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Entretien de Mgr Carlo Maria Viganò, archevêque, recueilli par Stephen KOKX

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Première partie de l’entretien : le Consistoire extraordinaire,
les dossiers Epstein, l’ordre mondial talmudique 

Seconde partie de l’entretien : les consécrations de
la FSSPX et la contre-révolution catholique

Stephen Kokx  (1)Votre Excellence, nous avons lu votre analyse « à chaud » des résultats du Consistoire extraordinaire (ici), et je pense qu’on peut dire que – une fois de plus – vous avez visé juste : « Ce Consistoire établit la continuité entre Bergoglio et Prévost sur tous les points controversés de l’agenda synodale et sur l’irrévocabilité du Concile. » Quel pourrait être le scénario qui s’ouvre à nous, en tant que Catholiques, après les récentes déclarations de Léon sur le « développement dynamique » de la Doctrine et de la Morale ?

Archevêque Carlo Maria Viganò — Lorsque nous entendons parler de « développement dynamique », nous ne pouvons-nous empêcher de penser à la condamnation de la doctrine hétérodoxe de la soi-disant « évolution du dogme », selon laquelle l’Église aurait, avec le temps et grâce au progrès scientifique des disciplines théologiques, une compréhension meilleure et différente de la Révélation. C’est une véritable fraude pseudoscientifique, fondée sur l’évolutionnisme et l’historicisme philosophique, propagée par les modernistes depuis l’époque d’Alfred Loisy, par laquelle l’on fait croire au peuple chrétien que leurs falsifications de la Foi et de la Morale doivent être considérées comme une autre façon d’exprimer le même concept, que le Magistère n’a pas pu expliquer correctement depuis deux mille ans. L’Église Catholique enseignait alors des doctrines qui, au fil des siècles, avaient été acceptées passivement par un peuple soumis et ignorant, et ce n’est qu’avec Vatican II et sa réforme liturgique qu’elles seraient mises de côté. Évidemment, les doctrines que le Concile a obscurcies ou reformulées sont celles qui condamnent ses propres déviations, dont la plus récente est la « synodalité ». Les Modernistes considèrent les dogmes comme des expressions provisoires de l’expérience religieuse qui évoluent et s’adaptent aux circonstances. La « morale situationnelle » d’Amoris Laetitia et de Fiducia Supplicans est une application pratique de cette approche hérétique évolutive aux effets dévastateurs, tout comme la liturgie conciliaire évolue constamment. Il est évident que tout cela répond à une approche théologique anthropocentrique et à une philosophie immanentiste.

Celui qui siège aujourd’hui sur le Trône de Pierre affirme que les sectes non catholiques constitueraient cette « église » fantomatique que Lumen Gentium voit subsister aussi mais pas seulement dans l’Église Catholique, faisant écho à Bergoglio qui déclarait toutes les religions comme des chemins de salut voulus par Dieu.

Mais si toutes les religions sont voulues par Dieu, si la vérité est « polyédrique » et déclinée de différentes façons dans toutes les confessions chrétiennes, et même dans les religions païennes et les superstitions idolâtres, pourquoi – je me demande – la seule religion à être considérée comme inacceptable et censurable dans ce Panthéon œcuménique et inclusif est celle Catholique traditionnelle ? La réponse est à la fois simple et terrible : parce que la Foi Catholique est la seule vraie, la seule contre laquelle Satan déchaîne toutes les autres qu’il inspire et favorise. La seule que Satan craint, parce qu’elle révèle et combat ses machinations infernales[1]. Astiterunt reges terræ, et principes convenerunt in unum, adversus Dominum, et adversus Christum ejus (Ps 2, 2). Les rois de la terre se sont levés et les princes se sont unis contre le Seigneur et contre son Christ. L’unité œcuménique et maçonnique de Vatican II repose sur ce pactum sceleris entre fausses religions, unies contre la seule vraie Religion. En inversant les paroles de Saint Paul, Veritatem facientes in caritate (Eph 4, 15), dans l’esprit des partisans de la synodalité, l’unité ne peut et ne doit pas être fondée sur la Vérité : car c’est précisément la Vérité qui rend cette unité impossible, et encore plus la Charité envers Dieu et le prochain.

