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Il y a 40 ans, les Khmers rouges entraient dans Phnom Penh

Devoir de mémoire ? Les Khmers rouges

Le 17 avril 1975 au matin, il y aura aujourd’hui exactement 40 ans, les Khmers rouges entraient dans Phnom Penh.

La capitale du Cambodge, lasse de la guerre et des dérives d’un régime corrompu incapable de résister après l’abandon américain, le tout complété par l’écroulement du sud Vietnam, accueillit avec résignation, voire avec soulagement et sympathie curieuse, une armée composée majoritairement d’adolescents. Ces jeunes soldats avaient été recrutés par les communistes parmi les paysans pauvres d’une région qui servait de base-arrière aux viêtcongs, et à laquelle l’US Air Force avait infligé des bombardements réputés être les plus importants de l’histoire.

Dès midi, le climat changea : des témoins étrangers, stupéfaits, virent 2 millions de personnes, soit la totalité des habitants de la ville, être chassés de leurs maisons, répartis en groupes puis déportés, hormis les exécutions immédiates, à marche forcée vers les campagnes. Toutes les villes du pays suivirent, et le monde en fut sidéré.

Cet événement incroyable troubla beaucoup d’intellectuels et d’« acteurs culturels conscientisés », compagnons du communisme au nom de la « paix au Vietnam » contre l’impérialisme américain. Certes, quand Jean d’Ormesson après la chute de Saïgon 12 jours plus tard, écrivit qu’il « regrettait malgré tout, l’air de liberté qui flottait auparavant sur Saigon, avant que cette ville s’appellât Ho Chi Minh », il s’attira de Jean Ferrat, artiste de qualité mais obstinément communiste, la réplique vengeresse de la chanson «  Un air de liberté »  diffusée « à la télé ». Reste qu’un peu plus tard, on vit les « nouveaux philosophes » touchés alors par la grâce, mettre en question, à leur profit, le totalitarisme marxiste. La tragédie des « boat-people » poussa aussi Jean-Paul Sartre vieilli, à une démarche surréaliste mais significativement expiatoire, en compagnie de Raymond Aron, auprès du président Giscard pour lui demander de les accueillir.

Phnom Penh fut à peu près abandonnée durant presque 4 ans.

Les nouveaux maîtres, qui avaient appris le marxisme à Paris, mirent en place une version de la théorie néo-maoïste de la révolution par les campagnes contre les villes corrompues et décadentes. Ils divisèrent le peuple en trois catégories : les « déchus », ou « peuple ancien », partisans supposés de l’ancien régime, voués prioritairement à l’extermination, puis les « candidats » à la citoyenneté ou « peuple nouveau » dans les régions récemment conquises, et, pour celles contrôlées antérieurement, les citoyens de « plein droit « peuple de base ».

Ce fut peut être l’expérience du communisme totalitaire la plus achevée : travaux forcés épuisants, mauvais traitements, et assassinats arbitrairement décidés par les cadres des camps collectivistes, causèrent en moins de 4 ans la mort de 80% des déportés, soit entre 1,7 et 2,2 millions d’individus et 20 et 30 % de la population du pays.

Ces horreurs ne s’arrêtèrent qu’avec une invasion vietnamienne dictée par de tout autres raisons.

De nos jours pourtant, en matière de totalitarisme, le communisme, quoique responsable de beaucoup plus de morts et de souffrances absurdes est beaucoup moins honni que ses anciens rivaux fascistes et nazis confondus dans leur défaite : avec quelques repentances nullement systématiques et du bout des lèvres, les partis qui portent encore ce nom sont admis et soutenus dans le concert démocratique quand ils sont dans l’opposition, et quelques régimes plus ou moins radicalement autoritaires, pas nécessairement des moindres, s’en réclament toujours explicitement. Tout juste est-il passé de mode, et privé de soutiens majeurs.

Le totalitarisme le plus visible a maintenant changé de visage et se nomme terrorisme islamique. Cette régression historique impensable d’un point de vue progressiste, commet d’autres atrocités, mais, comme les précédents, elle est, en fait, le sous-produit réactif de son apparent contraire que l’on peut désigner par l’oxymore : « totalitarisme libéral ». En effet, de plus en plus destructeur de tout ordre naturel, pour soumettre les atomes humains génétiquement modifiables au marché absolu et universel, celui-ci engendre ces monstrueuses réactions.

Par quelles nouvelles horreurs les utopies des hommes les feront-ils passer ?

Patrick Malvezin

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