Vigile de l’Ascension de Notre Seigneur
La troisième matinée des Rogations s’est écoulée, l’heure de midi se fait entendre ; elle vient ouvrir la dernière journée que le Fils de Dieu doit passer sur la terre avec les hommes. Nous avons semblé perdre de vue, durant ces trois jours, le moment si proche de la séparation ; toutefois, le sentiment de la perte qui nous menace vivait au fond de nos cœurs, et les humbles supplications que nous présentions au ciel, en union avec la sainte Église, nous préparaient à célébrer le dernier des mystères de notre Emmanuel.
A ce moment, les disciples sont tous rassemblés à Jérusalem. Groupés autour de Marie dans le Cénacle, ils attendent l’heure à laquelle leur Maître doit se manifester à eux pour la dernière fois. Recueillis et silencieux, ils repassent dans leurs cœurs les divines marques de bonté et de condescendance qu’il leur a prodiguées durant ces quarante jours, et les solennels enseignements qu’ils ont reçus de sa bouche. C’est maintenant qu’ils le connaissent, qu’ils savent qu’il est sorti de Dieu ; quant à ce qui les concerne, ils ont appris de lui la mission à laquelle il les a destinés : ce sera d’enseigner, eux ignorants, les peuples de la terre ; mais, ô regret inconsolable ! Il s’apprête à les quitter ; « encore un peu de temps, et ils ne le verront plus [8]. »
Par un touchant contraste avec leurs tristes pensées, la nature entière semble s’être mise en devoir d’offrir à son auteur le plus splendide triomphe ; car ce départ doit être un départ triomphant. La terre s’est parée des prémices de sa fécondité, la verdure des campagnes le dispute à l’émeraude, les fleurs embaument l’air de leurs parfums, sous le feuillage des arbres les fruits se hâtent de mûrir, et les moissons grandissent de toutes parts. Tant d’heureux dons sont dus à l’influence de l’astre qui brille au ciel pour vivifier la terre, et qui a reçu le noble privilège de figurer par son royal éclat, et dans ses phases successives, le passage de l’Emmanuel au milieu de nous.
Rappelons-nous ces jours sombres du solstice d’hiver, où son disque pâle, tardif vainqueur des ténèbres, ne montait dans le ciel que pour y parcourir une étroite carrière, dispensant la lumière avec mesure, et n’envoyant à la terre aucun rayon assez ardent pour résoudre la constriction qui tenait glacée toute sa surface. Tel se leva, comme un astre timide, notre divin Soleil, dissipant à peine les ombres autour de lui, tempérant son éclat, afin que les regards des hommes n’en fussent pas éblouis. Comme le soleil matériel, il élargit peu à peu sa carrière ; mais des nuages vinrent souvent dissimuler son progrès. Le séjour en la terre d’Égypte, la vie obscure de Nazareth, dérobèrent sa marche aux yeux des hommes ; mais l’heure étant venue où il devait laisser poindre les rayons de sa gloire, il brilla d’un souverain éclat sur la Galilée et sur la Judée, lorsqu’il se mit à parler « comme ayant puissance » [9], lorsque ses œuvres rendirent témoignage de lui [10], et que l’on entendit la voix des peuples qui faisait retentir « Hosannah au fils de David ».
Il allait atteindre à son zénith, quand tout à coup l’éclipse momentanée de sa passion et de sa mort persuada pour quelques heures à ses ennemis jaloux que leur malice avait suffi pour éteindre à jamais sa lumière importune à leur orgueil. Vain espoir ! Notre divin Soleil échappait dès le troisième jour à cette dernière épreuve ; et il plane maintenant au sommet des cieux, versant sa lumière sur tous les êtres qu’il a créés, mais nous avertissant que sa carrière est achevée. Car il ne saurait descendre ; pour lui, pas de couchant ; là s’arrête son rapport avec l’humble flambeau qui éclaire nos yeux mortels. C’est du haut du ciel qu’il brille désormais, et pour toujours, ainsi que l’avait annoncé Zacharie, lors de la naissance de Jean [11] ; et comme l’avait prédit encore auparavant le sublime Psalmiste, en disant : « Il a fourni sa carrière comme un géant, il est arrivé au sommet des cieux, d’où il était parti, et nul ne peut se soustraire à l’action de sa puissante chaleur » [12].
