« La France est en guerre depuis ce matin »
Le 2 mars, sur la chaîne Public Sénat, le général Vincent Desportes avait prévenu : « La France est en guerre depuis ce matin ».
Ce général a très justement expliqué qu’à partir du moment où la France a annoncé mener « des actions défensives proportionnées » dans le cadre de l’actuel conflit contre l’Iran, cette position implique de « prendre part » à cette guerre.
La veille, le dimanche 1er mars, lors d’un Conseil de défense, Emmanuel Macron a affirmé que la France allait « réhausser sa posture » et « l’adapter à l’évolution des dernières heures. » Ensuite, au cours de la soirée, un communiqué conjoint de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne a annoncé que ces trois pays se préparaient à des « actions défensives proportionnées » dans l’optique de « détruire à la source la capacité de l’Iran à tirer des missiles et des drones. »
Le général Vincent Desportes a ajouté que si « la France mène des actions défensives », cela signifie que « des Rafale vont décoller et tirer des missiles pour réduire les armes qui tirent depuis l’Iran. » « Nous sommes partie prenante de cette guerre, cela dépasse la guerre régionale. On est dans une guerre tellurique de recomposition du Moyen-Orient et du monde », a averti l’ancien directeur de l’Ecole de guerre.
Quant aux acteurs qui ont déclenché cette guerre, le général Vincent Desportes a donné son avis : « Au fond, nous sommes face à deux guerres. Elles ont été préparées et planifiées ensemble, mais elles sont distinctes, car les buts de guerre ne sont pas les mêmes. 95 % des Israéliens souhaitent que Netanyahou aille jusqu’au bout, alors qu’aux Etats-Unis, la plupart des Américains sont opposés à cette intervention, même dans la base du président Trump ». Le général Vincent Desportes a ajouté ce commentaire : « toutes les guerres américaines s’arrêtent par le peuple américain ».
« Dans cette histoire tout le monde se fiche du peuple iranien, que ce soient les Américains ou les Israéliens »
« L’histoire du monde montre que ce n’est pas possible de provoquer un changement de régime par des bombardements. Peut-être que le pouvoir s’effondrera, mais en Irak, la guerre n’est toujours pas finie 23 ans plus tard. Dans cette histoire tout le monde se fiche du peuple iranien, que ce soient les Américains ou les Israéliens. », estime le général Desportes qui considère que Donald Trump est guidé en partie par « l’argent », puisque « cette guerre l’enrichit encore », en particulier avec la flambée des prix du pétrole.
« Il a dû penser qu’un succès rapide allait redorer son blason après l’inflation et l’affaire Epstein, mais l’opinion américaine ne le suivra pas très longtemps. Or, les campagnes de bombardement, ça peut durer longtemps. Si Trump arrive à nous refaire une Maduro, il va le faire et il essayera de s’arranger avec les gens qui veulent garder leur pouvoir et leur argent », poursuit le général Vincent Desportes.
Aider les pays du Golfe persique sans aider Israël ?
Le journal américain Al-Monitor a aussitôt titré que la France et la Grande-Bretagne sont prêtes à défendre les pays du Golfe persique contre les missiles iraniens.
Selon Al-Monitor, la France et la Grande-Bretagne ont brusquement changé leur rhétorique après l’attaque par un drone iranien d’une base militaire britannique à Chypre. Londres et Paris déclarent être prêts à aider les pays du Golfe persique à intercepter les missiles et les drones iraniens, mais affirment qu’ils ne participeront pas à des opérations offensives contre Téhéran.
Cependant, le journal Al-Monitor considère, en citant des sources diplomatiques, que, compte tenu de la «division diplomatique entre Israël et la France à propos de la bande de Gaza, des relations extrêmement tendues entre Macron et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, ainsi que de la réticence de Paris à participer à l’opération militaire [du président américain Donald] Trump en Iran, il est peu probable que la France aide Israël à intercepter des missiles ou des drones iraniens», comme elle l’a fait depuis sa base en Jordanie lors des attaques iraniennes contre Israël en octobre 2018. Un diplomate a ajouté qu’il serait politiquement plus facile pour la France et la Grande-Bretagne d’aider à intercepter les missiles pour les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe persique que de coopérer avec Israël »
Mais, dans une telle guerre, le simple fait d’intervenir n’équivaut-il pas déjà à aider Israël ?.
Le porte-avions Charles de Gaulle, accompagné d’un groupe aéronaval, se dirige vers la Méditerranée
Emmanuel Macron a déclaré que la France devait soutenir le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis dans le cadre d’un accord de défense mutuelle :
« Surtout en ces temps difficiles, nous avons des accords de défense mutuelle qui nous lient au Qatar, au Koweït et aux Émirats arabes unis. Les deux derniers ont été particulièrement attaqués, et nous devons les soutenir ».
« J’ai ordonné au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de mettre le cap sur la Méditerranée », a déclaré Macron dans un discours télévisé mardi après avoir mis en garde contre le risque que le conflit déborde des frontières européennes.
Le Charles de Gaulle transporteur a été retiré d’un déploiement dans l’Atlantique Nord pour se diriger vers la Méditerranée orientale. Il a fait escale dans le port suédois de Malmö la semaine dernière.
« En plus des moyens déjà en place, des avions Rafale, des systèmes de défense aérienne et des avions radar aéroportés ont été déployés ces dernières heures» dans la région, a-t-il ajouté.
Pierre-Alain Depauw
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