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Etats-Unis contre Venezuela : l’escalade, l’arrestation de Maduro et le contrôle du pétrole

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3 janvier 2026, Caracas, Venezuela – Capture de Nicolas Maduro par les Etats-Unis

En quelques mois seulement, Washington a progressivement accru la pression sur Caracas par le biais de mesures économiques, d’opérations antidrogue et d’annonces d’attaques militaires. Le tout s’est conclu avec l’arrestation ou la reddition de Maduro cette nuit. Le contrôle du pétrole est l’enjeu majeur.  

Une opération de changement de régime menée par les Etats-Unis contre Nicolas Maduro au Venezuela

Ce qui se passe à Caracas, au Venezuela, n’est pas sans danger pour le reste du monde. Ces derniers mois, les relations entre les États-Unis et le Venezuela sont passées d’une pression « à distance » – constituée de sanctions, de menaces et d’interdictions maritimes – à une série d’actions de plus en plus concrètes, culminant aujourd’hui avec une nouvelle des plus explosives : Donald Trump affirme que Nicolás Maduro et son épouse ont été « capturés et emmenés hors du pays » lors d’une frappe américaine de grande envergure. Il s’agit d’un changement radical qui, symboliquement et concrètement, rappelle davantage les opérations de changement de régime du passé que la « guerre économique » habituelle de ces dernières années.

« Pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, écrit le quotidien italien de centre-droit, Il Giornale, il faut revenir au début de cette nouvelle phase d’escalade, lorsque la Maison-Blanche a remis la question vénézuélienne au centre du débat, en élaborant un récit précis : Maduro présenté comme le dirigeant d’un « narco-État », le trafic de cocaïne comme une menace directe pour la sécurité des États-Unis et l’énergie vénézuélienne comme un levier stratégique. Ce cadre a servi de couverture politique à deux actions qui ont commencé à converger : le durcissement des mesures économiques et une campagne de lutte contre le trafic de drogue en mer. »

Une confrontation entre les Etats-Unis et le Venezuela qui culmine avec l’arrestation ou la reddition de Maduro ce matin

Ainsi, ces derniers mois, les États-Unis ont révoqué la licence d’exploitation de Chevron au Venezuela, imposant une période de transition pour la cessation de ses activités. Cette décision témoignait d’une volonté de tarir les ressources financières de Caracas. Le 16 décembre, Trump a, en outre, augmenté la contrainte sur le régime de Maduro, en annonçant un « blocus total et complet » des pétroliers sous sanctions entrant et sortant du Venezuela. Parallèlement, l’oncle Sam a intensifié sa campagne de frappes contre les navires accusés d’opérer sur les routes du trafic de drogue, faisant plus d’une centaine de morts.

Face à la pression économique des Etats-Unis, Maduro, dans une interview de fin d’année, diffusée autour du 31 décembre, a proposé des « discussions sérieuses » avec Washington, suggérant une coopération en matière de trafic de drogue et allant même jusqu’à évoquer des investissements américains dans le secteur pétrolier.

Trop tard pour calmer Donald Trump qui a lancé cette nuit du 3 janvier 2026, une vaste opération de bombardements contre Caracas visant à décapiter le régime vénézuélien. Nicolás Maduro, l’homme qui dirige le Venezuela depuis plus d’une décennie et qui, depuis 2019, n’est plus reconnu comme le président légitime du Venezuela par les Etats-Unis, a été capturé par les forces armées américaines d’après certaines sources, d’autres parlent d’une réédition préparée.

La décapitation politique du régime vénézuélien n’est ni un geste impulsif ni une opération « morale » mais la volonté de vassaliser le Venezuela

Quoi qu’il en soit de la réalité de la capture ou de la réédition, « la décapitation politique du régime vénézuélien n’est ni un geste impulsif ni une opération « morale » déguisée en acte de droit international », explique le blog de géopolitique Inside Over :

« Il s’agit avant tout d’un choix cynique, dicté par une évidence : lorsqu’un pays possède des ressources stratégiques exceptionnelles, la politique et l’économie sont indissociables, et l’économie, de la sécurité. Frapper au sommet, dans ce contexte, revient à tenter de briser la chaîne de commandement qui contrôle l’accès à la richesse. Ce n’est pas seulement Maduro, l’individu, qui est visé, mais aussi les mécanismes de contrôle que représente son pouvoir : licences, concessions, triangulations, protection militaire, flux financiers parallèles. »

En clair, le pétrole est un des enjeux majeurs de ce renversement de régime, les Etats-Unis voulant placer à la tête du pays un homme-lige, ou une femme-lige.