Cette Ascension, qui établit l’Homme-Dieu centre de lumière pour les siècles des siècles, il en a fixé le moment précis à l’un des jours du mois que les hommes appellent Mai, et qui révèle dans son plus riant éclat l’œuvre que ce Verbe divin trouva belle lui-même, au jour où, l’ayant fait sortir du néant, il la disposa avec tant de complaisance. Heureux mois, non plus triste et sombre comme Décembre, qui vit les joies modestes de Bethléhem, non plus sévère et lugubre comme Mars, témoin du Sacrifice sanglant de l’Agneau sur la croix, mais radieux, épanoui, surabondant de vie et digne d’être offert, chaque année, en hommage à Marie, Mère de Dieu ; car c’est le mois du triomphe de son fils.
O Jésus, notre créateur et notre frère, nous vous avons suivi des yeux et du cœur depuis le moment de votre aurore ; nous avons célébré, dans la sainte liturgie, chacun de vos pas de géant par une solennité spéciale ; mais en vous voyant monter ainsi toujours, nous devions prévoir le moment où vous iriez prendre possession de la seule place qui vous convienne, du trône sublime où vous serez assis éternellement à la droite du Père. L’éclat qui vous entoure depuis votre résurrection n’est pas de ce monde ; vous ne pouvez plus demeurer avec nous ; vous n’êtes resté durant ces quarante jours, que pour la consolidation de votre œuvre ; et demain, la terre qui vous possédait depuis trente-trois années sera veuve de vous. Avec Marie votre mère, avec vos disciples soumis, avec Madeleine et ses compagnes, nous nous réjouissons du triomphe qui vous attend ; mais à la veille de vous perdre, permettez à nos cœurs aussi de ressentir la tristesse ; car vous étiez l’Emmanuel, le Dieu avec nous, et vous allez être désormais l’astre divin qui planera sur nous ; et nous ne pourrons plus « vous voir, ni vous entendre, ni vous toucher de nos mains, ô Verbe de vie ! » [13]. Nous n’en disons pas moins : Gloire et amour soient à vous ! Car vous nous avez traités avec une miséricorde infinie. Vous ne nous deviez rien, nous étions indignes d’attirer vos regards, et vous êtes descendu sur cette terre souillée par le péché ; vous avez habité parmi nous, vous avez payé notre rançon de votre sang, vous avez rétabli la paix entre Dieu et les hommes. Oui, il est juste maintenant que « vous retourniez à celui qui vous a envoyé » [14]. Nous entendons la voix de votre Église, de votre Épouse chérie qui accepte son exil, et qui ne pense qu’à votre gloire : « Fuis donc, ô mon bien-aimé, vous dit-elle ; fuis avec la rapidité du chevreuil et du faon de la biche, jusqu’à ces montagnes où les fleurs du ciel exhalent leurs parfums » [15]. Pourrions-nous, pécheurs que nous sommes ne pas imiter la résignation de celle qui est à la fois votre Épouse et notre mère ?
Mercredi des Rogations
Pour la troisième fois la sainte Église reprend sa marche, et sort du saint temple, afin de faire un dernier appel à la divine miséricorde. Rangeons-nous sous sa bannière, et unissant nos voix à la sienne, invoquons avec elle le secours des Saints. Elle est glorieuse, mais aussi elle est puissante, la Litanie dans laquelle sont invoqués tour à tour les chœurs de la Jérusalem céleste. C’est l’Église triomphante s’unissant à l’Église militante pour obtenir le salut de la terre.
Marie, Mère de Dieu, Vierge des vierges, miracle de la puissance divine, employez en notre faveur votre maternelle médiation auprès de celui qui étant Dieu est aussi votre fils. Michel l’invincible, Gabriel, heureux messager du salut, Raphaël, médecin compatissant de nos misères ; Anges et Archanges qui veillez à notre défense et coopérez à notre salut ; hiérarchies célestes qui attendez les élus de la terre pour renforcer vos rangs, intercédez pour vos frères et vos clients. Jean-Baptiste, précurseur de l’Agneau de Dieu ; Joseph, époux de Marie immaculée, père nourricier du Fils de Dieu ; Patriarches, ancêtres majestueux de la race humaine, aïeux du divin Messie ; Prophètes qui avez annoncé sa venue et décrit tous ses traits, afin que la terre reconnût en lui son Sauveur : souvenez-vous des habitants de cette terre lointaine sur laquelle vous avez été voyageurs.