Le scénario qui émerge – et il est déjà sous nos yeux – est profondément inquiétant, mais d’un point de vue eschatologique il trouve sa propre raison dans l’apostasie annoncée par le Prophète Daniel et par l’Apocalypse, vraisemblablement réitérée dans la troisième partie du message de la Vierge Marie à Fatima et dans Ses paroles à La Salette : « Rome perdra la Foi et deviendra le siège de l’Antéchrist. » L’apostasie de la Hiérarchie de l’Église Catholique fait partie de cette crise de l’autorité terrestre comme conséquence nécessaire du rejet de la Royauté de Notre Seigneur Jésus-Christ. Cette autorité exige l’obéissance au nom du Chef du Corps Mystique, tout en s’en dissociant par l’hérésie et la corruption. La Hiérarchie ne pourra pas guérir le vulnus dont elle est responsable tant qu’elle ne se convertira pas. Jusqu’à ce moment, elle ne peut être qu’une autorité tyrannique et autoréférentielle, dépourvue de toute légitimité, car elle abuse de son pouvoir pour le but opposé à celui pour lequel Notre Seigneur l’a instituée.

SK — Dans beaucoup de vos interventions, depuis 2020, vous avez mis en avant le parallélisme entre le modus operandi de « l’église profonde » et celui de « l’état profond » Les dernières révélations concernant les documents du dossier d’Epstein – désormais déclassifiés et largement rendus publics – montrent que la corruption et le chantage ont été les principaux outils pour obtenir l’obéissance et la collaboration de la part de personnes occupant des postes au sommet des institutions. Mais ce qui est le plus troublant, c’est le niveau des horreurs perpétrées contre des enfants et des victimes innocentes. Qu’est-ce qui motive ces gens ?

CMV — Nous ne pouvons pas manquer de voir dans les tortures des enfants la même haine antichristique qui conduisit au martyre de Guillaume de Norwich (1144), Hugues de Lincoln (1255), Guillaume d’Oberwesel (1287), Rodolphe de Berne (1294), André Oxner (1462), Simon de Trente (1475), Sebastien Novello (1480), Lorenzino Sossio (1485), Dominique del Val, Cristophe della Guardia[2] : tous des enfants goyim âgés de 3 à 15 ans, torturés et tués par la même Synagogue de Satan qui règne aujourd’hui. Tous torturés pour la même raison : tuer une fois de plus, dans la chair de l’innocent, l’Agneau immaculé qui a donné sa vie pour notre Rédemption. La différence entre ces meurtres rituels et ceux qui émergent des documents déclassifiés est qu’à l’époque, ils pouvaient sembler sporadiques, car ils étaient commis par une secte restreinte et à juste titre marginalisée par une société fièrement catholique ; tandis qu’aujourd’hui – dans le silence complice de la presse grand public et dans la scandaleuse inertie des magistrats – ils sont commis à grande échelle par la même secte qui a réussi à s’approprier le pouvoir après la déchristianisation de la société et l’établissement de la Révolution. Une Révolution que le Concile a réalisée à sa façon, convertissant progressivement les membres de la Hiérarchie aux principes maçonniques et choisissant souvent leurs candidats parmi les émissaires des Loges.

C’est la matrice de la secte infernale que les documents d’Epstein confirment dans ses détails les plus macabres. D’un autre côté, si les partisans de Vatican II sont même allés jusqu’à nier la responsabilité des Juifs dans la Crucifixion de Notre Seigneur, il n’est pas surprenant de les voir si zélés à effacer la mémoire de ces Saints enfants Martyrs, allant même jusqu’à remettre en doute la réalité historique de leurs meurtres lors de sacrifices rituels.

La Hiérarchie post-conciliaire est devenue complice d’un plan satanique, sans en comprendre les implications terrifiantes. Mais malgré les preuves de ce coup d’État mondial, elle continue tétragone à soutenir et ratifier l’agenda mondialiste, la farce vaccinale, la fraude du green deal, la folle théorie du genre, l’idéologie LGBTQ+ et le remplacement ethnique des Nations catholiques, même si tout cela fait partie du même projet criminel et subversif que nous savons désormais avoir été soigneusement planifié.

