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Frère Albert, le mendiant, ou Mélenchon, le cossu : servir les pauvres ou s’en servir ?

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Il existe deux manières radicalement
opposées de se tenir auprès des pauvres.

Deux regards, deux éthiques, deux visions du monde.

L’une est incarnée par Frère Albert, Adam Chmielowski, moine polonais du XIXᵉ siècle, tertiaire franciscain, fondateur de maisons-refuges au cœur des taudis de Cracovie.

L’autre s’illustre aujourd’hui dans une certaine tradition militante, incarnée notamment par Jean-Luc Mélenchon (1).

Entre les deux, ce n’est pas seulement une divergence de méthodes. C’est une différence de nature.

Frère Albert choisit de devenir pauvre parmi les pauvres. Il renonce à ses biens, à son statut, à son confort, pour partager concrètement la condition des plus démunis. Depuis saint François d’Assise, rares sont ceux qui ont embrassé la pauvreté avec une telle radicalité. Sa solidarité est spirituelle, incarnée, silencieuse. Elle ne s’affiche pas. Elle se vit.

Chez lui, la crédibilité naît du sacrifice personnel. On ne parle pas « au nom de », on vit « avec ». On ne défend pas de loin, on partage de près. La cohérence entre la parole et la vie est centrale. La charité n’est pas un discours, elle est une présence.

Frère Albert ne parle pas des pauvres : il se laisse transformer par eux. Il ne cherche ni influence, ni pouvoir, ni victoire idéologique. Il disparaît presque derrière ceux qu’il sert. Sa charité est concrète, quotidienne, sans mise en scène (2).

À l’inverse, la réponse politique moderne — dont Mélenchon est la figure emblématique de nos jours — repose sur une logique différente. Elle affirme qu’on peut défendre les pauvres sans être pauvre soi-même. Que l’essentiel est d’accéder au pouvoir pour redistribuer, réformer, protéger. En théorie, cette position est défendable. En pratique, elle produit souvent une contradiction : un discours exalté sur la misère porté par des responsables vivant dans le confort et qui oublient vite leurs promesses mirifiques.

De là naît le soupçon d’hypocrisie, ou du moins d’un vil opportunisme.

Frère Albert, à travers son « amour des gueux » représente la sainteté par le renoncement. Mélenchon incarne la militance par le pouvoir. Le premier vit une charité du don de soi. Le second développe un faux humanisme idéologique, abstrait, où la misère devient un levier politique.

Dans le discours mélenchonien, la pauvreté sert avant tout de ressort rhétorique. Elle permet d’invoquer « le peuple », « les humiliés », « les invisibles ». Elle nourrit l’indignation, la radicalisation, la mobilisation. Elle alimente un récit de lutte des classes et d’oppression. Elle devient un capital politique révolutionnaire.

La misère n’est plus seulement un mal à soulager. Elle devient un moteur de combat.

On ne parle plus de personnes, mais de masses. On ne voit plus des visages, mais des catégories sociales. On ne rencontre plus des vies, on manie des slogans. C’est un humanisme sans amour réel des personnes, un humanisme froidement statistique, fondé sur des abstractions et des mensonges cent fois répétés.

À l’inverse, chez Frère Albert, la charité vise toujours la personne concrète, ici et maintenant. Elle ne cherche pas à « changer le monde » par la force, mais à aimer dans le monde tel qu’il est. Elle ne transforme pas la souffrance en arme politique, elle la transcende dans l’action. Dans l’esprit de saint François et de Simone Weil — « On ne peut pas aimer un malheur en général, on n’aime que des malheureux » — Frère Albert aimait des personnes. Mélenchon parle de catégories.

Et lorsque la défense des pauvres sert d’abord un projet de pouvoir, elle cesse d’être pure. On passe alors de la compassion à l’instrumentalisation, du service à la stratégie, de l’amour à l’idéologie.

Frère Albert rappelait que les plus humbles – les « gueux » – n’ont pas besoin d’être utilisés pour des combats qui les dépassent. Ils ont besoin d’être respectés, accompagnés, aimés. « Plus quelqu’un est déshérité, disait-il, plus nous devons le servir avec amour. » Il goûtait lui-même la soupe distribuée aux pauvres, soucieux qu’elle soit bonne, par respect pour ceux qu’il servait. Cette attention aux détails révèle tout : aimer, ce n’est pas proclamer, c’est prendre soin.

Mélenchon, de son côté, affirme vouloir « éradiquer la misère » et créer « un monde où personne ne dort dans la rue ». Mais cette promesse s’inscrit dans une vision de confrontation permanente entre pauvres et « puissants », nourrie par un imaginaire révolutionnaire. La pauvreté devient la preuve que le système doit être renversé. Plus la situation est décrite comme catastrophique, plus son projet paraît nécessaire.

La misère devient utile.

Il n’y a là aucune cohérence morale entre un mode de vie confortable et une rhétorique radicale qui transforme le pauvre en symbole. Le pauvre n’est plus un frère, il devient un argument. Quand Frère Albert écrit « Je souffre avec toi », Mélenchon pense « Je me sers de ta souffrance pour changer le système. »

Toute la différence est là. La charité chrétienne part du cœur pour aller vers la société. Elle commence par la conversion personnelle, par la présence, par le don de soi. Elle s’adresse à des visages, à des noms, à des histoires. L’idéologie révolutionnaire, elle, part de la société en oubliant le cœur. Elle fait de la misère une preuve théorique, un carburant militant. Elle ne partage pas la vie des pauvres, elle les inscrit dans un programme.

Frère Albert ne réformait pas les lois. Il cherchait d’abord à réformer les consciences. Il voyait le Christ dans le pauvre.

En fait, là où la charité s’agenouille, l’idéologie s’approprie. Là où Frère Albert se met au service, la politique démagogique de Mélenchon instrumentalise à travers une simulation mensongère. Son « amour des pauvres » est une singerie diabolique !

La différence entre Frère Albert et Mélenchon ne tient donc pas seulement aux moyens employés. Elle tient au regard porté sur le pauvre.

Pour Frère Albert, le pauvre est un mystère à aimer, une présence à servir, un visage où se reflète Dieu.

Pour l’idéologie militante révolutionnaire, il devient une catégorie, un argument, une preuve vivante que le système doit être renversé.

Entre servir les pauvres et s’en servir, il faut choisir. Frère Albert avait choisi. Nous aussi et c’est la raison pour laquelle nous proclamons : « vade retro Mélenchon » !

Rastignac

(1) Lire aussi : Lettre ouverte de Rastignac à monsieur Jean-Luc Mélenchon, le Maghrébin européen : « La Farce insoumise ».

(2) In Frère Albert ou la face aux outrages de WINOWSKA MARIA (Janvier 1953)

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