Pierre, Pasteur universel, porte-clefs du royaume des cieux ; Paul, apôtre des Gentils, armé du glaive de la parole et consommé par le glaive du martyre ; André, crucifié comme votre Maître ; Jacques le Majeur, enfant du tonnerre, fondateur du royaume Catholique ; Jean le Bien-Aimé, fils et gardien de Marie, Évangéliste et le dernier des Prophètes ; Thomas, apôtre des Indes, immolé par la lance ; Jacques le Mineur, appelé frère du Seigneur ; Philippe, qui avez évangélisé les Scythes et rencontré la croix à Hiérapolis ; Barthélemy, docteur de l’Arménie, arrosée de votre sang ; Évangéliste Matthieu, qui êtes allé porter la foi jusque dans les régions brûlantes de l’Éthiopie ; Simon, dont la Mésopotamie a entendu la voix ; Thaddée, qui avez affronté l’Égypte et ses idoles ; Mathias, appelé à prendre la place du traître Judas, et digne d’un tel honneur ; Barnabé, compagnon de Paul, et plus tard la lumière de l’île de Chypre ; Luc, disciple de l’Apôtre des Gentils, historien du Verbe incarné ; Marc, disciple de Pierre, qui avez écrit sous sa dictée l’Évangile du salut : nous vous saluons tous avec amour comme nos pères dans la foi ; priez en ces jours avec nous et pour nous. Disciples du Seigneur, qui, sans avoir été élevés jusqu’au rang des Apôtres, fûtes choisis par lui pour être leurs coopérateurs, et qui, au jour de la Pentecôte, avez été remplis des feux de l’Esprit-Saint ; tendres enfants de Bethléhem, prémices des Martyrs : daignez tous vous associer à nos supplications. Etienne le Couronné, Laurent, dont le front est ceint de lauriers, Vincent le Victorieux, tous trois unis dans la forte milice du diaconat ; Fabien, pontife désigné par la colombe céleste ; Sébastien, noble chevalier de la sainte Église ; Jean et Paul, Côme et Damien, Gervais et Protais, généreux frères qui avez combattu le même combat : armée innombrable des Martyrs, protégez-nous à l’ombre de vos palmes. Silvestre, pontife de la paix ; Grégoire, vicaire du Christ dans sa mansuétude comme dans son autorité ; Ambroise, dont la parole fut douce comme le miel, et la force indomptable comme celle du lion ; Augustin, soleil de vérité, apôtre de la charité divine ; Jérôme, interprète inspiré de la parole de Dieu ; Martin, thaumaturge de l’Occident ; Nicolas, thaumaturge de l’Orient : saints pontifes, saints docteurs, ramenez à Jésus ses brebis errantes. Antoine, la gloire du désert, le vainqueur de Satan ; Benoît, nouvel Abraham, entouré d’une postérité sans nombre ; Bernard, soutien de la sainte Église, favori de l’auguste Reine des cieux ; Dominique, prédicateur de la vraie doctrine, fléau de l’hérésie ; François, amant et époux de la pauvreté, crucifié avec le Christ : nous vous honorons tous ; ranimez dans nos âmes le sentiment de la perfection chrétienne. Prêtres du Seigneur, saints moines, saints ermites, saints confesseurs, priez pour ce peuple qui implore votre secours. Marie-Madeleine, pécheresse sanctifiée, amante du Rédempteur, obtenez-nous la componction du cœur qui répare le péché par l’amour. Agathe et Lucie, fleurs odorantes de l’heureuse Sicile ; Agnès, qui suivez partout l’Agneau divin ; Cécile, couronnée de roses et de lis, brillante reine de l’harmonie ; Catherine, vierge sage qui confondîtes la fausse sagesse des philosophes ; Anastasie, femme forte qui avez triomphé des épreuves de la vie et de la rigueur des supplices : vous toutes, vierges sacrées ou épouses fidèles, jetez un regard de compassion sur les habitants de la terre. Saints et saintes de Dieu, justes de tout âge, de tout sexe et de toute condition, qui peuplez déjà l’empyrée, souvenez-vous de nous qui gémissons encore dans cette vallée de larmes, et élevez nos cœurs jusqu’au séjour de l’éternel bonheur que les vanités de ce monde nous feraient si souvent oublier. La Litanie est achevée ; et, pour la troisième fois, l’auguste Sacrifice va sceller la réconciliation du Dieu offensé avec ses enfants coupables ; espérons désormais une année tranquille et féconde. Daigne le Seigneur, en l’année qui suivra celle-ci, accroître le nombre de ceux qui viendront s’unir à son Église pour implorer le pardon général !
