Site icon medias-presse.info

Pour une littérature catholique, par Le Petit Béraldien

MPI vous informe gratuitement, Recevez la liste des nouveaux articles

Je veux recevoir la lettre d'information :

Nous n’envoyons pas de messages indésirables ! Lisez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Vérifiez votre boite de réception ou votre répertoire d’indésirables pour confirmer votre abonnement.

« L’art est soumis à la loi morale, à laquelle
n’échappe aucune manifestation de l’activité humaine ».

Du 29 janvier au 7 février 1857, un jeune bourgeois provincial élevé dans un milieu médical s’assit chaque jour sur le banc de la correctionnelle. Son tort ? Avoir publié en feuilleton un roman qui avait suscité les plaintes indignées de nombreux lecteurs.

Accusé d’outrage à la morale publique et à la religion, Flaubert, puisqu’il s’agissait de lui, répliqua qu’il n’avait pas écrit Madame Bovary « dans un esprit de licence et de débauche », mais par souci de peindre les mœurs de son temps avec réalisme. L’argument fit mouche et il fut acquitté.

Depuis, on passa allègrement d’Emma en Nana (1880), on célébra avec Courbet l’Origine du monde (1866), Marcel Duchamp exposa son urinoir en porcelaine renversé (1917), et les décennies suivantes rivalisèrent d’entorses faites au bon goût et de provocations à la morale.

L’artiste, somme toute, au nom de son génie créateur, était placé par le droit moderne au-dessus de la morale et de la décence communes.

Au nom de ce dogme, on mesura même le génie de l’artiste à sa capacité d’enfreindre les lois esthétiques et morales les plus dûment reconnues.

Bientôt, censé servir le bien commun, qu’il fût romancier, peintre, musicien ou poète, l’artiste n’adora plus que la ravageuse flamme de son orgueil et la toute-puissance de sa transgression.

Un romancier, pourtant, René Bazin (à ne pas confondre avec son neveu Hervé) sut alors contrer le sophisme avec habileté : Certes, le réalisme commandait de ne pas occulter le mal, car le rôle du romancier n’est pas de mentir sur la nature humaine. Mais l’aspiration au salut faisant aussi partie de la nature humaine, le romancier ne devait non plus ignorer ces fenêtres-là « par où la prière monte et l’espérance descend », au nom précisément de ce même réalisme.

« Je crois, déclara-t-il dans une conférence[1], que l’art est soumis à la loi morale, à laquelle n’échappe aucune manifestation de l’activité humaine, et qu’il y est d’autant mieux soumis que l’œuvre d’art est une œuvre d’enseignement, une leçon, un acte d’influence et de direction sur autrui. Je crois que le livre est une puissance extrêmement féconde, soit pour le bien, soit pour le mal. »

Pour cela, le romancier devait exercer ce tact chrétien, qui consiste à dire le mal sans donner envie de le faire, le bien en donnant envie de le faire.

Enfin, faute d’offrir à son lecteur une conclusion optimiste, puisque la réalité ne s’y prête guère, au moins devait-il laisser transparaître une conclusion saine :

« Je ne dis pas célébrer le triomphe du bien sur le mal, que nous ne voyons pas toujours se manifester, hélas, dans la vie ! Je pense seulement que le livre sera bon si le lecteur, en le fermant, a plus clairement compris la grandeur et la nécessité de la loi morale à laquelle il est, comme homme, obligé d’obéir. Sans cela, et si le livre excite l’homme à la révolte, je ne vois plus dans l’œuvre écrite qu’un désordre, que toutes les raisons d’art ne sauraient excuser, car l’art ne peut être antisocial, antihumain »

Force est de constater que, pour s’être délibérément affranchi de toute règle morale en se déclarant systématiquement anticatholique, le roman français postmoderne, tiraillé entre l’autofiction narcissique, l’expérimentation narrative et la tyrannie du best-seller est moribond.

La nécessité d’un renouveau du roman catholique s’impose d’autant plus, pour accompagner l’indispensable quête de Dieu de tout lecteur.

Ce renouveau, qui commence par la redécouverte d’auteurs comme René Bazin, espérons qu’il suscite de nombreuses vocations.

Le Petit Béraldien

[1] Les lecteurs de romans, conférence faite à Paris, salle de la Société de Géographie, le 20 mars 1900

Cet article vous a plu ? MPI est une association à but non lucratif qui offre un service de réinformation gratuit et qui ne subsiste que par la générosité de ses lecteurs. Merci de votre soutien !

Quitter la version mobile