De la férie : messe du mardi de la première semaine de la Passion – Le divin Daniel dans la fosse aux lions
Rome, la Station était autrefois à l’Église du saint martyr Cyriaque, et elle est encore marquée ainsi au Missel Romain ; mais cet antique sanctuaire ayant été ruiné, et le corps du saint diacre transféré dans l’Église de Sainte-Marie in Via lata, c’est dans cette dernière que la Station a lieu présentement. Les Ordines Romani observent qu’aujourd’hui on ne célébrait pas de station, ce qui, en cette semaine de la Passion au caractère si archaïque, peut être un reste de la très ancienne discipline qui excluait la procession et la messe stationnale les lundis, mardis et jeudis de toute l’année, sauf aux fêtes des martyrs. Les origines du titulus Cyriaci remontent au commencement du IVe siècle, mais son fondateur doit, selon toute probabilité, être distingué de l’autre Cyriaque martyr, enseveli sur la voie d’Ostie, et qui, en raison de l’homonymie, finit par devenir le patron titulaire de la basilique de Cyriaque sur le Quirinal. Cet édifice fut restauré successivement sous Hadrien Ier, Léon III et Grégoire IV. Saint Bruno, le célèbre fondateur des Chartreux, sanctifia lui aussi ce lieu où il établit un groupe de ses moines qui y résidèrent presque jusqu’à nos jours. Mais la vénérable église tombant en ruines, elle fut remplacée par un nouveau temple, dédié à la Reine des Anges, et le génie de Michel-Ange sut merveilleusement y adapter les antiques salles des Thermes de Dioclétien. La station de ce jour passa au contraire à la basilique de Sainte-Marie in Via Lata. Dans cette église, à côté de laquelle s’élevait dès le IXe siècle un célèbre monastère de femmes, le culte de saint Cyriaque est très ancien, puisqu’il semble que dès le haut moyen âge on y ait transporté, du cimetière de la voie d’Ostie, le chef de ce célèbre martyr. L’introït est tiré du psaume 26 : « Attends le Seigneur et sois courageux : ton cœur sera fortifié ; espère dans le Seigneur. » Tous les temps, en effet, ne sont pas semblables, mais Dieu atteint ses fins sublimes en coordonnant les circonstances les plus diverses et les plus disparates ; et la magnificence de la Providence divine resplendit surtout en ce qu’elle fait servir à ses propres buts les événements qui semblaient précisément de plus grands obstacles. « Il y a un temps pour édifier, dit l’Esprit Saint au livre de l’Ecclésiaste, et un temps pour détruire, un temps pour aimer et un temps pour haïr, un temps pour pleurer et un temps pour se réjouir. » Toute chose a son temps, et dans les moments obscurs de la vie il faut rester inébranlable, espérant toujours en Dieu qui, selon la parole du prophète, pousse jusqu’aux portes du Schéol et ensuite en ramène. Nous prions le Seigneur, dans la collecte, d’avoir pour agréables nos jeûnes, afin que leur efficacité expiatoire nous mérite cette abondance de grâces qui nous assure de la dernière, æterna remedia, après les douleurs du pèlerinage présent. Il faut remarquer l’ordre observé dans cette prière. D’abord l’expiation, car qui non placet, non placat, et Dieu peut refuser des grâces spéciales à celui qui a encore de grosses dettes à solder à la justice divine. Quand les dettes sont payées et que l’âme a pleinement recouvré l’amitié de Dieu, alors elle ose lui demander avec confiance ces grâces particulières que seule l’amitié peut donner la hardiesse d’implorer, parce qu’elles sont accordées seulement aux amis : Et adiicias quod oratio non praesumit. Comme, en outre, toute l’économie divine de la grâce n’est que le prélude d’une dernière grâce, la gloire éternelle dans le Ciel, nous demandons sans cesse au Seigneur que ses dons ici-bas atteignent leur ultime développement et la fin à laquelle ils sont ordonnés, c’est-à-dire la vision béatifique dans le Paradis.