Mais pour que ce coup d’État ait lieu, il fallait reproduire dans la sphère ecclésiastique ce que les « enfants » des familles de la haute finance usuraire ont fait en infiltrant les gouvernements avec les Young Global Leaders du Forum Économique Mondial, avec la coopération documentée d’Epstein lui-même et des célèbres « philanthropes » ashkénazes. Pour cette raison, les cinquièmes colonnes au sommet de la Hiérarchie conciliaire ont créé une « lignée dynastique » – pour ainsi dire – qui assurait une « descendance » et donc une continuité idéologique et organisationnelle dans les organismes centraux et périphériques de l’Église. Theodore McCarrick a placé ses protégés Cupich, Tobin, Gregory, Farrell, McElroy – pour n’en citer que quelques-uns – à des postes de premier plan dans les Conférences épiscopales et la Curie Romaine. Aujourd’hui, ils agissent de la même manière avec leurs favoris pour perpétuer le pouvoir de ce lobby.

SK — Que faire, en tant que Catholiques et membres de notre communauté, face à cette situation de renversement total de tous les principes moraux et éthiques les plus élémentaires ?

CMV — Humainement parlant, le conflit qui plane semble nettement inégal. D’un côté, il y a le pusillus grex, composé de ceux qui gardent la Tradition Sacrée. Cette partie a été pratiquement laissée sans Pasteurs, abandonnée et ostracisée par les mercenaires et faux pasteurs de l’église synodale, ainsi que désorganisée et fragmentée. D’un autre côté, il y a le monde entier, avec ses moyens organisationnels, financiers et institutionnels très puissants, dont l’« église » qui se proclame inclusive avec tous sauf les Catholiques est un allié des plus zélés. Un monde qui commence à exclure les Chrétiens de la société civile, à criminaliser l’appartenance à l’Église Catholique, à considérer les traditionalistes comme des non-personnes. La contribution de l’église synodale à cette opération de persécution réside à la fois dans la coopération avec l’Agenda globaliste, et dans l’excommunication de ceux qui comme moi ont dénoncé – et dénoncent encore – la corruption des Prélats et de ceux qui leur ont accordé protection et impunité.

Je voudrais attirer l’attention ici sur un élément important du processus de manipulation mentale qui s’exerce sur les masses. Il y a quelques jours, lors de la réunion annuelle du Forum Économique Mondial à Davos[3], nous avons entendu le Président de la Conférence des Rabbins Européens, Pinchas Goldschmidt, qualifier les citoyens des nations de notre Continent de « vieux Européens », définis comme antisémites et islamophobes simplement parce qu’ils ne sont pas prêts à se résigner à un remplacement ethnique désormais irréversible. Ce faisant, l’élite mondialiste crée les bases idéologiques – comme cela s’est déjà produit lors de la psychopandémie avec la marginalisation des « no-vax » – pour délégitimer toute voix qui s’oppose à la dictature de la pensée unique. Cette délégitimation implique aussi une privation implicite de droits, le feu vert pour l’ostracisme, la persécution, la criminalisation. L’élite refuse la citoyenneté à ceux qui y ont droit et l’accorde aux étrangers, auxquels elle reconnaît frauduleusement même le droit de vote. Les « vieux Européens » appartiennent à la « vieille Europe », une entité distincte de la « nouvelle Europe » inclusive, multiculturelle, multiethnique, multireligieuse et globaliste du Nouvel Ordre Mondial. D’un côté, nous avons l’Europe chrétienne des nations souveraines, de l’autre l’Europe maçonnique, talmudique et synarchique.

Quelque chose de similaire – similaire de manière inquiétante – s’est également produit dans le corps ecclésial, non moins infiltré par les cinquièmes colonnes que dans la sphère civile. Dans ce cas, nous n’avons plus de « vieux Européens », mais de « vieux Catholiques » : c’est-à-dire ces fidèles qui insistent encore pour se considérer membres de l’Église du Christ, et qui ne se résignent pas à voir admis ceux qui rejettent consciemment sa Foi, sa Morale et sa Liturgie. La propagande immigrationniste obsessionnelle de Bergoglio et de Prevost, de Cardinaux et Évêques en soutien au remplacement ethnique mené par les gouvernements globalistes ne se limite pas à la sphère civile : elle trouve son pendant ecclésial dans la propagande œcuménique. Leur politique d’ouverture des frontières (open borders) a commencé avec Vatican II, qui a ouvert grand les portes de la Citadelle et abaissé ses pont-levis juste au moment où l’assaut le plus violent de l’ennemi était en train d’être préparé. La substitution religieuse que la Hiérarchie conciliaire-synodale exerce n’est pas moins consciente que la substitution ethnique. Elle se manifeste dans le même modus operandi : forcer les vrais Catholiques à l’exil et accorder la citoyenneté aux hérétiques et aux pervers. Ceux qui ne ratifient pas le Novus Ordo – dans toutes ses acceptations – se révèlent être des « vieux Catholiques », appartenant à la « vieille Église » avec leur « vieille Messe » ; et par cela ils s’excluent, ils s’excommunient de la « nouvelle église ». D’un côté, nous avons l’Église Catholique, de l’autre l’« église » conciliaire, œcuménique, synodale qui a réussi à prendre le pouvoir et n’a aucune intention de le quitter.

