Ce lundi 25 mai, Léon XIV a présenté sa première encyclique : Magnifica Humanitas. Il a insisté sur la nécessité dans le contexte actuel « d’éveiller les consciences et d’indiquer la voie à suivre pour l’humanité ». Anthropocentrisme, libéralisme religieux et management global en sont la ligne directrice.
La date du 25 mai choisie par Léon XIV pour présenter sa première encyclique Magnifica Humanitas n’est pas anodine : il y a 135 ans, son prédécesseur Léon XIII publiait la magistrale encyclique Rerum Novarum qui exposait les principes de la doctrine sociale de l’Église. Léon XIII dénonçait les abus du capitalisme ainsi que le faux remède du socialisme et développait les remèdes pour la restauration d’une société chrétienne.
135 années plus tard, Vatican II étant passé par là, Léon XIV s’essaye au même exercice mais ce n’est plus Dieu qui est le centre du texte, l’Alpha et l’Omega des principes, la solution pour remédier aux immenses dangers auxquels fait face l’humanité avec l’émergence de l’IA, thème de son encyclique. L’intelligence artificielle exige aujourd’hui, explique Léon XIV, d’être « désarmée », « libérée des logiques qui en font un instrument de domination, d’exclusion ou de mort ».
Magnifica Humanitas poursuit la trajectoire post-conciliaire de l’anthropocentrisme, du libéralisme religieux et du management global
Mais dans sa solution proposée « Magnifica Humanitas poursuit la trajectoire post-conciliaire de l’anthropocentrisme, du libéralisme religieux et du management global qui a supplanté l’ancienne conception catholique de la chrétienté, de la royauté et du règne social du Christ » analyse Riaan Van Zyl pour le tout nouveau blog américain consacré à la pensée catholique romaine contre-révolutionnaire du XXIe siècle, Integrity Magazine.
L’article souligne que « la religion de l’homme prônée par Vatican II » est « pleinement mise en lumière dans l’encyclique de Léon XIII sur l’IA ». « Magnifica Humanitas dénonce sans ironie la Tour de Babel tout en appelant avec enthousiasme à un humanitaire mondial » énonce Van Zyl qui fait ensuite la démonstration de son affirmation. Nous vous la livrons ci-dessous dans son intégralité, ce document étant d’une portée considérable et engageant le monde catholique par la voix du détenteur du trône pétrinien, fils de Vatican II et de sa nouvelle religion antropocentrique.
« La première encyclique de Léon XIV, Magnifica Humanitas, a été accueillie en grande pompe par les médias « catholiques » serviles, et a suscité une attention mondiale et mondialiste.
« Présentée comme une encyclique sociale pour l’ère de l’intelligence artificielle (IA), elle cherche à appliquer la doctrine sociale catholique à la révolution numérique dans une tentative d’imiter la façon dont Léon XIII l’a appliquée à la révolution industrielle dans Rerum Novarum en 1891.
« Mais nous avons affaire à l’Église synodale. Comme d’habitude, le document se révèle être une longue (244 paragraphes) glorification laïque et humaniste de l’homme et de l’ordre temporel. Autrement dit, c’est une nouvelle déclaration d’amour à la fausse religion synodale.
« Léon ne peut aller au-delà du dixième paragraphe qu’il se lance dans un passage truffé de références synodalesques qui annonce clairement ce à quoi le lecteur peut s’attendre désormais : « Reconstruire aujourd’hui, c’est reconnaître que, précisément de la pluralité des voix et des visions qui, même si elles nous rappellent parfois la confusion engendrée par la diversité des langues parlées, émerge une lueur d’espoir. Il s’agit en effet de la possibilité de construire ensemble, de transformer la diversité en atout et de faire de l’écoute et du dialogue le terrain d’entente sur lequel cultiver la justice et la fraternité. »
« Dans le même paragraphe, Léon affirme : « Le pluralisme ne se dissipe pas dans le désordre, mais au contraire, par la pratique de la synodalité, il devient l’espace où l’humanité redécouvre ses fondements solides. » Nous avons donc affaire, dès le départ, à l’Église synodale et non à l’Église catholique. Au paragraphe 25, Léon le confirme en déclarant que « la vérité est un don à partager, non une possession à monopoliser », avant de réitérer son hérésie selon laquelle l’Église « ne prétend pas détenir le monopole de la vérité ».
