Amen, amen, dico vobis : quia plorabitis et flebitis vos, mundus autem gaudebit: vos autem contristabimini, sed tristitia vestra vertetur in gaudium. [Jn 16, 20]
L’Évangile de ce troisième dimanche de Pâques fait partie du soi-disant « discours d’adieu » que Notre Seigneur adresse aux Apôtres dans le Cénacle le soir du Jeudi Saint, avant d’aller prier à Gethsémani et d’être arrêté par les gardes du temple. Judas est déjà sorti pour Le trahir (Jn 13, 30) et peu après, il livrera l’Agneau Immaculé à ses bourreaux, recevant les trente pièces d’argent. Le « modicum » dont parle le Seigneur (Jn 16,16) fait référence à la courte période entre Sa mort sur la Croix (vous ne me verrez plus) et la Résurrection (un peu encore et vous me reverrez), annonçant alors la joie définitive qu’aucune épreuve ne peut enlever. Ce n’est pas un hasard si la douleur des disciples est comparée à celle des douleurs de l’accouchement d’une femme qui donne naissance à un enfant. Il rappelle les épreuves de l’âme au moment où tout semble perdu — le Maître mis à mort, les disciples dispersés, le reniement de Pierre, la victoire apparente des conspirateurs du Sanhédrin — et la joie ressentie lorsque les souffrances disparaissent au cri d’une nouvelle vie qui s’ouvre au monde.
Nous voyons donc le Mystère de la Rédemption assimilé à la naissance d’une créature, comme pour rappeler la Regina Crucis, la Femme vêtue de soleil (Ap 12, 1) – figure de la Vierge Mère et de l’Église – en train d’accoucher tandis qu’un dragon (Satan) s’apprête à dévorer son enfant mâle (le Messie, le Christ). L’accouchement symbolise l’engendrement de l’Église à travers les persécutions et les épreuves historiques ; les douleurs de l’enfantement représentent le prix de la Rédemption et du témoignage évangélique, mais elles culminent dans la victoire divine. Le fils est enlevé près du trône de Dieu (Ap 12, 5), annonçant la Résurrection et l’Ascension. Comme l’observe l’exégèse, les douleurs de l’enfantement dans l’Évangile de Jean illustrent les épreuves de la Passion du Seigneur et de la proclamation de l’Évangile, tandis que dans l’Apocalypse elles expriment le même mystère appliqué à la naissance du Messie et à la vie de l’Église militante, entravée par le mal mais protégée par Dieu. Cette image biblique revient aussi dans l’Épître aux Galates — je suis de nouveau en travail jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous, dit Saint Paul (Ga 4, 19) — et souligne la fécondité génératrice de la Foi.
Les douleurs de l’accouchement symbolisent aussi le travail de l’âme, appelée à se purifier des concupiscences afin d’être pure et sainte en présence de Dieu, comme nous lisons dans l’Épître de la Messe : Je vous exhorte, en tant qu’étrangers et pèlerins, à vous abstenir des désirs de la chair qui font la guerre à l’âme (1 P 2, 11). Saint Pierre le dit explicitement : en tant qu’étrangers et pèlerins, car nous sommes de passage en ce monde, en route vers notre but surnaturel. L’illusion d’un paradis sur terre nous maintient ancrés dans la chair, alors que nous sommes appelés aux réalités du Ciel.
Sur cette terre, chers amis, nous sommes effectivement de passage, mais en tant que soldats enrôlés dans une milice spirituelle. Et dans ce service militaire, nous sommes appelés à pratiquer l’usage des armes spirituelles et à combattre les ennemis de l’âme, selon l’admonition de saint Paul :
Revêtez-vous de l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister aux embûches du diable. Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits mauvais répandus dans l’air. C’est pourquoi prenez l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister au jour mauvais, et après avoir tout surmonté, rester debout. Soyez donc fermes, les reins ceints de la vérité, revêtus de la cuirasse de justice, et les sandales aux pieds, prêts à annoncer l’Évangile de paix. Et surtout, prenez le bouclier de la foi, par lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Malin. Prenez aussi le casque du salut, et le glaive de l’Esprit, qui est la parole de Dieu. (Éph 6, 11-17).
Armure, cuirasse, chaussures, bouclier, casque, épée : l’équipement militaire du miles Christi est assuré par la Grâce du Baptême que nous avons tous reçue et par la Confirmation que Davide, Nicola, Ettore, Giovanni et Nicola viennent de recevoir, devenant de véritables soldats du Christ. Le caractère sacramentel imprimé par la Confirmation constitue un sceau indélébile qui configure de façon permanente l’âme des fidèles à Notre Seigneur Jésus-Christ et l’insère plus profondément dans Son Corps Mystique. Ce caractère perfectionne la Grâce baptismale, rendant le baptisé capable de témoigner de la Foi avec plus de force et de responsabilité. L’image des pierres vivantes de l’Église, tirée de la Première Lettre de Pierre (1 P 2, 4-5), exprime efficacement cette réalité : les fidèles, unis au Christ comme pierre angulaire, sont édifiés comme édifice spirituel, membres vivants et dynamiques du Corps Mystique, chacun appelé à contribuer à la croissance et à la sanctification de toute la communauté ecclésiale.