La Messe des Rogations se trouve au Lundi. Assistons-y avec le sentiment de l’insuffisance de nos réparations personnelles, mais avec une entière confiance dans les mérites infinis de la victime pascale. Enfin nous nous pénétrerons une dernière fois de l’esprit de pénitence qui animait en ces trois jours l’antique Église des Gaules, en lut empruntant cette pieuse prière qu’elle présentait aujourd’hui même à la Majesté divine.
Saint Robert Bellarmin, Évêque et Docteur de l’Église
Robert, né à Montepulciano et de la noble famille des Bellarmin, avait pour mère la très pieuse Cynthia Cervin, sœur du pape Marcel II. Dès son plus jeune âge, il a brillé par sa piété exemplaire et ses chastes mœurs, désirant ardemment une seule chose, plaire à Dieu seul et gagner des âmes au Christ. Il a fréquenté le collège de la Compagnie de Jésus dans sa ville natale où il a été vivement félicité pour son intelligence et sa modestie. À l’âge de dix-huit ans il entra dans la même Société à Rome, et il a été un modèle de toutes les vertus religieuses. Après avoir traversé le cours de philosophie au Collège romain, il est envoyé d’abord à Florence, puis à Monreale, plus tard, à Padoue pour y enseigner la théologie sacrée, et ensuite à Louvain, où, alors qu’il n’était pas encore prêtre, il s’est habilement acquitté de la charge de prédicateur. Après son ordination, à Louvain, il a enseigné la théologie avec un tel succès qu’il a ramené beaucoup d’hérétiques à l’unité de l’Église, et il était considéré en Europe comme le plus brillant théologien ; Saint-Charles, évêque de Milan, et d’autres encore lui demandaient expressément ses avis. Rappelé à Rome à la volonté du Pape Grégoire XIII, il a enseigné la science de la théologie de controverse au Collège romain, et là, comme directeur spirituel, il a guidé le jeune angélique Louis de Gonzague sur les chemins de la sainteté. Il a gouverné le Collège romain, puis la province napolitaine de la Compagnie de Jésus en conformité avec l’esprit de saint Ignace.
Encore une fois convoqué à Rome, il fut employé par Clément VIII dans les affaires les plus importantes de l’Église, avec le plus grand avantage pour l’État chrétien, puis contre sa volonté et en dépit de son opposition, il fut admis au nombre des cardinaux, parce que le Pontife déclara publiquement qu’il n’avait pas son égal parmi les théologiens dans l’Église de Dieu à l’époque. Il fut consacré évêque par le même Pape, et administra l’archidiocèse de Capoue d’une manière très sainte pendant trois ans : après avoir démissionné de cette charge, il a vécu à Rome jusqu’à sa mort, en tant que conseiller le plus impartial et fidèle au Pontife Suprême. Il écrivit beaucoup, et d’une manière admirable. Son principal mérite réside dans sa victoire complète dans la lutte contre les nouvelles erreurs, au cours de laquelle il se distingua comme un vengeur acharné de la tradition catholique et les droits du Siège romain. Il a obtenu cette victoire en suivant saint Thomas comme son guide et son maître, par une considération prudente des besoins de son temps, par son enseignement irréfragable, et par une richesse très abondante de témoignages bien choisis à partir des écrits sacrés puisés à la source riche des Pères de l’Église. Il est éminemment reconnu pour de très nombreuses œuvres courtes pour favoriser la piété, et en particulier pour ce Catéchisme d’or, qu’il ne manquait jamais d’expliquer à la jeunesse et aux ignorants à la fois à Capoue et à Rome, bien que préoccupé par d’autres affaires très importantes. Un cardinal contemporain a déclaré que Robert a été envoyé par Dieu pour l’instruction des catholiques, pour la gouverne du bien, et pour la confusion des hérétiques, saint François de Sales le considérait comme une source d’apprentissage, le Souverain Pontife Benoît XIV l’appelait le marteau des hérétiques, et Benoît XV proclama en lui le modèle des promoteurs et des défenseurs de la religion catholique. Il était le plus zélé dans la vie religieuse et il a continué dans son mode de vie après avoir été admis parmi les cardinaux.
