Janvier 2026 – Mgr Athanasius Schneider plaide pour une Constitution apostolique sur la messe tridentine
Une Constitution apostolique pour libérer la messe tridentine ? C’est la proposition faite par Mgr Schneider au pape Léon XIV, parallèlement aux diverses initiatives pro ou contre la messe de saint Pie V exposées avant et après le Consistoire.
La messe tridentine ou traditionnelle au cœur des débats romains
Le premier Consistoire du nouveau pontife Léon XIV a mis en avant la question liturgique, plus précisément la question de la messe tridentine toujours soumise aux restrictions de Traditionis Custodes. Si l’examen de la « libération » de la messe de Saint Pie V n’a pas été discuté au Consistoire malgré les souhaits des milieux conservateurs, cette question a pourtant été largement débattue avant et après.
Ainsi, la création d’une « juridiction ecclésiastique pour la liturgie romaine traditionnelle » a été proposée aux cardinaux par le Père Louis-Marie de Blignières, fondateur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, qui leur a adressé, le 24 décembre dernier, une « lettre proposant une nouvelle voie pour l’ancien rite romain dans l’Église catholique ». MPI en a fait une analyse ici.
Quelques jours après la fin du Consistoire qui s’est tenu au Vatican le 7 et 8 janvier dernier, l’on apprenait, et MPI s’en fit l’écho, que le cardinal Roche, préfet du Dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements depuis 2021, avait adressé un mémoire en défense de Traditionis Custodes aux cardinaux réunis à Rome.
Mgr Athanasius Schneider recherche une « paix liturgique » afin de régulariser la coexistence des deux messes
Parallèlement à ces deux initiatives, l’une pour la fin des restrictions de la messe traditionnelle, l’autre pour leurs maintien, Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana (Kazakhstan), l’un des prélats les plus écoutés des milieux conservateurs de l’église conciliaire, a dévoilé avoir lui-aussi émis une proposition au sujet du Vetus Ordo auprès, non des cardinaux, mais du pape lui-même.
Sa proposition consisterait en la promulgation d’une Constitution apostolique sur la messe tridentine afin de régulariser la coexistence des deux rites et de supprimer les restrictions telles que celles imposées par Traditionis custodes.
Lors d’un entretien, le 14 janvier dernier, avec Christopher Wendt de la Confrérie de Notre-Dame de Fatima, Mgr Schneider a expliqué son idée qui revient à rechercher une « paix liturgique » entre les deux messes, le Vetus Ordo et le Novus Ordo. Selon lui, pour mettre fin au problème soulevé par Traditionis Custodes, la solution ne consisterait pas à « annuler directement » ce Motu Proprio bergoglien mais à promulguer un acte juridique qui lui serait supérieur.
L’objectif : une « régularisation solennelle » qui garantirait la liberté complète et la « coexistence pacifique » des deux formes
Selon ses propres termes, l’objectif serait une « régularisation solennelle » qui garantirait la liberté complète et la « coexistence pacifique » des deux formes, « sans limitations ni entraves », car un tel texte, soutient Mgr Schneider, empêcherait un évêque d’interdire ou de restreindre la célébration de la liturgie traditionnelle dans les conditions légitimes décidées par la Rome actuelle.
Pour conclure sur cet entretien, Mgr Schenider y exprime son adhésion pleine et entière à la nouvelle doctrine, -fruit elle-même de la doctrine ratzinguérienne de l’herméneutique de la continuité-, qu’avait énoncée le Motu proprio Summorum Pontificum de Benoit XVI au sujet du « rite romain » : il n’existe qu’un seul rite romain sous deux formes, la « forme ordinaire » c’est-à-dire la messe Paul VI, et la « forme extraordinaire », la messe de saint Pie V, mise en pratique simplifiée d’un bi-ritualisme pour tous.
D’ailleurs, l’évêque d’Astana plaide pour une nouvelle définition : que les deux « formes » soient considérées comme des formes ordinaires du rite romain, et non le Vetus Ordo comme la forme « extraordinaire ». Cela ne ferait que renforcer l’idée, tenue par l’aile conservatrice de l’Église conciliaire à laquelle appartient indiscutablement Mgr Schneider, qu’il n’y a pas de rupture entre avant et après-Vatican II dans le domaine liturgique mais une continuité.
Mais il est vain de chercher à préserver l’intégrité de la Messe tout en concédant sur la Foi
Or, si le rite tridentin professe la Foi catholique, nous tenons avec Mgr Marcel Lefebvre, fondateur de la FSSPX, que le nouveau rite « en lui-même ne professe pas la Foi catholique d’une manière aussi claire que l’ancien Ordo missae et par suite il peut favoriser l’hérésie », et qu’« il restera toujours entre les deux liturgies une incompatibilité et une exclusion doctrinale » (Abbé Gleize, FSSPX, La Porte latine, Pour une véritable compassion). En clair, les deux formes ne sont pas l’expression d‘un même rite romain car, analyse l’abbé Gleize, « il y a fondamentalement une opposition formelle de doctrine entre la messe de saint Pie V et le nouveau rite de Paul VI (…). L’écart qui oppose les deux liturgies correspond à un abîme, qui sépare deux conceptions de l’Église et de la foi ». Le Motu Proprio Sumorum Pontificum déclare que la messe de Paul VI a « la même dignité » que la messe traditionnelle : « ce qu’à bon droit nous avons toujours refusé » écrivait de son côté en 2008 l’abbé Régis de Cacqueray, membre alors de la FSSPX, dans un article publié sur La Porte latine.
Ainsi, que ce soit via une juridiction ecclésiastique pour la liturgie romaine traditionnelle ou une Constitution apostolique sur la messe tridentine, l’une et l’autre auront le bénéfice de favoriser la messe traditionnelle et ses richesses, notamment pour les jeunes générations, mais elles ne mettront pas à un terme, même pas une simple pause, à la perte de Foi de Notre Temps d’apostasie qui n’est plus silencieuse, au désastre post-conciliaire, à la crise de l’Église actuelle qui est une crise de la Foi. Elles n’y mettront pas de terme car elles ne s’attaquent pas à la racine du problème, à la cause profonde du problème liturgique, qui est la nouvelle Foi issue de Vatican II qui s’oppose à la Foi de toujours, et n’y mettons pas un terme, la guerre liturgique n’aura pas de fin
: car « La Foi est (…) le fondement même de la Messe » (Léon Pona, Vous avez dit paix liturgique ?, in Caritas, la revue du pays réel, numéro 4 de septembre 2025). Aussi, est-il « vain de chercher à préserver l’intégrité de la Messe tout en concédant sur la Foi : seule la paix doctrinale retrouvée ramènera dans l’Église la paix liturgique » (Aldo Maria Valli, in Duc in Altum).
Vous avez dit paix liturgique ? Travaillez à la paix doctrinale…
Francesca de Villasmundo
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