L’épisode de Daniel au milieu des lions (Dan., XIV, 27-42) était très familier aux chrétiens des premiers siècles, aussi est-il fréquemment reproduit dans les catacombes ; on en trouve une très belle représentation, de la première moitié du IIe siècle, au cimetière de Priscille dans la chapelle dite grecque. Son choix peut avoir été suggéré par les traditions légendaires relatives à saint Cyriaque, qui aurait d’abord exercé son apostolat, à l’instar de Daniel, à la cour du persan Sapor ; puis aurait été condamné à mort pour la foi par Dioclétien, qu’un peintre du IVe siècle assimila à Nabuchodonosor, dans la crypte du martyr Crescention appartenant au même cimetière priscillien. Daniel dans la fosse aux lions est une figure de l’Église primitive, lorsque toute la société contemporaine la poursuivait jusqu’à la mort et confiait à la loi la mission d’exécuter ce décret sanglant : non licet esse vos. Comme Daniel, l’Église aussi éleva ses bras, et plus encore son cœur, vers Dieu ; et Dieu ne manque jamais à qui se confie en Lui. Il faut donc faire comme Daniel : descendre tranquillement dans la fosse aux lions chaque fois qu’il plaira au Seigneur, et attendre là, avec confiance, l’heure de la divine miséricorde. Ce ne sont pas les tribulations qui nuisent à l’âme, mais l’inquiétude. Désormais les graduels se rapportent tous au divin Patient de Jérusalem, lequel, contre le jugement des impies qui le condamnent à mort, en appelle au Père, afin qu’au jour de Pâques il lui rende la vie. Le graduel de ce jour provient du psaume 42. La lumière et la vérité que l’Opprimé invoque ici, proclament la mission spéciale du Paraclet, qui est, selon l’évangile, celle de convaincre le monde d’injustice et de malignité. Le Paraclet vint en effet, et par l’effusion de ses charismes sur les disciples du Crucifié, alors qu’il laissait au contraire dans l’abandon les Juifs obstinés, il démontra d’une façon authentique que la mission du Seigneur était vraiment divine.
Le cycle de l’évangile de saint Jean continue à se dérouler avec l’épisode de Jésus allant à la fête des Tabernacles au mois de Tischri (Ioan. VII, 1-13). A l’invitation des siens, Jésus répond qu’il ne veut pas aller à la fête, en ce sens qu’il n’entendait pas s’associer à la caravane tapageuse qui montait à Jérusalem vraiment pour y faire fête ! Il dit donc qu’il ne veut pas. — De fait, il ne prit pas part à la fête, mais Il se rendit toutefois à la Cité sainte secrètement et quand la fête était déjà commencée, afin d’instruire le peuple qui se rassemblait en foule pour cette circonstance. La présence habituelle du divin Sauveur à toutes les solennités de la Loi nous enseigne la grande diligence avec laquelle nous devons cultiver la piété liturgique, fréquentant les églises, intervenant aux fonctions sacrées, spécialement les jours de fête, afin de contribuer à rehausser toujours davantage la splendeur du culte extérieur qui rend tant de gloire à Dieu. La désolation du sanctuaire désert et abandonné par le peuple qui n’accourt plus aux solennités de la vraie religion était l’un des malheurs las plus graves que déplorât Jérémie dans ses Lamentations quand il écrivait : Viæ Sion lugent eo quod non sit qui veniat ad solemnitatem. Dans le verset ad offerendum, pris au psaume 9, est exprimée toute l’inébranlable espérance que Jésus nourrit en son Cœur, même au moment redoutable où la justice paternelle l’abandonne à la haine de ses ennemis : « Qu’ils se confient en Toi, dit-il, tous ceux qui connaissent ton nom, expression d’un ineffable amour. Tu n’abandonnes que celui qui t’abandonne, ou plutôt, tu n’abandonnes personne ; en effet, si le pécheur fuit loin de Toi, tu le poursuis pour l’exciter à la pénitence. Comment donc pourrais-tu manquer à celui qui te cherche ? » Le divin Crucifié sait en outre qu’il ressuscitera glorieux ; et en effet, il entonne déjà sur la Croix le chant