Il ne voulait pas la richesse au-delà de ce qui était nécessaire, il était satisfait d’un ménage moyen, même dans ses dépenses et ses vêtements. Il ne chercha pas à enrichir sa propre famille, et il ne pouvait guère être amené à soulager leur pauvreté, même occasionnellement. Il avait peu de sentiment de lui-même, et était d’une simplicité merveilleuse d’âme. Il avait un amour extraordinaire pour la Mère de Dieu, il a passé de nombreuses heures par jour dans la prière. Il mangeait en très petite quantité et jeûnait trois fois par semaine. Austère avec lui-même, il a brûlé avec la charité envers le prochain, et il était souvent appelé le père des pauvres. Il espérait sincèrement qu’il n’avait pas taché son innocence baptismale à la moindre faute. A près de quatre-vingts ans, il tomba dans sa dernière maladie à Saint-André sur la colline du Quirinal, et en elle il montra son habituelle vertu rayonnante. Le Pape Grégoire XV et de nombreux cardinaux lui ont rendu visite sur son lit de mort, déplorant la perte d’un grand pilier de l’Église. Il s’endormit dans le Seigneur en l’an 1621, le jour des sacrés stigmates de saint François, dont il avait contribué à ce que la mémoire en soit célébrée partout. La ville entière pleura sa mort, et à l’unanimité le déclara un Saint. Le Souverain Pontife Pie XI a inscrit son nom, d’abord, dans livre des Bienheureux, puis dans celui des Saints, et peu après, par un décret de la Sacrée Congrégation des Rites, il le déclara Docteur de l’Église universelle. Son corps est honoré avec une vénération pieuse à Rome en l’église Saint-Ignace, près du tombeau de saint Louis de Gonzague, comme il l’avait souhaité.
Première apparition de Notre Dame à Fatima le 13 mai 1917
Le choix, par Notre Dame, du 13 mai comme jour de sa première apparition, à Fatima, est comme un présage du grand triomphe à venir du Cœur Immaculé de Marie qu’elle annonça clairement deux mois plus tard, le 13 juillet. Ce triomphe « est absolument certain et se réalisera en dépit de tous les obstacles », selon les paroles de Sœur Lucie au grand spécialiste officiel des apparitions, le Père Alonso. La date du 13 mai rappelle en effet deux victoires historiques de la foi catholique sur les fausses religions : la victoire définitive de notre foi, à Rome, sur le paganisme antique, en l’an 609 et la reconquête de Lisbonne sur les musulmans, au Portugal, en l’année 1147. La date du 13 mai symbolise d’abord la victoire éblouissante, à Rome, de tous les martyrs chrétiens de la Ville et de ses alentours sur les faux dieux du paganisme antique. Ce fut en effet le 13 mai 609 que le Pape Boniface IV consacra le Panthéon qui, de temple de toutes les idoles païennes, devint un temple chrétien, qui prit le nom d’église « Sainte Marie aux Martyrs », et qui se remplit des précieuses reliques d’un nombre immense de martyrs chrétiens.
