Site icon medias-presse.info

Primogenitus mortuorum et Princeps Regum terrae – Homélie de la messe de Pâques, par Mgr Carlo Maria Viganò, archevêque.

MPI vous informe gratuitement,

recevez la liste des nouveaux articles

Je veux recevoir la lettre d'information :

Nous n’envoyons pas de messages indésirables ! Lisez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Vérifiez votre boite de réception ou votre répertoire d’indésirables pour confirmer votre abonnement.

05 avril 2026 – Homélie de la messe de Pâques

Scimus Christum surrexisse a mortuis vere. Nous savons que le Christ est vraiment ressuscité d’entre les morts. [Sequence Victimæ paschali]

Hæc dies quam fecit Dominus. Voici le jour que le Seigneur a fait : réjouissons-nous et exultons (Ps 117 [118], 24). Le Psalmiste salue la dies dominica, prophétisée depuis l’Ancien Testament pour la restauration de l’ordre divin dans le Christ.

Les prophéties messianiques nous montrent l’accomplissement du Mystère pascal.

Le Messie glorieux, triomphant du péché et de la mort, est salué par les Saintes Écritures comme le principe, le premier-né de ceux qui ressuscitent d’entre les morts, afin qu’il ait la primauté sur toutes choses (Col 1, 18) ; le témoin fidèle, le premier-né d’entre les morts et le souverain des rois de la terre, qui nous a aimés et nous a purifié de nos péchés dans son sang (Ap 1, 5). Le Christ est testis fidelis, témoin digne de crédibilité, car Son témoignage s’est accompli en étant fidèle jusqu’à la mort.

En tant que primogenitus mortuorum, Il réalise parfaitement ce que la primogéniture vérotestamentaire annonçait. Elle constituait le premier-né mâle héritier (Dt 21,17), détenteur du droit sacerdotal (Ex 13, 2 ; 22, 28-29 ; 34, 19-20), médiateur et sanctificateur de la famille qu’il représentait devant Dieu. Le premier-né n’était pas seulement le premier dans l’ordre chronologique, mais celui qui, étant offert et consacré à Dieu, rendait agréable et béni toute la « moisson » de la famille ou du champ. Si le premier-né était correctement offert ou racheté, Dieu bénissait le reste de la progéniture et des possessions. Cela valait pour tout ce qui s’ouvre à la vie (Ex 13, 2) : l’offrande de la première et meilleure partie (le premier-né ou les prémices) sanctifiait et garantissait la totalité.

La primogéniture de l’Ancienne Loi était donc une préfiguration de ce que Notre Seigneur Jésus-Christ a parfaitement accompli. Il est le premier-né non pas parce qu’Il est créé, mais parce qu’Il est le principe même de la création dans l’ordre de la nature, et de la nouvelle création dans l’ordre de la Grâce. Notre Seigneur possède par nature divine la plénitude de l’héritage paternel. Il est le Fils unique en essence ; tout ce que possède le Père est à Lui (Jn 16, 15 ; 17, 10). Par Sa glorieuse Résurrection, Il se réapproprie dans son humanité cet héritage universel ; un héritage qui constitue Notre Seigneur, vrai et unique Rédempteur, en vertu de l’Incarnation, de sorte que par Son Sacrifice nous soyons rachetés de l’esclavage du péché et de la mort : Ainsi, tu n’es plus esclave mais fils ; et si tu es enfant, tu es aussi héritier par la grâce de Dieu (Gal 4, 7).

Nous comprenons donc comment les Juifs de l’époque pouvaient bien comprendre à quoi se référait saint Paul lorsqu’il désignait le Christ comme l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes (1 Tim 2, 5). Médiateur et sanctificateur : Car celui qui sanctifie (Héb 2, 11) est le Christ Jésus, qui est devenu pour nous sagesse, justice, sanctification et rédemption (1 Cor 1, 30). Le Christ est le véritable Grand Prêtre qui, en entrant dans le tabernacle céleste avec son propre sang (Héb 9, 11-12), sanctifie définitivement le peuple. Tout cela parce qu’Il est précisément le premier-né de toute créature (Col 1,15).