pascal : « Chantez des hymnes au Seigneur, s’écrie-t-il, Lui qui, de Sion où Il habite n’a pas oublié le cri du pauvre. » De quel pauvre ? Du Christ, dont saint Paul écrit : Propter nos egenus factus est cum esset dives, ut nos illius inopia divites essemus. Et de quel cri parle ici le psalmiste ? De celui que nous rapportent les évangélistes : « Eloi, Eloi, lamma sabactani, mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné ? » Dans la prière d’introduction à l’anaphore consécratoire, en présentant à Dieu l’hostie qui va être immolée en son honneur, nous le prions qu’elle nous mérite les secours temporels nécessaires à la vie, de manière pourtant qu’un bien-être excessif n’éteigne pas dans notre cœur l’espérance des biens célestes. C’est bien là le prudent équilibre de l’Église, maîtresse infaillible de vie ascétique, faisant la part entre les exigences de l’esprit et celles de la matière. Il faut tenir compte de la nature du composé humain, sans tomber dans aucun extrême, selon ces paroles du sage : Divitias et paupertatem ne dederis mihi, sed tantum victui meo tribue necessaria… Et il en donnait la raison : Quand la pauvreté vous étreint, elle favorise la tentation de désespoir et de blasphème, tandis qu’au contraire, quand on est dans l’abondance de biens temporels, très facilement, au moins en pratique, on se passe de Dieu. Dans le verset pour la communion (Ps. 24) on entend à nouveau la voix du Christ accablé sous le poids de nos péchés et tout angoissé par la fureur de ses ennemis ; Il prie instamment son Père de le soustraire à la puissance de la mort, non pour Lui-même qui, source de vie, ne pouvait être retenu dans ses liens, mais pour nous qui avions un besoin absolu de la résurrection du Christ, afin que celle-ci fût pour toute l’humanité le principe et la cause exemplaire de notre propre résurrection. Nous supplions Dieu, dans la collecte eucharistique, afin que notre assiduité à fréquenter le saint autel devienne pour nous un gage et un symbole de notre accès, chaque jour plus proche, à l’autel céleste et à l’éternelle récompense. L’Église militante, en effet, est en quelque sorte une anticipation symbolique, un type prophétique, de ce qui se déroulera dans l’Église du Ciel, spécialement après la pleine consommation de l’œuvre rédemptrice du Christ au jour de la parousie finale. Si à l’action matérielle extérieure, au grade hiérarchique que chacun occupe dans la famille catholique, correspond aussi le zèle et un fervent amour, la place et la récompense dans la gloire du Ciel seront certainement proportionnées au trésor de grâce qui aura enrichi l’âme ici-bas. Dans la collecte de bénédiction, avant de congédier le peuple, nous prions Dieu, auteur de tout mérite et cause première des mouvements de notre libre arbitre, de bien vouloir soutenir par sa grâce la faiblesse et l’inconstance de notre volonté ; en sorte que l’efficacité de notre exemple serve à augmenter non seulement le nombre des croyants, mais encore leur vertu. Un développement en surface ne servirait en effet de rien s’il n’était le résultat d’un intime progrès en intensité, car Dieu ne regarde pas quantum sed ex quanto. Pour nous décrire les sentiments du Christ à l’approche de sa Passion, l’Église se sert du Psautier. Celui-ci est, en effet, le livre de la prière par excellence. Les saints Évangiles nous décrivent plus volontiers la vie et la doctrine de Jésus, tandis que le psautier nous initie à la connaissance de la psychologie de Jésus, nous révèle ses préférences, les sentiments de son Cœur, ses luttes, ses angoisses, les accents de suprême amour avec lesquels Il invoquait le Père. Durant toute sa vie, Jésus se plut à prier avec les paroles du psautier, sur la croix ce fut encore le psaume 21 qui réconforta son agonie. Nous pourrions même comparer le livre des psaumes à une sorte de livre sacerdotal, où le Pontife éternel récita ses