Les futures consécrations épiscopales par la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X alimentent l’information catholique. MPI suit ce dossier de près et tient à offrir à ses lecteurs les diverses analyses qui paraissent dans le monde de la Tradition au sens large. Bien entendu, cela ne signifie pas pour autant que la rédaction de MPI souscrit à chacune d’elles.
Le 2 février dernier, le Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X a annoncé des futures consécrations épiscopales, pour l’instant sans autorisation pontificale. Depuis, rendez-vous a été pris entre Rome et la FSSPX : le cardinal Tucho Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi rencontrera jeudi 12 février, l’abbé David Pagliarani, Supérieur Général de la congrégation.
Dans un long entretien, le Supérieur général de la FSSPX s’exprime avec force et précision sur l’état d’urgence qui règne au sein de l’Église
Hier, jeudi 5 février, est paru sur les canaux de la FSSPX un entretien du Supérieur Général (ici) expliquant cette décision de consacrer de nouveaux évêques le 1er juillet prochain.
Le journaliste et vaticaniste italien Aldo Maria Valli, proche doctrinalement de la Fraternité Saint Pie X, a publié sur son blog Duc in Altum, une analyse de Radical Fidelity, un site catholique américain, de cet entretien où « le Supérieur général s’exprime avec force et précision sur l’état d’urgence qui règne au sein de l’Église » et des raisons invoquées qui pourraient être plus « problématiques ». En voici de larges extraits qui éclaireront les perspectives sur le différend qui oppose la congrégation fondée par Mgr Marcel Lefebvre avec Rome.
« L’entretien avec l’abbé David Pagliarani, Supérieur Général de la FSSPX révèle plusieurs vérités essentielles, mais il est aussi empreint d’affirmations et d’arguments problématiques. On y trouve des réaffirmations bienvenues de vérités restées cachées pendant des décennies, mais aussi une volonté persistante de rester acceptable et conciliable avec une Rome apostate engagée dans une guerre ouverte contre la Tradition. Il en résulte un texte d’une clarté réelle, mais également empreint d’une ambiguïté troublante. (…)
« Il convient tout d’abord de rendre hommage à qui de droit. Le Supérieur général s’exprime avec force et précision sur l’état d’urgence qui règne au sein de l’Église. Son diagnostic est juste et aurait dû être formulé depuis longtemps. (…) L’insistance de l’abbé Pagliarani sur le fait que des âmes sont privées de ce dont elles ont besoin pour leur salut va droit au cœur de la crise, et il invoque à juste titre le principe directeur suprema lex, salus animarum.
« Tout aussi louable est sa condamnation sans équivoque de la Déclaration d’Abou Dhabi, qu’il juge à juste titre incompatible avec le premier commandement et le Credo. Affirmer clairement qu’une telle déclaration est inadmissible, nuisible à la communion et qu’il vaut mieux y renoncer que par le martyre, voilà le catholicisme que nous souhaitons voir nos prélats professer.
L’abbé Pagliarani et la question liturgique : la coexistence de deux rites incompatibles manifeste deux théologies opposées
« Tout aussi pertinente est sa critique de la synodalité, de la réduction kérygmatique de la doctrine et de la manipulation du Saint-Esprit pour justifier des décisions arbitraires. L’entretien révèle la méthode qui sous-tend la folie dont nous sommes témoins aujourd’hui : une doctrine vidée de sa substance au profit de l’expérience, une Tradition reléguée au rang de simple accessoire et la vérité remplacée par le processus. Sur ces points, le Supérieur général s’exprime avec une clarté admirable.
« Son analyse de la question liturgique est également en grande partie juste. Il reconnaît à juste titre que la coexistence de deux rites incompatibles n’est pas un accord pastoral neutre, mais la manifestation de deux théologies rivales. Son constat que le Novus Ordo est intrinsèquement incapable de former les âmes, plutôt que simplement mal célébré, devrait susciter des « Bravo ! » enthousiastes dans la salle.
« Enfin, l’abbé Pagliarani a tout à fait raison lorsqu’il affirme que la sanctification des âmes requiert des prêtres et des évêques, et non des influenceurs et des commentateurs.