Ce concept est lié à la doctrine du Corps Mystique : puisque le Christ est ressuscité le premier, Il est la Tête de qui tout le Corps reçoit la vie nouvelle. Sa Résurrection sont prémices qui garantissent la résurrection de tous les justes, tout comme le premier-né était le garant de la bénédiction de ses frères. Puisque le Christ est le chef de la nouvelle famille de Dieu — la Sainte Église — chacun de nous, baptisé, devient un cohéritier avec Lui par sa participation à Sa filiation divine : si nous sommes fils, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu et cohéritiers avec le Christ, si nous partageons véritablement ses souffrances afin de partager aussi sa gloire (Rm 8, 17). Car ceux que Dieu a connu d’avance il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné parmi beaucoup de frères (ibid., 29).

Cet héritage n’est pas seulement futur (la gloire céleste), mais commence dans la vie présente, de sorte qu’en tant que cohéritiers avec le Christ, nous recevons dès à présent l’Esprit Saint comme gage d’héritage (Rm 8, 23 ; 2 Cor 1, 22 ; Eph 1, 14). En tant que cohéritiers, nous sommes en effet déjà citoyens de la Jérusalem céleste, en tant que membres vivants de la Sainte Église. Et c’est l’Église, dans sa mission sanctifiante, qui dispense par les Sacrements les dons du Paraclet comme garantie de l’alliance irrévocable scellé par Dieu dans le Sang de l’Agneau.

La Sagesse divine, dans l’éternité du temps, l’avait prédit : Resurrexi, et adhuc tecum sum (Ps 138 [139], 18), Je suis ressuscité et je suis encore avec toi. C’est la voix du Verbe éternel qui, depuis l’éternité du temps, répond docilement à la volonté du Père : Alors j’ai dit : « Voici, je viens. Dans le rouleau du livre de moi il est écrit de faire ta volonté » (Ps 39 [40], 8). Et cette volonté est notre salut, par la Croix.

Ces derniers jours, lors de la récitation du Bréviaire, nous avons prié plusieurs fois avec les paroles de Saint Paul : Christus factus est pro nobis obediens usque ad mortem, mortem autem crucis (Phi 2, 8).

Le Mystère de la Passion du Christ est acte suprême d’obéissance filiale, qui devient le fondement même de notre Rédemption et de notre héritage divin. Jésus-Christ, bien qu’il fût de nature divine, ne considérait pas l’égalité avec Dieu comme un trésor jaloux, mais se dépouilla lui-même, prenant la condition d’un serviteur et étant fait à l’image des hommes ; et, apparaissant sous forme humaine, il s’humilia et devint obéissant jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort sur la croix (ibid., 6-8). L’obéissance du Christ s’oppose à la désobéissance d’Adam : tandis que le chef de file du genre humain refusa par orgueil d’obéir à Dieu et perdit l’héritage divin pour lui-même et pour ses descendants ; le Christ, le nouvel Adam, obéit jusqu’à l’extrême — la mort la plus ignominieuse, la mort réservée aux esclaves — et reconquiert cet héritage surnaturel : A ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu : à ceux qui croient en son nom, qui ne sont pas nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu (Jn 1, 12-13).

Ainsi, Notre Seigneur, obéissant jusqu’à la mort de la croix, reçoit du Père le nom qui est au-dessus de tout autre nom ; afin qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et sous la terre, et que toute langue proclame que Jésus-Christ est le Seigneur, à la gloire de Dieu le Père (Ph 2, 9-11). Notre Seigneur nous fait cohéritiers de la même gloire.