prières tandis que, durant le cours de sa vie mortelle, Il immolait au Père son propre holocauste. C’est pour cela que les ascètes de l’antiquité chrétienne étudiaient assidûment le psautier et le récitaient en entier chaque jour. Maintenant encore, les nobles, chez les Coptes et les Abyssins, l’ont toujours entre les mains, à la maison, en voyage et dans leurs arrêts au désert ; cette tradition se rattache à celle des Juifs qui n’eurent, durant de longs siècles, d’autre livre de prière que le recueil des chants de David. La piété privée de nos contemporains gagnerait beaucoup si, s’inspirant de l’exemple de la commune Mère, la sainte Église, qui prescrit la récitation hebdomadaire du psautier aux ministres sacrés, elle puisait un peu plus ses inspirations dans ce livre de prière dont l’auteur est le Saint-Esprit et que notre Sauveur Jésus Lui-même voulut recommander par son exemple.
Sanctoral
Saint Gabriel, Archange
Saint Gabriel avait été envoyé à Daniel pour l’instruire de l’époque où devait naître le Christ, et à Zacharie, à l’heure où il offrait l’encens dans le Temple, pour lui annoncer la naissance de Jean-Baptiste le précurseur du Messie. C’est lui encore qui fut choisi pour être le divin messager de l’Annonciation: « Seul parmi tous les anges, dit saint Bernard, Gabriel fut trouvé digne d’annoncer à Marie le dessein de Dieu sur elle ». Plein d’un saint respect, saint Gabriel s’approche de la Vierge choisie de toute éternité pour être la mère sur terre de celui dont Dieu est le Père au ciel. Avec des paroles dictées par le Très-Haut et que l’Église aime à nous voir répéter souvent, il lui dit: « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes ». Et comme Marie s’étonne de cette salutation, l’ange lui explique qu’il est venu chercher son Fiat pour que s’accomplisse le grand mystère qui est la condition de la rédemption du genre humain. « Je suis Gabriel qui me tiens devant Dieu et j’ai été envoyé pour te parler et t’annoncer cette heureuse nouvelle ». Marie veut rester vierge, et l’Ange du Seigneur lui annonce qu’elle concevra du Saint-Esprit et qu’elle enfantera un fils auquel elle donnera le nom de Jésus, c’est-à-dire Sauveur. Marie alors sans hésiter, obéit avec la plus profonde humilité: « Voici La servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole ». Et en ce moment, s’opéra le plus grand de tous les miracles, Dieu élevant jusqu’à lui, dans une union personnelle, le fruit béni du sein de la Vierge: « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ». Le Verbe épousa notre humanité, notre pauvreté, notre néant et nous donna en échange sa divinité. Benoît XV étendit la fête de saint Gabriel à l’Église universelle.
« Jusqu’ici, nous n’avons encore rencontré sur le Cycle aucune fête consacrée à l’honneur des saints Anges ; mais au milieu des splendeurs de la nuit de Noël, nous mêlâmes nos voix joyeuses et timides aux divins concerts que faisaient entendre les Esprits célestes au-dessus de l’humble berceau de l’Emmanuel. Cet heureux souvenir émeut encore d’une douce allégresse nos cœurs attristés par la pénitence et par l’approche du douloureux anniversaire de la mort du Rédempteur. Aujourd’hui, faisons un peu trêve aux sévères pensées du Carême pour fêter l’Archange Gabriel ; plus tard, Michel. Raphaël et l’immense armée de nos célestes Gardiens recevront nos hommages ; mais il était juste que Gabriel fût salué de nos acclamations en ce jour. Encore une semaine, et nous le verrons descendre sur la terre comme le céleste ambassadeur de la glorieuse Trinité près de la plus pure des vierges : c’est donc avec raison que les enfants de l’Église se recommandent à lui pour apprendre à célébrer dignement le mystère ineffable dont il fut ici-bas le messager. Gabriel appartient aux plus hautes hiérarchies des Esprits angéliques ; il assiste devant la face de Dieu, comme il le dit lui-même à Zacharie.