Dom Guéranger a narré ce fait historique en des pages magnifiques dont voici quelques extraits : « Lorsque Rome eut achevé la conquête du monde, elle dédia le plus durable monument de sa puissance à tous les dieux. Le Panthéon devait attester à jamais la reconnaissance de la cité reine. Cependant, conquise elle-même au Christ et investie par Lui de l’empire des âmes, son hommage se détourna des vaines idoles pour aller aux Martyrs qui, priant pour elle en mourant de sa main, l’avaient seuls faite éternelle. Ce fut à eux et à leur Reine, Marie, qu’au lendemain des invasions qui l’avaient châtiée sans la perdre, elle consacra, cette fois pour toujours, le Panthéon devenu chrétien. (…) Trois siècles durant, les catacombes restèrent le rendez-vous des athlètes du Seigneur au sortir de l’arène. Rome doit à ces vaillants un triomphe mieux mérité que ceux dont elle gratifia ses grands hommes d’autrefois. En 312 pourtant, Rome, désarmée, mais non encore changée dans son cœur, n’était rien moins que disposée à saluer de ses applaudissements les vainqueurs des dieux de l’Olympe et du Capitole. Tandis que la Croix forçait ses remparts, la “blanche légion” demeura cantonnée dans les retranchements des cimetières souterrains qui, comme autant de travaux d’approche, bordaient toutes les routes conduisant à la ville des Césars.
Trois autres siècles étaient laissés à Rome pour satisfaire à la justice de Dieu, et prendre conscience du salut que lui ménageait la miséricorde. En 609, le patient travail de la grâce était accompli. Des lèvres de Boniface IV, Pontife suprême, descendait sur les cryptes sacrées le signal attendu. (…) C’est dans la majesté apostolique, c’est entouré d’un peuple immense, que le successeur de Pierre, que l’héritier du crucifié de Néron, se présente aux portes des catacombes. Ornés avec magnificence, vingt-huit chars l’accompagnent, et il convie à y monter les Martyrs. L’antique voie triomphale s’ouvre devant les Saints ! (…) Après six siècles de persécutions et de ruines, le dernier mot restait donc aux Martyrs : mot de bénédiction, signal de grâces pour la Babylone ivre naguère du sang chrétien. (…) Bien inspirée fut-elle, quand le temple, édifié par Marcus Agrippa, restauré par Sévère Auguste, étant devenu celui des saints Martyrs, elle crut devoir maintenir à son fronton le nom des constructeurs primitifs et l’appellation qu’ils lui avaient donnée; l’insigne monument ne justifia son titre qu’à dater de la mémorable journée où, sous sa voûte incomparable, image du ciel, Rome chrétienne put appliquer aux hôtes nouveaux du Panthéon la parole du Psaume: “J’ai dit: c’est vous les dieux” (Ps. 81, 6)! C’était le 13 mai qu’avait eu lieu la prise de possession triomphale. » Quant à l’histoire portugaise, le 13 mai est la date qui, dans le calendrier liturgique propre du Patriarcat de Lisbonne (diocèse de la paroisse de Fatima en 1917), rappelait la reconquête de la ville de Lisbonne sur les musulmans. On y célébrait en effet la fête de la dédicace de la basilique Sainte Marie aux Martyrs de Lisbonne, dont voici l’origine : « Après la conquête de la ville de Santarem sur les musulmans (15 mars 1147), par Don Afonso Henriques, premier roi du Portugal et fondateur de la nation portugaise, les terres situées au nord du Tage se trouvaient presque entièrement restituées aux chrétiens. Mais Lisbonne restait encore sous domination musulmane. Don Afonso pria Notre Dame avec ferveur, comme c’était son habitude, et fut exaucé. Avec l’aide des Croisés, qui passaient par mer le long des côtes du Portugal pour se rendre en Terre Sainte et qu’il convia à venir l’aider, la ville de Lisbonne fut conquise et les chrétiens, qui vivaient là soumis, furent libérés. Les libérateurs, avec à leur tête le roi portugais, entrèrent par les murailles de la cité au son des hymnes religieux ; ce fut le 25 octobre 1147.