« Malgré ses qualités indéniables, l’entretien reste entaché par un langage et un ton qui semblent inadaptés à la réalité actuelle. Le constat le plus frappant est que Rome a été infiltrée par des partisans et des membres de la hiérarchie d’une religion étrangère au catholicisme.
« La faiblesse la plus flagrante réside dans l’obstination à présenter les actions de la Fraternité comme un plaidoyer pour la tolérance, le pragmatisme ou la compréhension paternelle d’une Rome qui a renié le catholicisme. Les appels répétés au Pape, présenté comme un « père » capable de discerner les bonnes intentions, laissent subtilement entendre que le problème résulte de malentendus ou d’un manque d’information. Or, cette vision ne correspond plus à la réalité.
Mgr Lefebvre a averti qu’un compromis avec Rome ne devrait être envisagé qu’en cas de conversion de Rome
« Continuer à parler comme si la reconnaissance, l’approbation, voire la tolérance du Saint-Siège était une bonne chose, occulte le problème de fond : Rome ne se contente plus de manquer à son devoir de protéger la Tradition, elle s’y oppose activement. Chercher une légitimité auprès d’autorités qui promeuvent la synodalité, l’indifférence religieuse et une ecclésiologie contrefaite apparaît incohérent et profondément dissonant.
« Ceci soulève une autre question, concernant les définitions de « statut canonique irrégulier » et de « communion avec la hiérarchie ». La communion, comme le reconnaît lui-même le Supérieur général, repose sur la foi catholique. Dès lors, la logique veut que ceux qui promeuvent publiquement des doctrines contraires à cette foi aient déjà rompu la communion, en substance, quelle que soit la structure canonique à laquelle ils appartiennent. Mgr Lefebvre a averti qu’un compromis avec Rome ne devrait être envisagé qu’en cas de conversion de Rome.
« On ne peut pas affirmer indéfiniment que la communion existe en principe, tout en admettant que ses fondements doctrinaux se sont effondrés dans la pratique.
« L’espoir, sous-jacent à l’interview, que les consécrations épiscopales puissent être tolérées, acceptées, voire justifiées a posteriori par Rome, à l’instar des consécrations illicites en Chine qui ont été approuvées rétroactivement, pose un problème majeur. Cette comparaison peut sembler plausible de prime abord, mais elle révèle un problème plus profond. Elle laisse entendre que la légitimité émane toujours des mêmes autorités dont les agissements ont engendré la crise. L’abbé Pagliarani et la FSSPX devraient se demander s’ils souhaitent être en communion avec les faux évêques communistes de Chine ou avec toute autre abomination qui se produit actuellement à Rome.
Ces consécrations épiscopales doivent tracer une ligne claire, comme l’a fait Mgr Lefebvre en 1988, entre le catholicisme et la religion contrefaite issue du concile Vatican II
« Il paraît contradictoire d’affirmer que les consécrations sont véritablement justifiées par la nécessité, comme c’est le cas, et de soutenir simultanément que leur légitimité dépend d’une approbation romaine ultérieure. Soit la crise justifie les consécrations, soit elle ne les justifie pas. Suggérer que les consécrations seront, espérons-le, légitimées par les autorités illégitimes qui ont provoqué la crise est absurde.
« L’interview tourne sans cesse autour d’une question qu’elle n’aborde jamais directement : si Vatican II et ses fruits sont à l’origine de la crise, pourquoi rechercher la reconnaissance de ceux qui s’identifient à ce concile ?
« Le Supérieur général parle avec éloquence de la nécessité de préserver la Tradition pour le Pape et pour l’Église, mais cela présuppose une continuité de foi et d’intention qui n’existe plus au niveau gouvernemental.
« En continuant de présenter la Tradition comme une entité préservée au sein d’une structure anormale, plutôt que comme une religion opposée à une fausse religion, l’entretien renforce l’illusion qui permet à la crise de perdurer. Il conforte l’idée que la religion post-conciliaire est confuse mais toujours catholique. Or, elle n’est pas catholique.
« Pour que les consécrations épiscopales soient accomplies correctement, elles ne doivent pas être présentées comme un plaidoyer pour la tolérance ou une irrégularité temporaire en attendant une réconciliation future. Elles doivent tracer une ligne claire, comme l’a fait Mgr Lefebvre en 1988, entre le catholicisme et la religion contrefaite issue du concile Vatican II. »
Francesca de Villasmundo
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