Les missions qui concernent le salut des hommes par l’incarnation du Verbe lui sont réservées, parce que c’est dans ce mystère, si humble en apparence, qu’éclate principalement la force de Dieu : or, le nom de Gabriel signifie Force de Dieu. Dès l’Ancien Testament, l’Archange a préludé à ce sublime emploi. Nous le voyons d’abord se manifester à Daniel, après la vision qu’a eue ce Prophète sur les deux empires des Perses et des Grecs ; et tel est l’éclat dont il brille, que Daniel tombe anéanti à ses pieds. Peu après, Gabriel reparaît encore ; et c’est pour annoncer au même Prophète le temps précis de la venue du Messie : dans soixante-dix semaines d’années, lui dit-il, la terre aura vu le Christ-Roi. Lorsque les temps sont accomplis, et que le Ciel a résolu de faire naître le dernier des Prophètes, celui qui, après avoir averti les hommes de la prochaine manifestation du divin Envoyé, doit le montrer au peuple comme l’Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde, Gabriel descend du ciel dans le temple de Jérusalem, et prophétise au prêtre Zacharie la naissance de Jean-Baptiste, prélude de celle de Jésus lui-même.
Après six mois, le saint Archange reparaît sur la terre, et, cette fois, c’est à Nazareth qu’il se montre. Il apporte du ciel la grande nouvelle. Sa céleste nature s’incline devant une fille des hommes ; il vient proposer à Marie, de la part de Jéhovah, l’honneur de devenir la Mère du Verbe éternel. C’est lui qui reçoit le consentement de la Vierge ; et quand il quitte la terre, il la laisse en possession de celui qu’elle attendait comme la rosée des cieux. Mais l’heure est venue où la Mère de l’Emmanuel doit donner aux hommes le fruit béni de ses chastes entrailles. La naissance de Jésus s’accomplit dans le mystère et la pauvreté ; toutefois, le Ciel ne veut pas que l’enfant de la crèche demeure sans adorateurs. Un Ange apparaît aux bergers des campagnes de Bethléhem, et les convoque à l’humble berceau du nouveau-né. Il est accompagné d’un nombre immense d’Esprits célestes qui font entendre les plus ravissants concerts, et chantent : Gloire à Dieu et Paix aux hommes ! Quel est cet Ange supérieur qui parle seul aux bergers, et dont les autres Anges forment comme la cour ? De graves docteurs catholiques nous enseignent que cet Ange est Gabriel, qui continue son ministère de messager de la bonne nouvelle. Enfin, lorsque Jésus, dans le jardin de Gethsémani, à l’heure qui précède sa Passion, éprouve dans son humanité les terreurs du fatal calice, un Ange paraît auprès de lui, non seulement comme témoin de sa cruelle agonie, mais pour fortifier son courage. Quel est cet Ange que le saint Évangile ne nomme pas ? De pieux et savants hommes voient encore en lui Gabriel ; et cette pensée est confirmée par un monument liturgique que nous reproduisons ici, et qui est revêtu de l’approbation du Siège Apostolique.