En action de grâces, et pour accomplir sa promesse, le roi fit ériger deux basiliques ; l’une d’entre elles fut dédiée à Notre Dame des Martyrs : ses fondements reposaient sur le cimetière où avaient été enterrés les chrétiens qui avaient perdu la vie pour que Lisbonne, qui était restée 400 ans sous le joug des musulmans, redevienne chrétienne. En ce temps-là, on considérait comme martyrs tous les soldats qui mouraient dans la guerre contre les infidèles. La dédicace de ce temple fut fixée au 13 mai. » Le choix du 13 mai fait par Notre Dame pour sa première apparition à Fatima est donc très significatif. Cette date, représentant des victoires définitives de l’Eglise catholique et de la société chrétienne sur les fausses religions les plus répandues à l’époque, le paganisme antique puis l’islam, manifeste bien le dessein de la divine Providence à Fatima : donner à l’Eglise et à la chrétienté des moyens surnaturels spécifiques à notre temps [pénitence et prière, spécialement le chapelet quotidien, dévotion réparatrice habituelle envers le Cœur Immaculé de Marie, avec pratique des premiers samedis du mois, acte de réparation et de consécration de la Russie à ce même Cœur], pour qu’elles puissent être pleinement victorieuses des « erreurs de la Russie ». Hélas, ces erreurs pernicieuses, qui représentaient une menace universelle en 1917, se sont de fait répandues partout depuis un siècle, les moyens surnaturels indiqués par le Ciel n’ayant jamais été prônés ni mis en œuvre par les autorités de l’Eglise ! A nous tous donc d’employer ces moyens avec esprit de foi, confiance et persévérance, et de les faire connaître autour de nous sans nous lasser, pour en répandre toujours plus la pratique, surtout en cette année centenaire de Fatima. Il en va du salut éternel de beaucoup d’âmes, et de la paix ou de la guerre pour le monde entier ! [Abbé Fabrice Delestre, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X ]
Martyrologe
Robert Bellarmin, de la Compagnie de Jésus, cardinal, et pendant un temps, évêque de Capoue, confesseur et docteur de l’église. Son anniversaire est mentionné le 15 des calendes d’octobre (17 septembre).
A Rome, la dédicace de l’église Sainte-Marie-aux-Martyrs, rite accompli par le bienheureux pape Boniface IV, qui purifia cet antique temple dédié à tous les dieux, sous le nom de Panthéon, puis le consacra en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie et de tous les martyrs, au temps de l’empereur Phocas. Dans la suite, le souverain pontife Grégoire IV décida que l’anniversaire solennel de cette dédicace se célébrerait aux calendes de novembre (1er novembre), et en l’honneur de tous les Saints.
A Constantinople, le bienheureux Muce, prêtre et martyr. Sous l’empereur Dioclétien et le proconsul Laodice, il eut beaucoup de peines et tourments à souffrir pour la confession du Christ, à Amphipolis, ville de Macédoine. Emmené ensuite à Byzance, il y fut condamné à la peine capitale.
A Alexandrie, la commémoraison de plusieurs saints martyrs que les ariens mirent à mort dans l’église de saint Théonas, en haine de la foi catholique.
A Héraclée, en Thrace, sainte Glycère, martyre romaine. Sous l’empereur Antonin et le prêfet Sabin, elle fut éprouvée par de nombreux et cruels tourments, dont elle sortit saine et sauve par la protection divine; elle fut enfin exposée aux bêtes, et sous la morsure de l’une d’elles rendit son âme à Dieu.
Près de Maëstricht, saint Servais, évêque de l’église de Tongres. Dieu, pour faire connaitre son mérite à tous, permit qu’en hiver, alors que tout le pays d’alentour était couvert de neige, son tombeau n’en fut jamais recouvert, jusqu’à ce que le soin des habitants eût pourvu à la construction d’une basilique en ce lieu.
En Palestine, saint Jean le Silentiaire. Après avoir abandonné le siège épiscopal de Colonia en Arménie, il alla pratiquer la vie monastique dans la laure de saint Sabbas, et y fit une sainte mort.
A La Puye, au diocèse de Poitiers, saint André-Hubert Fournet, confesseur. Il fut d’abord prêtre de paroisse, puis il fonda avec l’assistance de sainte Elisabeth Bichier des Ages, l’Institut des Filles de la Croix. Il a été inscrit au nombre des Saints par le pape Pie XI.
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