SK — Pour quel motif, selon vous, l’Église aujourd’hui est si attentive au dialogue œcuménique avec les non-catholiques et en même temps si intolérante et sévère envers les réalités traditionnelles ? Pourquoi se montre-t-elle si rigide envers vous, mais si inclusive envers les hérétiques, les schismatiques et même l’islam et le judaïsme ?

CMV — La Hiérarchie de l’Église Catholique – et en premier ceux qui ont pris le contrôle du Vatican en usurpant le Siège de Pierre – n’a plus la voix d’autorité de la Vérité, mais la voix timide du dialogue et du compromis avec le monde. Et cela se produit depuis le Concile Vatican II, qui marque un point de rupture et de discontinuité au sein de l’Église Apostolique Catholique Romaine de tous les temps.

La raison pour laquelle l’église conciliaire reconnaît les autres églises soi-disant chrétiennes et les sectes est qu’elle ne se considère plus comme l’unique dépositaire de la Vérité révélée. Pour cette raison, elle se place à leur niveau avec d’innombrables réunions œcuméniques (ad intra) et interreligieuses (ad extra). La Papauté en sort défigurée et l’Évêque de Rome réduit à un primus inter pares, selon la relecture « dans une clé synodale et œcuménique » indiquée par le document d’étude Lévêque de Rome. La primauté et la synodalité dans les dialogues œcuméniques et dans les réponses à lencyclique Ut unum sint[4]. Ce sont les effets pratiques du subsistit in de Lumen Gentium.

Les schismatiques orthodoxes, les hérétiques protestants, les idolâtres païens et l’église conciliaire-synodale sont tous unis par leur hétérogénéité par rapport à l’Église Catholique ; et c’est précisément de l’Église Apostolique Catholique Romaine qu’ils prennent tous avec mépris leur distance.

N’oublions pas que même parmi les Orthodoxes, il existe des communautés qui ont introduit le diaconat pour les femmes, faisant leurs les revendications d’égalité des sexes auxquelles l’église conciliaire s’adapte depuis un certain temps avec des innovations toujours plus audacieuses. Protestants et Anglicans partagent avec l’église conciliaire-synodale – qui rejette, réinterprète ou efface les Vérités catholiques – des erreurs et des hérésies ecclésiologiques et doctrinales, et ensemble ils poursuivent œcuméniquement une fausse unité au prix de l’apostasie de la Foi.

La farce de la sentence administrative du Dicastère pour la Doctrine de la Foi m’a infligé l’excommunication, me déclarant en état de schisme avec l’église bergoglienne pour avoir osé remettre en question ses deux idoles intouchables : Vatican II et la légitimité de Jorge Mario Bergoglio en tant que pape. Cela ne fait bien sûr pas de moi un schismatique envers l’Église Catholique, mais envers l’église conciliaire-synodale, démontrant ainsi qu’elle est elle-même en schisme de facto avec l’Église Apostolique Catholique Romaine, ni plus ni moins que les Orthodoxes ou les Protestants.

SK — En ces derniers jours, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X a annoncé qu’elle consacrera de nouveaux Évêques sans le mandat du Vatican, le 1er juillet prochain. Comment évaluez-vous cette décision ?