Tels sont les titres du sublime Archange aux hommages des chrétiens ; tels sont les traits par lesquels il justifie son beau nom de Force de Dieu. En effet, Dieu l’a associé à toutes les phases du grand œuvre dans lequel il a manifesté davantage sa puissance : car Jésus-Christ jusque sur la croix est, nous dit l’Apôtre, la force de Dieu. Or, Gabriel intervient à chaque pas, pour lui préparer la voie. Il annonce d’abord l’époque précise de sa venue ; dans la plénitude des temps, il vient révéler la naissance du Précurseur ; bientôt il assiste comme témoin céleste au mystère du Verbe fait chair ; à sa voix, les bergers de Bethléhem, prémices de l’Église, viennent adorer le Fils de Dieu ; et lorsque l’humanité de Jésus aux abois doit recevoir le secours d’une main créée, Gabriel se retrouve au Jardin des douleurs, comme il avait paru à Nazareth et à Bethléhem. » (Dom Guéranger)
Sainte Catherine de Suède, Reine et Veuve (1322-1381)
Catherine de Suède, aussi nommée Catherine de Vadstena, fut l’abbesse du couvent de Vadstena de l’ordre de Sainte-Brigitte. Elle eut pour père Ulf Gudmarson un prince de Suède et pour mère sainte Brigitte, cette femme si célèbre par ses Révélations. Elle est la seconde fille et la quatrième de leurs huit enfants. La fille devait être l’émule, sinon l’égale de sa mère, par ses vertus comme par les lumières qu’elle reçut du Ciel. On vit Catherine, encore au berceau, repousser une nourrice de vie coupable et ne point vouloir de son lait. Le démon la poursuivit dès sa plus tendre enfance, prenant la forme d’un taureau pour l’épouvanter et s’acharnant contre son petit corps frêle et délicat.
Elle est élevée dans le couvent des Cisterciennes de Risaberg (ou Bisberg) et ne souhaite pas quitter cette communauté religieuse mais dès l’âge de douze ou treize ans, son père l’accorde en mariage au chevalier Edgar von Kyren (Eggard de Kyrn ou Edgar Lydersson), seigneur d’Eggerstnæs bien plus âgé qu’elle. Elle soigne avec dévouement son mari invalide dont elle n’a aucun enfant, ayant obtenu de lui qu’il préserve sa virginité. Brigitte, après la mort de son mari, était allée demeurer à Rome, qu’une inspiration divine lui avait montrée comme un lieu spécialement propre à sa sanctification. Catherine eut bientôt le désir de rejoindre sa mère et obtint cette grâce de son époux, qui, du reste, mourut pieusement quelques temps après. Dans la Ville éternelle, on pouvait voir la mère et la fille visiter avec ferveur les églises et les tombeaux des martyrs et s’adonner ensemble à tous les exercices de la mortification et de la piété. Catherine sut résister aux obsessions de plusieurs seigneurs romains qui la recherchaient en mariage, et Dieu la défendit parfois d’une manière merveilleuse.
Sa joie était de paraître vile aux yeux des hommes; quatre heures par jour à genoux sans interruption, elle contemplait les souffrances du Sauveur; elle flagellait cruellement son corps pour devenir plus semblable à son divin modèle; soigner les malades et panser leurs plaies hideuses dans les hôpitaux, était sa plus douce satisfaction; la terre nue et quelques pierres formaient la couche de sa mère, elle s’en approchait pendant la nuit et la faisait reposer doucement sur sa poitrine. Un jour vint où elle fut privée de la compagnie de sa mère chérie; elle fit transporter en Suède les restes mortels de cette sainte femme, qui y furent reçus en triomphe; elle-même se fixa dans un monastère de sa patrie, où sa vertu s’épura dans le sacrifice: sa vie dès lors ne fut qu’une longue suite de douleurs corporelles. C’est dans un transport d’amour que son âme s’envola vers le Ciel. Depuis le moment de sa mort jusqu’à sa sépulture, une étoile brilla jour et nuit sur le monastère.
