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Jérusalem « capitale éternelle » d’Israël ?

Puisque la justification première des prétentions sionistes d’aujourd’hui à faire reconnaître Jérusalem comme « capitale d’Israël depuis trois mille ans » se fonde à l’origine sur l’interprétation « historique » (biblique) des textes prophétiques, car Jérusalem n’est pas du tout mentionnée dans la Torah, il n’est pas inutile de s’y référer !

Jérusalem est indissociable de la saga de David qui est surtout relatée dans les livres de Samuel qui ont conduit à le considérer comme étant le premier « roi d’Israël », ayant – au fil de guerres successives – rallié les tribus des hébreux d’un côté et défait les tribus locales, essentiellement cananéennes, de l’autre…

L’un des meilleurs spécialistes actuels de la bible est certainement André Chouraqui qui a publié une nouvelle traduction des textes bibliques qui fait autorité dans le monde juif.

En prémbule de sa traduction des deux livres de Samuel il note :

« Comme beaucoup d’autres livres de la Bible, ceux de Samuel n’ont pas été écrits pour raconter l’histoire d’un point de vue littéraire ou scientifique. L’intention prophétique est partout évidente. »

http://www.spiritualland.org/Les%20Bibles%20Version%20Html/Bible%20-%20Version%20Chouraqui/Shemouel%201%20%20Samuel.html

Or on trouve à la fin du second livre de Samuel, au tout dernier chapitre, le XXIVeme, les versets 1 et 2 suivants :

« La colère de Yhwh s’étant de nouveau allumée contre les Israélites, il incita David contre eux en disant : ‘‘Procède au dénombrement d’Israël et de Juda’’.

Le roi dit à Joab, le chef de l’armée, qui était près de lui : ‘‘Parcours, je te prie, toutes les tribus d’Israël depuis Dan jusqu’à Bersabée, et recense le peuple, afin que je connaisse le chiffre de la population’’. »

Chacun peut comprendre que Juda y est explicitement mentionné en plus d’Israël et que David, répondant aux injonctions de Yhwh se précipite pour faire recenser Israël, « ignorant » superbement Juda…

Ceci ne peut avoir que deux interprétations :

Si tant est que ce royaume – dont il n’existe aucune trace archéologique – ait un jour existé, son existence aura été des plus éphémères !

Certes, il est écrit : [II – Sam.V – 5]

« À Hèbron, il règne sept ans et six lunaisons sur Juda; et à Jérusalem, il règne trente-trois ans sur tout Israël et Juda. »

David aurait conquis sur les Jébusites la bourgade de Jérusalem fondée cinq siècles plus tôt par les Hyxôs chassés du delta du Nil à la fin de la seconde période intermédiaire…

Mais comme l’a souligné Chouraqui : les livres de Samuel n’ont pas été écrits « pour raconter l’histoire d’un point de vue scientifique ».

Les durées sont donc pour le moins sujettes caution et quand bien même cette durée était avérée, cela est quelque peu infinitésimal en regard des « trois mille ans » toujours mis en avant aujourd’hui part la propagande judéo-sioniste…

Pourtant on voit déjà là qu’Israël et Juda sont deux entités territoriales et politiques distinctes .

Et après ce royaume double de David, l’existence même de celui de Salomon, hors contexte biblique, est totalement inconnue !

Le statut réel de Jérusalem, à l’époque supposée de David et de Salomon, revêt une importance différente selon qu’il est décrit dans la Bible (comme la capitale importante et prospère d’un grand « royaume unifié ») ou, au contraire, selon les données archéologiques qui contredisent radicalement une telle vision.

Le jugement de l’archéologue Israël Finkelstein, l’auteur de « La bible dévoilée » est sans appel :

« L’idée que la modeste Jérusalem du Xe siècle, avec son arrière-pays à l’habitat clairsemé, ait régné sur les riches et prospères cités-États des lointaines vallées du Nord est tout à fait absurde. »

Selon Mario Liverani, auteur de « La Bible et l’invention de l’Histoire », ce « royaume unifié » n’est qu’une construction tardive des rédacteurs de la Bible, écrite pendant et au retour de l’exil à Babylone, et dont le contenu idéologique répond au besoin du moment : la Judée étant devenue province de l’Empire perse, il n’y avait plus alors de « royaume de Juda » !