CMV — J’apprécie énormément la décision d’assurer la Succession Apostolique afin de garantir la continuité à la Fraternité et de préserver le trésor de la Tradition, du Sacerdoce catholique et du Saint Sacrifice de la Messe. Je crois cependant que la Fraternité Saint Pie X n’a pas encore affronté la phase finale du parcours de prise de conscience qui, il y a trente-huit ans, a conduit son fondateur, l’archevêque Marcel Lefebvre, à considérer la « Rome moderniste apostate ». Il est également vrai que l’état de nécessité invoqué pour légitimer les Consécrations épiscopales est justifié par le salut des âmes – salus animarum suprema lex. Cela autorise la Fraternité à procéder à la Consécration de nouveaux Évêques même en l’absence du Mandat Pontifical, qu’un Pape fidèle au Mandat Pétrinien accorderait certainement. Il convient cependant de noter que dans le cas très improbable où Léon consentirait à ces Consécrations, la Fraternité se retrouverait dans une situation paradoxale, avec deux Évêques « dans une situation canonique irrégulière » et les nouveaux « en communion avec Rome ». Cela engendrerait une fracture au sein même de la Fraternité. Canoniquement, il ne semble pas y avoir d’issue, car le problème est de nature théologique et ecclésiologique. Et c’est le Supérieur général lui-même, l’abbé Davide Pagliarani, qui reconnaît cette anomalie très grave, objectivement impossible à guérir à une époque où les conditions pour un retour de Rome à la Tradition sont bien plus inaccessibles qu’à l’époque de Mgr Lefebvre. Le désir de la Fraternité Saint Pie X de manifester concrètement son union avec le Siège Apostolique, cum Petro et sub Petro, est certainement compréhensible ; mais le fossé objectif existant ne peut être comblé par voie administrative, ayant pour interlocuteurs des fonctionnaires qui ne professent plus la Foi Catholique et qui visent à démolir la Sainte Église.

J’espère que la raison pour laquelle le Supérieur général insiste pour une confrontation avec Rome n’ait pas pour objectif principal la régularisation canonique, mais plutôt de la contraindre – pour ainsi dire – afin que, d’une part, soit évidente la volonté des membres de la FSSPX de se reconnaître comme fils de l’Église Catholique et sujets du Pontife Romain ; et d’autre part de  montrer l’indisponibilité de l’actuelle Hiérarchie de remettre en question Vatican II et ses dérives très graves, la montrant tel qu’elle est, c’est-à-dire subversive et hérétique.

Le paradoxe du veto romain apparaît dans toute sa contradiction choquante si l’on considère que le Saint-Siège continue de ratifier ex post les Ordinations épiscopales de l’église patriotique chinoise, notoirement schismatique et avec sa propre hiérarchie parallèle et hostile à Rome. N’oublions pas que l’excommunication pour les Consécrations épiscopales conférées sans Mandat Apostolique a été introduite par Pie XII en 1958 précisément pour déclarer l’état de schisme de l’Association Patriotique. L’accord sino-vatican secret stipulé par Bergoglio et Parolin désavoue la position que le Saint-Siège avait défendue jusqu’à Benoît XVI et aligne l’église schismatique chinoise avec les autres sectes non catholiques avec lesquelles l’église synodale dialogue amicalement, sans que cela ne pose de problème.

Nous devons reconnaître que la crise actuelle, précisément en raison de son caractère absolument exceptionnel et de sa gravité, doit être affrontée – pour ainsi dire – « hors des sentiers battus ». Les réponses canoniques sont valables pour des périodes de relative normalité, pas pour des situations extraordinaires, je dirais presque eschatologiques. La dérive de l’église conciliaire-synodale est telle, que les mêmes personnes détiennent l’autorité sacrée de l’Église et le pouvoir subversif de sa contrefaçon. Il n’est pas possible de présider l’Église Catholique dans l’orthodoxie et en même temps l’église synodale dans l’hérésie, tout comme il n’est pas possible de servir deux maîtres (Mt 6, 24).

SK — Considérez-vous que la perspective d’une « pax liturgica » proposée par certains cercles ecclésiaux est fondée et partagée ?