Il y a aussi un aspect peu connu qui peut éclairer davantage notre méditation. Dans les briques et tuiles romaines et paléochrétiennes, il était d’usage d’estamper un timbre (sigillum) portant le nom de l’usine de briques, le nom du propriétaire et parfois l’indication de l’usage prévu (bâtiment public, villa, temple). Cette marque n’était pas ornementale, mais légale et fonctionnelle : elle attestait de l’origine certaine du matériau et en déterminait l’usage prévu, garantissant son authenticité et son intégrité dans la construction. De la même manière, le caractère de la Confirmation marque l’âme avec le « sceau » divin. Le divin Architecte est le Saint-Esprit, qui agit par le Sacrement conféré par le ministre de l’Église ; l’usage est l’édification du Royaume de Dieu dans l’histoire. Ce sceau spirituel indique que l’âme appartient irrévocablement à la Très Sainte Trinité, qui l’a choisie et l’a conformée au Christ ; il en précise la fonction : la personne confirmée est destinée à être pierre vivante dans l’Église, appelée à témoigner publiquement de la Foi. Ce sceau spirituel en garantit la permanence : tout comme le timbre imprimé sur la brique ne peut être effacé sans détruire la brique elle-même, ainsi le caractère sacramentel est indélébile et survit même au péché grave, rendant toujours possible de revenir à la pleine communion ecclésiale.
La Confirmation, très chers jeunes, n’est donc pas un simple rite de passage, mais l’empreinte divine qui vous transforme en un élément structurel de l’Église. Marqué par ce sceau, vous portez en vous la responsabilité de contribuer de façon permanente à la construction du temple spirituel, manifestant dans le monde la beauté et la solidité du lieu de demeure de Dieu parmi les hommes. Cette conscience invite chacun d’entre nous à vivre sa vocation avec fidélité et courage, conscients que nous sommes, par grâce, des pierres précieuses et irremplaçables dans l’édifice éternel du salut.
Mais comment cela ? Comment combattre le bonum certamen (2 Tim 4, 7) et mériter la palme de la victoire ? Comment peut-on consacrer sa vie à suivre le Christ et garder la Foi intacte ?
La Collecte de la Messe nous l’explique ainsi :
Deus, qui errantibus, ut in viam possint redire justitiæ, veritatis tuæ lumen ostendis : da cunctis, qui christiana professione censentur, et illa respuere, quæ huic inimica sunt nomini ; et ea quæ sont apta, sectari.
Ô Dieu, qui montrez la lumière de ta vérité à ceux qui se trompent, afin qu’ils reviennent sur le chemin de la justice : accordez à tous ceux qui professent la foi chrétienne qu’ils puissent rejeter ce qui s’y oppose et suivre ce qui lui est propice.
Et comment traverser le désert dans le pèlerinage vers la terre promise ? Où pouvons-nous trouver la nourriture surnaturelle qui fortifie l’âme au cours de ce voyage ? Avec la Très Sainte Eucharistie, nourriture des Anges, Manne mystique, remède d’immortalité, nourriture des âmes saintes. Aujourd’hui, Nicolas s’approchera pour la première fois du Banquet eucharistique : je vous invite à prier pour lui, afin qu’il soit entièrement dédié au Seigneur dans le Saint-Sacrement, tel un tabernacle vivant, afin qu’il puisse grandir à la lumière de la Foi et au feu de la Charité.
Chers amis, restez fidèles ! Gardez la flamme de la Foi Catholique, du Sacerdoce Catholique et de la Sainte Messe. Restez fidèles à la Sainte Église Catholique, à l’Église Apostolique Romaine, rejetant toutes les erreurs qui s’opposent et même nient la Vérité Catholique, et évitez ceux qui les propagent. Ces temps de grande épreuve spirituelle, comme les douleurs de l’accouchement, prendront bientôt fin : en vérité, en vérité, je vous dis, vous pleurerez et vous vous attristerez, mais le monde se réjouira. Vous serez affligés, mais votre affliction se transformera en joie (Jn 16, 20). Ainsi soit-il.
+ Carlo Maria Viganò, Archevêque
Bassano del Grappa, 26 Avril MMXXVI, Dominica III post Pascha
© Traduction de F. de Villasmundo pour MPI relue et corrigée par Mgr Viganò
Cet article vous a plu ? MPI est une association à but non lucratif qui offre un service de réinformation gratuit et qui ne subsiste que par la générosité de ses lecteurs. Merci de votre soutien !