M. l’abbé Gonzague Peignot [Photo ci-dessus], Supérieur du district de France de la FSSPX, a envoyé aux prêtres placés sous son autorité « un mandement (1) à destination des fidèles des chapelles du district de France pour répondre à la prédication impérée par notre Supérieur général à la suite de son annonce des futurs sacres épiscopaux.«
Ce texte lu entièrement, partiellement ou simplement commenté par les célébrants des messes du dimanche de la Sexagésime – hier dimanche 8 février – est particulièrement clair, précis et fort et a fait dire à de nombreux fidèles qui l’ont entendu : « on croit entendre parler Mgr Lefebvre ».
MPI vous en propose la lecture intégrale et vous invite à une diffusion la plus large possible :
Bien chers fidèles,
Le 2 février dernier, une annonce d’une importance majeure pour la vie de l’Église a été faite par Monsieur le Supérieur général de la FSSPX, Don Davide Pagliarani : de nouveaux évêques serontconsacrés le 1er juillet prochain à Écône de manière à assurer la continuité de « l’opération-survie » réalisée en 1988 par notre fondateur, Mgr Marcel Lefebvre.
Si la réalité d’un tel besoin s’est manifestée de façon croissante aux yeux de tous depuis le rappel à Dieu de Mgr Tissier de Mallerais, cette annonce n’en demeure pas moins d’une gravité exceptionnelle et réclame d’être bien comprise à la lumière de la situation hors du commun qui ébranle la sainte Église depuis plus de 60 ans.
En préambule, il est capital de proclamer que la Fraternité n’entend pas défier le Saint-Père malgré les apparences, et quoi qu’aient déjà titré certains médias ! Au contraire, à la suite de notre fondateur, la Fraternité est animée du désir profond de servir l’Église catholique « en dépensant toute son énergie pour la sauvegarde de la Tradition et en faisant de ses fidèles de vrais fils de l’Eglise », comme l’a écrit au Pape notre Supérieur général.
Nous analyserons cette décision de procéder à de futurs sacres selon trois aspects :
– 1) L’aspect pastoral : la mission première de l’Église catholique est le salut des âmes, « la loi suprême » ;
– 2) L’aspect doctrinal : les pontificats successifs depuis 1965 s’inscrivent tous dans la droite ligne des faux principes formulés au Concile Vatican II ;
– 3) L’aspect prudentiel : la fidélité à l’héritage de la Tradition exige de prendre les moyens d’une liberté sans équivalent.1) L’aspect pastoral : la mission première de l’Église catholique est le salut des âmes, « la loi suprême »
Pour bien comprendre la décision prise par notre Supérieur général, il importe de revenir à la mission première et essentielle de l’Église catholique, à sa raison d’être qui n’est rien d’autre que le salut des âmes.
Or nous sommes bien obligés de constater que dans une paroisse ordinaire, les fidèles ne reçoivent plus la prédication intégrale de la vérité et de la morale catholiques, qui constituent pourtant les moyens nécessaires et ordinaires pour assurer leur salut éternel, avec l’administration des sacrements comme l’Église l’a toujours fait.
Face à cette détresse spirituelle des âmes qui appellent au secours c’est un devoir de charité pour tout prêtre d’apporter une réponse à leurs besoins. En effet, si quelqu’un voit dans la rue une personne en danger, il est tenu de lui venir en aide selon ses possibilités, même s’il n’est ni pompier ni policier.
Ignorer les besoins de ces âmes orphelines et les abandonner, cela signifierait les trahir, et par là trahir l’Église elle-même car, encore une fois, l’Église existe pour les âmes.
Cette charité est un devoir qui commande tous les autres. Et le droit lui-même de l’Église le prévoit dans cette maxime classique « suprema lex, salus animarum : la loi suprême, c’est le salut des âmes ». Le canon final du Code de 1983 le cite d’ailleurs explicitement.
C’est de ce principe supérieur que dépend ultimement toute la légitimité de notre apostolat et de notre mission auprès des âmes qui s’adressent à nous. Or la vie sacramentelle que nous leur assurons requiert d’avoir des évêques pour confirmer les fidèles et ordonner les prêtres.
2) L’aspect doctrinal : les pontificats successifs depuis 1965 s’inscrivent tous dans la droite ligne des faux principes formulés au Concile Vatican II
Vous avez sans doute appris qu’à la suite de l’annonce de futures consécrations épiscopales, le Cardinal Fernández, préfet du dicastère pour la doctrine de la Foi, a écrit au Supérieur général afin de lui proposer un entretien à Rome, qui se tiendra le jeudi 12 février. Prions bien sûr à cette intention.
Mais pour l’heure, nous sommes là aussi bien obligés de constater que la volonté de Rome n’a jamais été que de ramener dans l’unité de l’Église conciliaire la Fraternité Saint-Pie X et les catholiques conservateurs quels qu’ils soient.