L’archéologue David Ussishkin, spécialiste israélien reconnu des monuments hittites, initiateur des fouilles des sites de Lakish et Megiddo, a clairement démontré que « la Jérusalem de l’époque de Salomon n’est qu’un petit village pauvre et dépourvu de fortifications ».

Or après le règne, réel ou supposé, de Salomon, plus jamais dans l’Histoire, une entité politique indépendante portant le nom d’Israël et ayant Jérusalem pour capitale n’existera !

Aussi énorme que cela paraisse, il suffit de lire la bible – toujours invoquée – pour en être convaincu !

Au total, cette affaire de « Jérusalem capitale d’Israël », si elle a existé, n’aura donc pas duré un siècle …

C’était il y a trois mille ans !!!

Ensuite le royaume d’Israël (dit aujourd’hui « royaume du nord » pour ne pas dévaloriser l’image du nom Israël) va rapidement disparaître en tant qu’état. C’est le roi Omri qui bâtit sa capitale, Samarie, en -880…

Le nom en restera attaché à la province par la suite…

Les Assyriens s’emparent de la Galilée en -732.

En -724, Osée cherchera à s’allier à l’Égypte, pourtant l’occupant historique millénaire, pour se libérer de la pression assyrienne, mais l’armée de Salmanazar V bat les troupes israélites et assiège la capitale, Samarie, qui tombe en 722 av. J.-C.

Selon la méthode assyrienne, une très grande partie des dirigeants et de la population est alors déportée dans d’autres régions de l’empire assyrien.

Selon l’archéologue Israël Finkelstein, les trois quarts de la population (environ soixante mille personnes) ont été alors déportés vers la partie orientale du royaume assyrien, où ils vont se fondre dans les populations locales : le royaume d’Israël sera ainsi l’objet d’une vaste opération de grand remplacement qui conduira à un repeuplement du royaume d’Israël (en gros géographiquement la Samarie) par des populations n’ayant aucun lien, ni de sang ni de culture, avec le monde judaïque !

Dit autrement, on peut affirmer qu’à partir de la fin du VIIIeme siècle, le « royaume d’Israël » (la Samarie) sera très majoritairement – sinon exclusivement – peuplé de non-Hébreux !

Ces populations transplantées depuis l’est de l’Empire assyrien constitueront le peuple des « Samaritains », objet ultérieur de la haine compulsive et du mépris récurrent des juifs revendiqués…

Le petit royaume de Juda connaîtra une plus grande longévité et sera marqué par l’affirmation yavéhique, notamment grâce à Ezéchias qui dès après 700, politiquement, paiera tribut aux états du nord…

Ce n’était donc déjà plus un état proprement indépendant et même s’il eut pour capitale Jérusalem, il ne s’est jamais appelé… Israël !

Cette période dite du « premier temple » s’achèvera par la conquête assyrienne de Nabuchodonosor II.

Après sa victoire sur Jérusalem en -597, Nabuchodonosor II conduira le roi Joaqim, avec la noblesse et l’élite intellectuelle de Juda, à Babylone (soit environ trois mille personnes selon les estimations les plus sérieuses) mais il maintiendra la dynastie régnante de Juda en place.

Mathanias (Mattanyahou), le frère cadet d’Elyaqîm et de Joachaz, avait pourtant peu de chance d’accéder jamais au trône de Juda, mais il y est installé par Nabuchodonosor sous le nom de Sédécias.

Ce dernier se révèlera faible, calculateur, manipulé par les officiers qui l’entourent, hostile à Nabuchodonosor… et finalement comploteur contre lui !

Nabuchodonosor revient alors avec son armée, il assiège Jérusalem et s’empare de Sédécias (- 587).