Emprunter des arguments maçonniques
« Ce document est d’une portée considérable. Il aborde l’intelligence artificielle, la mondialisation, la surveillance numérique, la guerre, le travail, l’écologie, les inégalités économiques, les droits humains, les migrations et la concentration du pouvoir technologique. Il invoque à maintes reprises les thèmes de la « dignité humaine », de la « fraternité », du « dialogue » et du « bien commun ». Son ton est indéniablement « pastoral » et mondialiste, présentant l’Église comme un guide moral pour l’humanité dans une ère technologique en pleine mutation, mais non comme l’Arche du Salut emmenant les âmes vers l’éternité. Tout au long du texte, Prevost affirme sans ambages que l’IA, et toute une série d’autres atrocités, pourraient porter atteinte à la dignité quasi divine de l’homme, mais jamais qu’elles puissent porter atteinte à Dieu.
« Il faut reconnaître que l’encyclique comporte certains éléments catholiques. Léon XIV condamne explicitement l’avortement et l’euthanasie comme étant « gravement injustes » (55). Il insiste sur le droit à la vie « de la conception à sa fin naturelle » (55). Il dénonce la réduction de l’homme à une machine ou à un instrument économique (51). Il condamne la domination technocratique et met en garde contre les systèmes déshumanisants guidés uniquement par le profit ou l’efficacité. Ces prises de position sont bienvenues à une époque enivrée par le transhumanisme et l’utopisme numérique.
« Mais n’oublions jamais que c’est ainsi que fonctionnent les modernistes : ils s’emparent de n’importe quel programme qu’ils souhaitent promouvoir et l’enrobent de quelques vérités catholiques. Son évocation de ces sujets ne suffit guère à sauver le document de ce qu’il est : un artefact synodal qui glorifie l’homme et qui, pour l’essentiel, semble avoir été conçu à New York, au siège de l’ONU, et non à Rome.
« Le problème n’est pas tant ce que dit l’encyclique, même si cela s’inscrit parfois dans la continuité de l’enseignement catholique traditionnel, mais plutôt le cadre théologique et idéologique plus large dans lequel ces vérités sont inscrites. Magnifica Humanitas poursuit – et, à plusieurs reprises, intensifie – la trajectoire post-conciliaire de l’anthropocentrisme, du libéralisme religieux et du management mondialisé qui a supplanté l’ancienne conception catholique de la chrétienté, de la royauté et du règne social du Christ.
La dignité de l’homme : dogme de la religion conciliaire
« Le document met l’accent de façon prépondérante sur la « dignité humaine », détachée de l’ordre surnaturel. Cette expression revient constamment, mais l’encyclique aborde rarement avec clarté les questions relatives à notre destinée éternelle, telles que le péché, la conversion, le jugement, le salut, ou encore la nécessité de la foi catholique pour la société. L’humanité y est décrite en termes exaltés comme une communion de personnes appelées à la relation et au don de soi (48-50), et l’encyclique ne dépasse jamais le stade de charte théologique pour l’humanitaire universel.
« Un passage particulièrement révélateur est l’affirmation selon laquelle le dialogue de l’Église avec le monde « n’est pas un choix tactique », mais une expression constitutive de sa mission, car l’Évangile transforme la société « de l’intérieur » (34). Ce langage est typique de Gaudium et Spes. L’Église n’est pas présentée comme une société divine confrontée à l’erreur, mais plutôt comme une compagne de route accompagnant la civilisation moderne. On reconnaît aisément ici la continuité de l’« ouverture au monde » conciliaire qui a si souvent abouti non pas à la conversion du monde, mais à la « conversion » des catholiques au monde par la perte de leur foi.
« L’éloge du concile Vatican II dans l’encyclique est particulièrement agaçant. Gaudium et Spes est célébrée pour avoir substitué aux principes abstraits un engagement dans la « réalité concrète » et les « situations historiques » (34). Plus inquiétant encore est la réaffirmation enthousiaste de Dignitatis Humanae, où la liberté religieuse est présentée comme un « droit fondamental fondé sur la dignité humaine » qui doit être protégé juridiquement dans les sociétés pluralistes (34). Le magistère préconciliaire a condamné à maintes reprises l’idée que toutes les religions possèdent des droits civils égaux dans l’ordre public. Des papes tels que Grégoire XVI, Pie IX et Léon XIII ont enseigné que l’erreur n’a pas de droits et que les États catholiques ont des devoirs envers la vraie religion. Or, Magnifica Humanitas présuppose la doctrine conciliaire de la liberté religieuse comme une orthodoxie incontestable. L’encyclique va même jusqu’à louer les « sociétés pluralistes et pacifiques » fondées sur ce principe (34). Cela marque une fois de plus un profond revirement dans la théologie politique de l’Église synodale.