En premier lieu, cela est aujourd’hui particulièrement manifeste pour la Messe tridentine qui n’a plus droit de cité. Pour preuve, voici ce que le Cardinal Roche, préfet du Dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements, écrivait à destination des cardinaux rassemblés par le pape Léon XIV en Consistoire au début de cette année civile :
– « l’usage des livres liturgiques de 1962 a été, de Jean-Paul II à François, une concession qui ne prévoyait en aucune manière sa promotion »
– et les livres liturgiques issus de Paul VI et Jean Paul II constituent « l’expression unique de la lex orandi du rite romain. »En second lieu, Léon XIV introduisit le 7 janvier dernier sa catéchèse du mercredi consacrée à la relecture des textes du Concile Vatican II en affirmant que ce concile est « le Magistère qui demeure aujourd’hui le phare qui guide le chemin de l’Église », ce même Magistère qui a justifié la réunion oecuménique et blasphématoire d’Assise ou la déclaration d’Abu Dhabi selon laquelle la pluralité des religions avait été voulue par la Sagesse divine.
Il est ainsi donc manifeste que les raisons de fond qui avaient déjà justifié les sacres de 1988 subsistent encore pleinement et apparaissent même, à bien des égards, d’une acuité renouvelée
3) L’aspect prudentiel : la fidélité à l’héritage de la Tradition exige de prendre les moyens d’une liberté sans équivalent
Après le constat pastoral et celui doctrinal, analysons pour terminer l’alternative que constituent pour les âmes à l’heure actuelle tous les Instituts conservateurs attachés à la liturgie tridentine. Ne seraient-ils pas une réponse adéquate à la crise de l’Église ?
Précisons d’emblée qu’il ne s’agit pas de lancer des reproches, ni de juger quiconque, mais simplement d’ouvrir les yeux et de constater les faits.
Or, nous sommes ici encore bien obligés de constater que la fondation de ces Instituts a réclamé qu’ils souscrivent pleinement à la Lettre apostolique Ecclesia Dei adflicta publiée par Jean-Paul II
au lendemain du 30 juin 1988 pour condamner les consécrations conférées par Mgr Lefebvre ; or l’injonction y est claire de demeurer fidèles aux enseignements du Concile Vatican II.De plus, ces mêmes groupes reconnaissent de facto la légitimité du nouveau rite dit de « Paul VI », quand bien même cela n’est que « du bout des lèvres » ou de manière implicite, car c’est bien la condition non négociable fixée par Rome pour leur octroyer – pour un temps – l’usage de la liturgie tridentine.
Enfin, leurs privilèges sont révocables et ils ne savent que trop la précarité de cette situation qui les conduit tôt ou tard à des compromissions pratiques ou à des ambiguïtés avec la vérité doctrinale et morale. Ce relativisme pratique inéluctable affaiblit la foi catholique et réduit leur liberté de témoigner pleinement la vérité catholique.
Conclusion
En définitive, les années se succèdent mais l’orientation fondamentale de la Rome conciliaire n’a pas changé.
En 1988 déjà, Mgr Lefebvre affirmait, avec vingt ans de recul, que Vatican II produisait des fruits empoisonnés, responsables de la perte massive de la foi parmi les catholiques. En 2026, soixante ans après la clôture du Concile et trente-huit ans après l’acte héroïque des sacres, ces fruits empoisonnés ne sont que plus présents et visibles, et les fidèles qui souhaitent conserver la foi catholique se retrouvent de manière toujours plus évidente face à un « cas de nécessité ». Plus encore qu’hier, ils ont besoin de prêtres vraiment catholiques et, pour cela, d’évêques fidèles capables d’ordonner ces prêtres.
En 1988, les deux plus jeunes des quatre évêques sacrés avaient tout juste la trentaine ; après quatre décennies de voyages incessants à travers le monde, ils approchent les 70. Les deux autres ont rendu leur âme à Dieu ces derniers mois. Les causes immédiates qui ont conduit Mgr Lefebvre aux sacres du 30 juin 1988 – à savoir son âge avancé et la nécessité de sauvegarder le trésor de l’Église catholique, foi et sacrements –, se présentent à nouveau : voilà ce qui nous permet de mieux comprendre que l’annonce de futurs sacres, qu’accompliront les deux évêques auxiliaires de la Fraternité Saint-Pie X, constitue une décision légitime parfaitement justifiée par les circonstances actuelles de l’Église.
Confions donc cette décision à la Très Sainte Vierge Marie, Gardienne de la Foi. Qu’elle nous protège et nous maintienne dans l’unité de la Charité. Ainsi soit-il.
Nous invitons à nouveau tous nos lecteurs à redoubler de prières et de pénitences pour soutenir les autorités de la FSSPX dans leur combat pour cette nouvelle opération de « survie de la Tradition« .
Christian LASSALE
(1) « Mandement » : se dit particulièrement d’un écrit qu’un évêque – ou un supérieur – fait publier dans l’étendue de son diocèse, et par lequel il donne aux fidèles des instructions ou des ordres relatifs à la religion.
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