travaille encore. L’échelle est la même pour les deux graphiques, on peut donc aisément comparer.

La stagnation des revenus depuis 1999

Le graphique suivant concerne le revenu médian par an et par foyer pour chaque tranche d’âge, de 1967 à 2013. Le chiffre correspond donc au revenu qui divise chaque tranche d’âge en deux moitiés égales, ceux qui sont au dessus et ceux qui sont en dessous. Il ne s’agit pas d’une moyenne, qui est normalement plus haute que le revenu médian, compte tenu des inégalités de revenus. Les chiffres sont corrigés de l’inflation et exprimés en dollars US de 2013.

On voit clairement sur le graphique que les revenus médians baissent pour toutes les catégories sauf pour les 65-ans-et-plus, à partir des années 1999-2000.

Si on prend une période plus courte de juin 2009 à juin 2014, la situation est la même. Le revenu médian est en baisse pour toutes les tranches d’âges, sauf pour les 65-ans-et-plus.

Une crise structurelle permanente depuis 1999

L’idée qu’il y aurait spécialement une « crise » en 2007 est une fiction. Il y a un point de rupture structurelle, systémique, à partir de 1999. Le taux d’emploi global ou par tranche d’âge, le revenu médian, le nombre de 65-ans-et-plus encore au travail, tout coïncide avec un changement radical dans le fonctionnement de l’économie états-unienne depuis 1999. L’idée que la reprise sera là demain après cette « crise », comme au bon vieux temps, est une dangereuse illusion, qui n’a aucun fondement statistique.

L’aggravation des inégalités raciales

Enfin, il faut noter que la baisse des revenus médians aux USA ne frappe pas les « races » de façon homogène. Elle est beaucoup plus sévère pour les Noirs (-7,7%) que pour les Hispaniques (-5,6%), qui sont pourtant les deux catégories les plus pauvres, et elle frappe les Blancs (-2,6%) moins que la moyenne (-2,8%). Il est donc peu probable que les tensions raciales puissent faire autre chose que s’envenimer à l’avenir aux USA.

 

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