« Tout aussi préoccupante est l’adhésion de l’encyclique au cadre moderne des droits de l’homme. Le document qualifie la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies de « l’une des plus hautes expressions de la conscience humaine de notre temps » (54). Une affirmation qui aurait sans doute incité les papes du passé, profondément méfiants à l’égard de la tradition libérale des droits en raison de ses racines dans la Révolution française et l’individualisme des Lumières, à brandir leur bénitier et leur crucifix.
« Certes, l’encyclique s’efforce d’inscrire le langage des droits dans un cadre chrétien, en les fondant sur la dignité humaine plutôt que sur une simple autonomie laïque. Mais l’effet n’en demeure pas moins indéniable : la doctrine sociale de l’Église est présentée à travers les catégories de la démocratie libérale moderne plutôt qu’à travers le langage classique de la chrétienté, la hiérarchie naturelle et la royauté sociale du Christ.
« L’exaltation répétée de la démocratie suit le même schéma. Faisant écho à Jean-Paul II, l’encyclique loue la démocratie car elle permet la participation et empêche la monopolisation du pouvoir (39). On y trouve presque totalement absente la mise en garde catholique traditionnelle contre la tendance de la démocratie libérale au relativisme, à la manipulation des masses et à la sécularisation. La démocratie est plutôt considérée comme essentiellement normative, pourvu qu’elle serve le « bien commun ».
Approuver l’ère moderne : une vision politique mondialiste du document
« Une autre préoccupation majeure réside dans la vision politique mondialiste et autoritaire du document. L’encyclique appelle à plusieurs reprises à des institutions internationales renforcées et à une coopération transnationale accrue. Léon XIII se prononce favorablement en faveur d’« institutions internationales plus efficaces » pour préserver le « bien commun mondial » (64). Les infrastructures technologiques, les données, les algorithmes et les plateformes numériques sont tous présentés comme des sujets nécessitant une gouvernance et une réglementation internationales (67).
« Il est clair que le Vatican synodal s’est excessivement aligné sur la vision managériale des élites technocratiques mondiales. Malheureusement, l’Église qui proclamait jadis le Christ Roi des nations est désormais occupée par des hommes qui ne maîtrisent que le langage de la bureaucratie internationale, de la gouvernance multilatérale et des cadres réglementaires universels.
« Plus inquiétant encore est le discours de l’encyclique sur la redistribution économique et la propriété. On y cite avec approbation le pape François, figure controversée du communisme, affirmant que la solidarité signifie « rendre aux pauvres ce qui leur appartient » (66).
« Ceux qui connaissent bien la tradition thomiste et léonine remarqueront le peu d’importance accordée à l’ordre social organique, ainsi qu’à l’autorité intermédiaire et à la hiérarchie stable, comparée à l’importance considérable accordée à l’égalité, à l’inclusion et à la participation. L’encyclique condamne à maintes reprises l’exclusion, les disparités et l’inégalité, mais aborde très peu les causes morales et spirituelles du déclin des civilisations.
L’homme d’abord, Dieu ensuite
« Mais le plus surprenant reste l’anthropologie sous-jacente à l’encyclique. La crise centrale de la modernité n’est pas, en définitive, technologique mais théologique : la rébellion de l’homme contre Dieu. Pourtant, Magnifica Humanitas ignore (volontairement) ce diagnostic crucial et appréhende systématiquement le problème moderne en termes sociologiques et structurels : inégalités, exclusion, concentration du pouvoir, technocratie, crise environnementale et marginalisation numérique.
« Comme tout document postconciliaire, Magnifica Humanitas est une fois de plus un exemple flagrant d’horizontalité. Le Christ y est certes présent, mais généralement comme prétexte à promouvoir des idéaux maçonniques tels que la fraternité, la solidarité et le dialogue, plutôt que comme le Roi triomphant exigeant la soumission des nations. La mission surnaturelle de l’Église est absorbée par une mission humanitaire de gouvernance éthique mondiale.
« Ironiquement, Léon met en garde contre la construction d’une « nouvelle Tour de Babel », alors qu’il participe avec enthousiasme à un projet précisément similaire : un consensus moral universel fondé non pas sur le règne explicite du Christ Roi, mais sur la dignité humaine, la coopération internationale, le pluralisme et la régulation technocratique.
« Finalement, Magnifica Humanitas contient quelques vérités que l’on aurait pu extraire de n’importe quelle source laïque sur le sujet, mais elle ne fait finalement que célébrer l’humanitarisme libéral et la fausse religion du concile Vatican II. »
Francesca de Villasmundo
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