CMV — La pax liturgica prônée par certains Prélats et intellectuels catholiques constitue, à mon avis, une tromperie des plus dangereuses, dans laquelle ses partisans sont tombés les premiers, et dans laquelle ceux qui se réfèrent à eux tomberont également. Le concept de coexistence pacifique de deux formes d’un même Rite est impossible, et le résultat d’une dé-dogmatisation de la Liturgie à laquelle correspond une dé-liturgisation de la Doctrine. La Messe tridentine est la voix orante de la Foi catholique, selon l’adage Lex orandi lex credendi. Le Novus Ordo est une expression idéologique des erreurs du Concile, avec des omissions et des manipulations très évidentes et effrontées visant à adultérer la Foi Catholique et à conduire progressivement les fidèles vers la Religion Universelle. Les fidèles qui assistent aux deux rites peuvent peut-être considérer les célébrations dans l’ancien rite comme plus belles et solennelles, mais ils resteront convaincus qu’il est possible de faire coexister deux mondes opposés simplement en accordant la liberté aux deux. Cela va à l’encontre du principe de non-contradiction avant même de s’opposer au Magistère Catholique. Comme l’a justement souligné Mgr Marian Eleganti, « on tolère un schisme non déclaré impliquant toute l’Église Catholique entre les soi-disant ‘modernistes’, ‘adaptés à l’esprit de leur époque’, ‘relativistes’ et ‘pluralistes’, ‘gauchistes’, ‘catholiques réformistes’ et Catholiques ‘conservateurs’, ‘de droite’, ‘traditionalistes’ et ‘orthodoxes’. Les deux ailes se considèrent comme fidèles et catholiques. C’est le paradoxe par excellence[5]. »

Chris Jackson commente : « Ce double standard scandaleux montre que l’église conciliaire valorise la conformité à son nouveau credo humaniste plus que la fidélité à la vérité du Christ[6]. » Malheureusement, il existe une conviction complètement erronée et infondée parmi les conservateurs selon laquelle ce n’était pas Vatican II, mais une mauvaise interprétation de celui-ci qui a causé la crise ; que ce ne fut pas le Novus Ordo Missæ, mais les abus commis dans sa célébration qui ont provoqué l’effondrement de la pratique religieuse.

SK — Que peuvent faire les prêtres et les fidèles pour résister à cette crise d’autorité civile et religieuse ?

CMV — Penser qu’il est possible de restaurer les fondations des institutions de tout le monde occidental aujourd’hui entre les mains de la Synagogue de Satan est une illusion insensée. Notre civilisation est arrivée au stade terminal d’un cancer qui la ronge de l’intérieur : la rébellion contre Dieu inspirée et perpétrée par le prince de ce monde et ses serviteurs.

Je crois qu’il est temps de considérer sérieusement la création de « communautés intentionnelles[7] » basées sur le modèle de l’option Benoît de Rod Dreher. « Dans la dévastation et la désolation qui suivirent la chute de l’Empire Romain, dans un monde hostile, les moines bénédictins constituèrent de petites communautés pour préserver ce qui importe dans la foi chrétienne et semer la civilisation de demain. Selon Dreher, notre situation est la même ou le sera bientôt[8]. » Qu’est-ce qui empêche les Catholiques de revitaliser les nombreux villages abandonnés ou dépeuplés, de combiner leurs compétences et ressources pour vivre ensemble selon une approche chrétienne et de se donner les moyens d’indépendance et d’autosuffisance, aussi économique et alimentaire, qui préviennent ou du moins limitent autant que possible la contamination avec un monde hostile ? Un prêtre français écrit : « Pendant la période Covid, je célébrais des Messes clandestines dans des granges. Cela semblait remonter à l’époque de la Révolution. Aujourd’hui, le pouvoir n’est plus au service du peuple ni de Dieu, mais au service du globalisme. C’est la lutte entre le Christ Roi et le prince de ce monde, le diable. C’est la tâche de chaque homme de prendre le parti du bien et de résister au mal[9]. » Qu’est-ce qui empêche les prêtres d’aider les fidèles dans cette lutte contre le globalisme, comme certains ont déjà commencé à le faire ?

Les Catholiques doivent reprendre en main de leur destin, échappant à la dictature envahissante et mortelle de l’élite et au pouvoir excessif d’une autorité usurpée. D’un autre côté, si nous nous trouvons dans un état de nécessite ecclésial, nous le sommes aussi dans la sphère civile. Une telle réappropriation n’est cependant possible que lorsque chaque âme vit par la Grâce et dans la Grâce. Et pour cela, l’action sanctifiante des Sacrements et de la Sainte Messe, administrés par des prêtres fidèles à la Tradition, est indispensable. Ce sera la nourriture surnaturelle qui nous donnera la force de prendre des armes spirituelles dans la bataille qui fait déjà rage et qui est un prélude à la persécution de l’Antéchrist. Car seuls ceux qui vivent selon le Christ peuvent combattre le mal présent et mériter ainsi la récompense éternelle. Mihi enim vivere Christus est, et mori lucrum (Phil 1:21).