Contrôler la production du pétrole vénézuélien et des matières premières stratégiques est un des enjeux majeurs de ce renversement de régime

Inside Over continue son analyse :

« Malgré l’effondrement de sa production et les graves conséquences sociales qu’elle engendre, le Venezuela demeure une superpuissance énergétique en devenir. Son paradoxe ne réside pas dans la rareté, mais dans l’abondance : d’immenses réserves de pétrole, souvent lourdes et difficiles à extraire, nécessitant des technologies de pointe, des investissements importants et une chaîne d’approvisionnement industrielle stable. Le nœud du problème est le suivant : pour Washington, le problème n’est pas tant la faible production de Caracas que le fait que cette production, aussi minime soit-elle, soit politiquement « soustraite », et que son potentiel futur, s’il était pleinement exploité, pourrait bouleverser les équilibres régionaux et les marchés de l’énergie. Le pétrole vénézuélien n’est pas qu’une simple matière première. C’est un levier de pouvoir, surtout à une époque où chaque fluctuation des prix et des flux a des conséquences immédiates sur l’inflation, le consensus et la stabilité politique en Occident. »

Maduro a en effet, écrit encore Inside Over, « fait de l’énergie un instrument de résistance géopolitique. Il a bâti un système de survie fondé sur des contrats opaques, des échanges en nature, des intermédiations et des triangulations avec la Chine, la Russie et l’Iran, des paiements effectués en dehors du système bancaire occidental, et la capacité de contourner les sanctions et de s’y adapter. (…) Frapper la tête, c’est donc interrompre le processus décisionnel qui maintient le Venezuela hors du système énergétique occidental. Et c’est là que la décapitation révèle sa véritable nature : il ne s’agit pas d’une punition, mais d’une tentative de rouvrir le marché. Un Venezuela négociable est utile car il permet d’obtenir des concessions : licences, quotas de production, garanties d’investissement, accès aux infrastructures. Un Venezuela qui négocie sans céder sa souveraineté économique, en revanche, est inutile et potentiellement dangereux : il démontre qu’il est possible de résister, de survivre, et même de renégocier avec l’Occident sans livrer les clés de son sous-sol. C’est ce tabou que Washington cherche à briser ».

Le Venezuela abonde aussi en matières premières stratégiques :

« Dans un monde où la transition énergétique remodèle les chaînes de valeur, Washington ne peut se permettre que les nouveaux centres d’extraction de lithium, de coltan, de terres rares et d’or tombent sous l’influence chinoise ou russe, ni qu’ils deviennent des zones grises où les ressources sont échangées contre une protection politique et des technologies. »

Un des objectifs des Etats-Unis : évincer la Chine et la Russie du continent Sud-américain

Et dernier point qui a poussé Washington à agir pour ses intérêts, le Venezuela a réduit sa dépendance au dollar tout en conservant le contrôle de ses ressources. Pour le géant américain voisin, le pays du Sud envoie, explique Inside Over « un message dangereux aux autres pays producteurs : on peut lui résister, le contourner, négocier de manière autonome. Le Venezuela n’est pas qu’un cas isolé en Amérique latine ; c’est un modèle potentiel de désobéissance économique. Son démantèlement sert à réaffirmer un principe implicite : les ressources stratégiques doivent rester dans un ordre réglementé et vérifiable, et non en dehors. Lorsqu’un producteur devient « incontrôlable », il n’est pas simplement isolé : il devient remplaçable ou délocalisé. »

Le blog géopolitique de conclure sur cette main-mise américaine sur le Venezuela et le possible évincement dans la région de la Chine te de la Russie :

« Dans ce contexte, la capture ou l’élimination politique de Maduro revêt une importance qui dépasse Caracas. Il s’agit d’une opération de réalignement systémique, et non de démocratisation. Il ne s’agit pas de choisir qui gouverne le Venezuela de manière abstraite, mais de définir qui décide de son pétrole, de ses mines, de son avenir énergétique. »

Mais une conséquence de cette action reste imprédictible : dans ce contexte de guerre incertaine, comment réagiront la Chine, la Russie et les alliés régionaux du Venezuela ?

Francesca de Villasmundo

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