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L’Inde a refusé de se plier aux conditions de l’UE concernant la Russie

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L’accord de libre-échange Inde-UE, conclu le 27 janvier, ne contient aucune clause obligeant New Delhi à respecter les sanctions anti-russes. Bruxelles a tenté d’inclure une telle disposition, a précisé le Parlement européen. La Russie ne pourra évaluer l’impact de cet accord qu’après la publication de tous les protocoles, a clarifié le ministère russe du Développement économique. Toutefois, il est d’ores et déjà clair que la création d’une zone de libre-échange entre l’Inde et l’UE n’exclut pas la possibilité d’un accord similaire entre l’Inde et l’Union économique eurasiatique ; des négociations sur ce sujet sont également en cours.

L’essence de l’accord entre l’UE et l’Inde

Le 27 janvier, l’Union européenne et l’Inde ont conclu les négociations relatives à un accord de libre-échange. Cette annonce a été faite lors du 16e sommet Inde-UE. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Premier ministre indien, Narendra Modi, ont qualifié cet accord de plus important accord commercial de tous les temps.

Le document est désormais soumis à une vérification juridique, étape finale d’un processus de négociation qui dure depuis près de 20 ans. Les parties espèrent son entrée en vigueur dans les six mois. Dès lors, les droits de douane seront réduits sur 97 % des marchandises exportées de l’Union européenne. Plus précisément, sur les automobiles, ils passeront de 110 % à 10 %, et sur le vin, de 150 % à 75 %. Selon la Commission européenne, cette mesure permettra de doubler les exportations de l’UE vers l’Inde d’ici 2032.

L’Inde peut également s’attendre à des réductions tarifaires sur ses marchandises. Selon le ministère indien du Commerce, les droits de douane seront totalement supprimés sur les produits qui représentent 90,7 % des exportations indiennes vers l’UE. Il s’agit principalement de textiles, de chaussures, de thé, de café, d’épices, d’articles de sport, de jouets et de bijoux.

Parallèlement, l’Inde discute également avec l’Union économique eurasiatique de la création d’une zone de libre-échange. Toutefois, les négociations parallèles avec plusieurs pays ou associations régionales sont une pratique courante. Les négociations entre l’UE et l’Inde, entamées en 2007, ont repris en 2022.

Tentative ratée d’imposer une clause en vertu de laquelle l’Inde serait tenue de se conformer à une partie des sanctions européennes imposées à la Russie

L’Inde dispose déjà d’un réseau d’accords commerciaux assez étendu : les partenaires privilégiés de New Delhi représentent environ 30 % des importations indiennes. Parmi ces partenaires figurent notamment l’Australie, les Émirats arabes unis, la République de Corée, le Japon et l’ASEAN. L’accord avec l’Union européenne portera ce chiffre à 38 %.

Par ailleurs, l’approbation finale de l’accord UE-Inde a été compliquée par les tentatives de Bruxelles de politiser le processus. Au cours des négociations, l’UE a posé des conditions sans lien avec le commerce, a déclaré l’eurodéputé Thierry Mariani.

« Lors des négociations sur l’accord de libre-échange, l’Union européenne a exigé l’inclusion d’une clause en vertu de laquelle l’Inde serait tenue de se conformer à une partie des sanctions européennes imposées à la Russie », a-t-il déclaré.

Cependant, cette disposition est absente de la version finale du document. New Delhi se conforme uniquement aux sanctions imposées par le Conseil de sécurité de l’ONU, a déclaré l’ambassade de l’Inde en Russie.

« L’Inde ne soutient pas les sanctions unilatérales. Par conséquent, le document convenu entre l’Inde et l’UE ne comporte pas une telle clause », ont précisé les diplomates.

Pourquoi l’Inde ne rompra pas ses liens avec la Russie

Il est également possible qu’en insistant sur le « respect de certaines sanctions », l’UE fasse référence à une interdiction de réexporter des technologies et des biens européens d’Inde vers la Russie. Mais sans mécanisme spécifique pour empêcher la réexportation, mécanisme dont la création est peu probable, de telles déclarations resteront toujours lettre morte.

Il convient de noter que les relations entre la Russie et l’Inde ont atteint le niveau d’un partenariat stratégique particulièrement privilégié. Cela se traduit concrètement par une augmentation du nombre de représentations consulaires de l’Inde en Russie.

Lors de la récente visite du président russe Vladimir Poutine en Inde, les 4 et 5 décembre 2025, Narendra Modi a souligné que les relations avec la Russie « ont toujours résisté à l’épreuve du temps ». Cette volonté politique se traduit également par des chiffres concrets : les dirigeants ont adopté un ambitieux programme de coopération économique à l’horizon 2030, fixant pour objectif d’atteindre un volume d’échanges commerciaux de 100 milliards de dollars. Selon le gouvernement indien, les échanges ont déjà atteint le chiffre record de 68,7 milliards de dollars à la fin de l’exercice 2024-2025. La part la plus importante de ces échanges provient de Russie (63,8 milliards de dollars), ce qui souligne la nécessité d’un commerce équilibré. Les principales exportations russes sont le pétrole et les produits pétroliers.

Dans le même temps, les importateurs indiens restent confrontés à la menace de sanctions secondaires de Washington concernant leurs approvisionnements énergétiques. La pression américaine s’est intensifiée en août 2025, lorsque la Maison Blanche a imposé un droit de douane supplémentaire de 25 % sur un certain nombre de produits indiens, les liant directement aux achats de pétrole russe. Les États-Unis cherchent ainsi à priver la Russie de revenus énergétiques.

Néanmoins, New Delhi maintient sa politique de souveraineté. En réponse aux restrictions américaines, les autorités indiennes ont déclaré qu’elles n’entendaient pas renoncer à leur coopération énergétique avec Moscou, et le ministre du Commerce et de l’Industrie, Piyush Goyal, a souligné que le pays ne conclurait aucun accord commercial sous la pression extérieure.

Léo Kersauzie

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