Bienheureux Matthieu Rossi, Confesseur, Tiers-Ordre Franciscain
Matthieu Rossi, de la célèbre famille des Orsini, était un chevalier d’une piété et d’une vertu extraordinaires. Un jour saint François arriva à Rome et passa devant son palais en route vers la maison de Jacoba Settesoli. Matthieu l’a supplié de lui rendre visite également et de lui apprendre comment sauver son âme. François a promis de venir bientôt. Mais quelques jours plus tard, alors qu’il se rendait chez Matthieu, celui-ci se trouvait justement absent.
Les domestiques, qui ne connaissaient pas saint François, le croyaient un des pauvres que leur pieux maître s’était engagé à nourrir. Ils l’ont dirigé vers les mendiants dans la cour et là, ils lui ont donné à manger. François prit joyeusement place parmi eux et partagea la nourriture avec reconnaissance. C’est là que Matthieu le retrouva à son retour. Il s’assit aussitôt à côté de lui et mangea à la table des pauvres. Plus tard, il a souvent dit qu’il n’avait jamais goûté de nourriture aussi délicieuse que lorsque le saint Pauvre d’Assise partageait son pain avec lui. Après que François eut dit la prière d’action de grâce, il conversa avec son hôte de manière si impressionnante sur la vanité du monde que Matthieu tomba à ses pieds et demanda humblement d’être admis dans le Tiers-Ordre pour opérer son salut dans la pénitence. Le saint accéda volontiers à sa demande, car il lui fut révélé que ce nouveau novice contribuerait beaucoup à répandre l’ordre par sa future vie sainte. En réalité, de nombreux hommes et femmes nobles suivirent bientôt son exemple et devinrent comme lui des ornements du Tiers Ordre. Plus tard, lorsque saint François séjourna de nouveau à Rome, Matthieu lui amena son petit-fils, John Cajetan, pour qu’il le bénisse.
Le saint prit amoureusement le petit dans ses bras et commença avec des paroles énergiques à lui recommander son ordre, au grand étonnement du père. Mais cet étonnement se mua en un joyeux étonnement lorsque l’homme de Dieu déclara solennellement : « Ce garçon sera un jour religieux non pas en costume mais en sentiment ; il sera un puissant dirigeant et un grand protecteur de notre ordre. La prophétie s’est réalisée. Jean Cajetan devint prêtre et cardinal protecteur de l’Ordre franciscain et, en 1277, il monta sur le trône papal sous le nom de Nicolas III. Après une longue vie riche en vertus et en mérites célestes, Matthieu mourut d’une mort bienheureuse vers 1271.
Martyrologe
La fête de l’archange saint Gabriel, qui fut envoyé par Dieu pour annoncer le mystère de l’Incarnation du Verbe.
A Rome, saint Epigmène prêtre, qui durant la persécution de Dioclétien, sous le juge Turpius, frappé du glaive, consomma son martyre.
A Rome encore, la passion du bienheureux Pigmène prêtre. Sous Julien l’Apostat, il fut précipité dans le Tibre et y trouva la mort pour la foi du Christ.
De plus, à Rome, les saints martyrs Marc et Timothée, qui reçurent la couronne sous l’empereur Antonin.
A Césarée de Palestine, l’anniversaire des saints martyrs Timolaüs, Denis, Pauside, Romule, Alexandre, un autre Alexandre, Agape et un autre Denis. Durant la persécution de Dioclétien et sous le préfet Urbain, ils furent frappés à coups de hache et méritèrent la couronne de vie.
En Mauritanie, l’anniversaire des saints frères Romule et Second, qui souffrirent pour la foi du Christ.
A Trente, la passion de saint Siméon enfant, cruellement massacré par les Juifs. Il opéra, dans la suite, des miracles nombreux et éclatants.
A Synnade en Phrygie, Saint Agapit évêque.
A Brescia, saint Latin évêque.
En Syrie, saint Séleuque confesseur.
En Suède, sainte Catherine vierge, fille de sainte Brigitte.
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