Déposé, ses fils exécutés, les yeux crevés, il est envoyé en exil…

Consécutivement, le temple de Jérusalem, aujourd’hui considéré comme le symbole de la nation judéenne, sera alors détruit en -586.

Si l’on y réfléchit bien, c’est le comportement félon et la sédition de Sédécias qui va conduire à la répression assyrienne et à la destruction du Temple : lors de la conquête proprement dite du territoire, dix ans plus tôt, son intégrité, et son temple, avait été respectés !

Par la suite, jamais plus une structure juive indépendante n’existera en Palestine !

Ce qu’il ne faut évidemment pas confondre avec la négation d’une présence juive à Jérusalem, tant à l’époque du Royaume de Juda, qu’à celle de la province perse de Yeoud Medinata, ou du royaume colonial grec et hasmonéen puis romain et hérodien et enfin qu’à celle la province romaine hadrienne de Syro-Palestine…

Ce contexte ne doit pas non plus occulter le rayonnement religieux indiscutable du fameux « second temple » durant les cinq derniers siècles av. JC et la position évidente de Jérusalem comme capitale religieuse du judaïsme jusqu’à la destruction dudit temple.

Cette présence juive – qu’il ne faut pas associer à une quelconque indépendance politique et territoriale répétons-le – est patente, jusqu’au bannissement des juifs de la ville par l’empereur Hadrien après la défaite finale de Bar-Kokhba à Bétar (+ 135)…

Depuis cette période la présence juive dans la région n’excédera pas quelques dizaines de milliers de personnes jusqu’au fameux « mouvement du retour » initié par Hertzl et le sionisme naissant… donc au milieu du XIXeme siècle !

Au point que lorsque des financiers juifs russes sionistes voulurent acheter des terres à Jérusalem pour y construire des « quartiers juifs » ils durent les installer hors les murs de la ville historique, tel l’emblématique Mea Sharim, qualifié aujourd’hui de « plus ancien quartier juif historique », mais qui ne date que de 1875 !

A tout prendre, la seule époque où il a existé une entité politique indépendante recouvrant l’ensemble du royaume fantasmé de Salomon, et même au-delà, est celle du Royaume Latin de Jérusalem qui dura près de deux siècles et qui eut bien Jérusalem pour capitale…

Mais il ne s’appelait pas Israël, et – oh horreur !- c’était un royaume chrétien : celui des croisés !

Aujourd’hui c’est donc enfin chose faite : un état appelé Israël, formé d’immigrés, a enfin Jérusalem pour capitale reconnue sur le plan international par certains pays!

Cela ne va pas sans heurts violents avec les populations locales dépossédées de leurs terres, sans parler des deux million de palestiniens chassés depuis la création de l’état d’Israël sans droit au retour, ce qui représente beaucoup de monde pour une « terre sans hommes » qui aurait attendu ces « hommes sans terre ».

Le « droit au retour » est limité, comme toujours, à ceux qui n’en sont jamais « partis » car tant eux-mêmes que leurs parents ou leurs grands-parents sont nés ailleurs et n’ont aucune attache avec cette terre…

Une tradition depuis le retour d’exil de Babylone : il y avait déjà très peu de chance pour que ceux qui étaient « rentrés » en Judée avec Esdras( – 450) aient été ceux qui en étaient parti ( – 580) près de cent cinquante ans plus tôt !

Aujourd’hui plus de cinquante palestiniens sont morts dans des manifestations de refus!

Le prix de la provocation de Donald Trump !…

Nous en sommes tous responsables : c’est le fruit de la lâcheté de chacun, de la pusillanimité de nos gouvernants, de l’immobilisme des instances internationales, comme du mépris et de l’abandon des populations locales.

Demain ce ne seront plus uniquement les Palestiniens, mais aussi nos Lieux Saints, chrétiens ou musulmans, et les clergés qui s’y rattachent, qui seront les cibles des Israéliens…

Personne ne bougera ?

Peut-être alors l’Occident devenu ex-chrétien commencera-t-il à comprendre !

Claude Timmerman

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