© Traduction de F. de Villasmundo pour MPI relue et corrigée par Mgr Viganò

Notes de la rédaction de MPI :

(1) Stephen Kokx est un écrivain indépendant et professeur associé de sciences politiques. Il vit à Grand Rapids, dans le Michigan. Il a auparavant travaillé pour le Bureau pour la paix et la justice de l’archidiocèse de Chicago. Ses écrits sur la religion, la politique et la doctrine sociale de l’Église catholique ont été publiés dans de nombreux médias, dont Crisis Magazine, The American Thinker et le journal local de Grand Rapids, The Grand Rapids Press. Il est membre de la Fellowship of Catholic Scholars et de la Society of Catholic Social Scientists, et diplômé d’Aquinas College et de l’Université Loyola de Chicago. Suivez Stephen sur Twitter : @StephenKokx

(2) Les surlignements en gras sont le fait de la rédaction de MPI 

Note de bas de pages de l’entretien :

[1] Il est significatif que les premiers à prendre conscience de la « menace » posée par l’Église Catholique soient précisément les globalistes. Même Epstein l’admet : cf. https://x.com/stanislasberton/status/2018969611526443512

[2] Il ne s’agit que d’une liste partielle des cas connus de sacrifices rituels rapportés dans les chroniques et par des actes notariaux ou procéduraux entre le XIIe et le XXe siècle. https://x.com/timayenis/status/1846279581684453666?s=12&t=u_2LqhAK2UFBVNFcpxcEAg

[3] Cf. https://x.com/disclosetv/status/2013910057965047894

[4] https://www.christianunity.va/content/dam/unitacristiani/Collana_Ut_unum_sint/The_Bishop_of_Rome/Il%20Vescovo%20di%20Roma.pdf

[5] «A dirty schism is tolerated that runs through the entire Catholic Church between the so-called “modernist,” “zeitgeist-adapted,” “relativist,” and “pluralist,” “left-wing” “reform Catholics” and the “conservative,” “right-wing,” “traditional,” and “orthodox” Catholics. Both wings see themselves as faithful and Catholic. This is the paradox par excellence» – Cfr. https://www.lifesitenews.com/opinion/bishop-eleganti-the-church-is-suffering-internal-schism-because-pope-bishops-tolerate-heresies/

[6] «This outrageous double standard proves that the Conciliar Church values conformity to its new humanistic creed over fidelity to Christ’s truth», cf. https://x.com/bigmodernism/status/2018558959599116464

[7] Les communautés intentionnelles sont des groupes de personnes qui choisissent volontairement de vivre ensemble (ou très proches) pour atteindre une vision commune, un idéal partagé ou un certain mode de vie. Ce ne sont pas de simples voisins ou colocataires aléatoires : l’élément central est l’intentionnalité, c’est-à-dire un choix conscient et partagé de coopérer, de partager les ressources, les responsabilités et les principes moraux.

[8] Cf. https://lanuovabq.it/it/opzione-benedetto-non-un-consiglio-ma-un-fatto

[9] « J’ai célébré des messes clandestines dans des granges pendant la période Covid. On se serait crus revenus aux périodes révolutionnaires. Aujourd’hui, le pouvoir n’est plus au service du peuple ni de Dieu, mais au service du mondialisme. C’est le combat entre le Christ Roi et le prince de ce monde — le diable. C’est le rôle de tout homme de prendre position pour le bien et de résister au mal ». Cfr. https://x.com/tocsin_media/status/2018717365500809725?s=61&t=0N1U8tlYmPH0YyY1JmxnKg

Les deux parties des vidéos de l’entretien en anglais :

Première partie : Mgr Viganò et Stephen Kokx : les dossiers Epstein, l’ordre mondial talmudique 

Seconde partie : Mgr Viganò sur les consécrations de la FSSPX et la contre-révolution catholique

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