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Guerre au Proche-Orient : Israël veut envoyer les Gazaouis en Europe

La crise humanitaire à Gaza, octobre 2023
La crise humanitaire à Gaza, octobre 2023

La guerre en Palestine signifierait-elle de nouvelles vagues migratoires vers l’Europe ? Des responsables israéliens demandent au Vieux continent d’accueillir les « réfugiés » de la bande de Gaza assiégée.

Des responsables politiques israéliens favorables à une « migration volontaire » des Gazaouis, chassés manu militari c’est le cas de le dire de la bande de Gaza

Le quotidien américain The Wall Street Journal a publié une tribune donnant la parole à des responsables politiques israéliens demandant à l’Europe d’accueillir les Gazaouis assiégés par l’armée israélienne dans cette bande de terre de 2,5 millions d’habitants sur 360 km2 avant la reprise du conflit quasi-séculaire entre Israël et les Palestiniens, le 7 octobre 2023. Le ministre du gouvernement Nétanyahou, Bezalel Smotrich, s’est également dit favorable à une « migration volontaire » des Palestiniens de Gaza.

Il n’y a certainement que lui et quelques autres qui oseront parler de migration « volontaire » alors que les Gazaouis font face à des bombardements non-stop de Tsahal depuis plus de 6 semaines et à une obligation d’exode sans précédent. « Les frappes aériennes intenses et les opérations terrestres menées par la suite dans la bande de Gaza ont contraint plus de 800 000 personnes à se déplacer après un appel d’Israël à évacuer la partie nord de l’enclave, où se trouve la majeure partie des infrastructures du Hamas, rappelle The Times of Israel. Les organismes humanitaires présents dans la bande de Gaza ont qualifié la situation de catastrophique, et si l’aide internationale parvient lentement aux civils, elle ne contribue guère à alléger le fardeau. »

Danny Danon, haut responsable du Likoud (parti du Premier ministre Benyamin Nétanyahou) et ancien ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies (2015-2020), et Ram Ben-Barak, député du parti d’opposition Yesh Atid et ancien haut responsable du Mossad, ont ainsi appelé, dans le Wall Street Journal, l’Europe à accueillir les Gazaouis qui « cherchent » à émigrer. « L’Europe a une longue histoire d’assistance aux réfugiés fuyant les conflits. Les guerres dans l’ex-Yougoslavie ont déplacé des millions de personnes » accueillies en grand nombre par l’Allemagne, l’Autriche et la Suède, ont-ils écrit.

Les deux opposants politiques réunis pour l’occasion, trouver une autre terre pour les Palestiniens de Gaza, ont appelé « les pays du monde entier à accepter un nombre limité de familles gazaouies ayant manifesté le désir de se réinstaller ». Danon et Ben-Barak ont critiqué les Nations unies pour « n’avoir rien fait de concret pour venir en aide aux habitants de Gaza » et ont exhorté la communauté internationale à « explorer des solutions alternatives afin d’aider les civils pris dans la crise » et à « offrir un refuge aux habitants de Gaza qui cherchent à se réinstaller ». « Il suffirait qu’un très petit nombre de pays dans le monde se partagent la responsabilité d’accueillir les habitants de Gaza. Même si chaque pays n’accueillait que 10 000 personnes, cela contribuerait à atténuer la crise », poursuivent-ils.

L’Europe « doit faire preuve de compassion », toujours selon ces Israéliens

Mais non seulement les Européens doivent ouvrir leurs portes aux Palestiniens chassés de leur terre par l’armée israélienne sous les ordres de Netanyahu mais, comble de l’ironie, c’est Israël qui invoque un devoir moral, de solidarité, « de compassion » auquel l’Europe ne pourrait se soustraire : l’Europe « doit faire preuve de compassion » écrivent-ils.

Et de continuer dans ce registre culpabilisateur à l’égard des nations du Vieux Continent sommées de recevoir les Gazaouis pour leur offrir « un avenir plus prospère » qu’Israël se refuse de leur donner sur leur terre palestinienne :

« La communauté internationale a l’obligation morale – et la possibilité – de faire preuve de compassion, d’aider les habitants de Gaza à s’orienter vers un avenir plus prospère et de travailler ensemble pour apporter la paix et une plus grande stabilité au Moyen-Orient. »

Etonnement les gouvernements européens qui soutiennent « inconditionnellement » Israël, ont très vite exprimé leur désapprobation d‘un tel plan. Ainsi en est-il du Premier ministre hongrois Viktor Orban qui a averti que « ceux qui soutiennent la migration soutiennent également le terrorisme ». Peu après, la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a annoncé que son pays renforcerait ses contrôles aux frontières. De son côté le gouvernement britannique n’a pas répondu aux appels à accueillir des réfugiés de Gaza, alors que le Premier ministre écossais Humza Yousaf qui a épousé une Palestinienne a évoqué la possibilité d’accorder un passage sûr vers l’Écosse aux habitants de Gaza qui souhaitent partir.

Les gouvernements européens qui soutiennent « inconditionnellement » Israël, ont très vite exprimé leur désapprobation d‘un tel plan

Comme le souligne ironiquement Maitre De Vizio, il est extraordinaire qu’Israël qui nous explique d’un côté qu’il faut soutenir ses bombardements sur Gaza puisque tous les Gazaouis sont des terroristes au moins en puissance, et que c’est donc la « lutte contre le terrorisme », etc, etc., veut tout de même refiler à l’Europe ces possibles terroristes …

En résumé, la France va devoir accepter sur son territoire quelques dizaines de milliers, voire centaines de milliers de réfugiés palestiniens, terroristes en acte ou en puissance. « N’est-ce pas merveilleux Damien Rieu, Pierre Sautarel et surtout Éric Zemmour » ironise un autre commentateur de la question.

Juxtaposer la lutte contre l’immigration musulmane chez nous avec la lutte d’Israël contre les Palestiniens, soutenir Israël « inconditionnellement » à cause du problème migratoire en Europe, est une grave erreur d’analyse géopolitique que commettent trop de responsables politiques de la droite identitaire à courtes vues politiques, tant en France qu’en Italie ou ailleurs en Europe.

La guerre entre Israéliens et Palestiniens qui se déroule en Palestine depuis des décennies, et l’invasion migratoire en Europe, ont des causes politiques et historiques bien différentes, même si elles ont un pont commun, l’Islam professé tant par certains Palestiniens que par certains immigrés. Ces deux tragédies doivent recevoir des réponses et solutions appropriées mais séparées l’une de l’autre.

Francesca de Villasmundo

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