Pourtant, sans cette obéissance crucifiée, il n’y aurait ni Résurrection ni héritage divin. Une obéissance qui trouve sourds et aveugles ceux qui n’acceptent pas la dimension sacrificielle de la royauté divine et du sacerdoce divin de Notre Seigneur : Toi qui détruis le temple et le reconstruis en trois jours, sauve-toi en descendant de la croix ! (Mc 15, 29-30). Que le Christ, le Roi d’Israël, descende maintenant de la croix, afin que nous puissions voir et croire (Mc 15, 32). Les outrages et les moqueries de la foule, des grands prêtres et des scribes montrent le rejet de l’immolation, de la Croix, du sacrifice du premier-né, malgré le fait que la Sainte Écriture indiquait clairement que le divin Messie souffrirait et S’immolerait. Même les paroles que Satan adressa au Christ au sommet du temple ne diffèrent pas de celles de la foule : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi (Mt 4, 6). [1]

Sur le trône de la Croix, le Verbe Incarné — le premier-né du Père en tant que vrai Dieu et le premier-né des hommes en tant qu’Homme véritable — conquiert l’héritage spirituel en faveur de ses frères, de nous tous, nous reconstituant héritiers de Dieu et de Ses cohéritiers.

Cet héritage, très chers frères, ne nous est pas assuré sans conditions. Cela exige de notre part la volonté de devenir imitatores Christi (1 Cor 11, 1), suivant le Premier-né sur le chemin de la Croix afin de pouvoir triompher avec Lui : si vraiment nous souffrons avec lui, pour être aussi glorifiés avec lui (Rm 8, 17). Car il n’y a pas de Résurrection sans Calvaire, et celui qui rejette la Croix et l’humiliation du Fils de Dieu lors de la première Venue ne s’assiéra pas à Sa droite lorsqu’Il reviendra dans la gloire lors de la seconde Venue pour juger tout le genre humain.

Ce jour-là — Jour de colère, ce jour-là, jour d’angoisse et d’affliction, jour de ruine et de destruction, jour de ténèbres et de brumes, jour de nuages et d’obscurité (So 1, 15) — l’obéissance du Christ jusqu’à la mort de la croix (Phi 2, 8) deviendra critère du jugement pour tous. Ceux qui ont participé à Ses souffrances seront cohéritiers de la gloire ; ceux qui ont refusé la Croix s’entendront dire : Éloignez-vous de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges (Mt 25, 41). Et alors ils verront et comprendront vraiment ce que signifie avoir osé défier l’Agneau qui domine la terre (Is 16, 1) que le Père a exalté et glorifié : Siège à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied (Ps 109, 1-2, cité dans Actes 2, 35). Ses ennemis sont humiliés aux pieds du Rédempteur ressuscité, contraints de reconnaître que c’est précisément sur la Croix que le Messie s’est manifesté comme princeps regum terræ (Ap 1, 5).

Le jour de la Pentecôte, Saint Pierre résume les prophéties messianiques aux hommes de Judée et proclame la foi de l’Église : Que toute la maison d’Israël sache avec certitude que ce Jésus, que vous avez crucifié, Dieu l’a fait Seigneur et Christ (Ac 2, 36). Car le Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui sont morts (1 Cor 15, 20).

Si nous voulons être héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ, nous devons rester attachés à la Croix, qui, d’instrument de mort et de défaite est devenue symbole de vie et de victoire, spes unica, espérance unique. Car c’est Dieu qui opère en vous la volonté et l’agir, selon son bon plaisir. Faites toutes choses sans murmure ni hésitation, afin que vous soyez irréprochables et simples, enfants de Dieu, sans tache au milieu d’une génération corrompue et perverse, où vous brillez comme des étoiles dans le monde (Phi 2, 13-15). Ainsi soit-il.

+ Carlo Maria Viganò, Archevêque

5 Avril MMXXVI, Dominica in Resurrectione Domini

© Traduction de F. de Villasmundo pour MPI relue et corrigée par Mgr Viganò

[1] Diabolus enim dicebat : mitte te deorsum, si filius Dei es ; et Judæi dicunt :si filius Dei es, descende de cruce , Saint Thomas d’Aquin, Catena aurea in Matthaeum, chap. 27).

Cet article vous a plu ? MPI est une association à but non lucratif qui offre un service de réinformation gratuit et qui ne subsiste que par la générosité de ses lecteurs. Merci de votre soutien !

Quitter la version mobile