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Sacres sans mandat : une “échappatoire dialectique” ? par l’abbé Michel Morille (FSSPX)

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Réponse d’un prêtre de la FSSPX à un laïc tendance « ralliériste »…

Le 17 février dernier, La Nef publiait un article de M. François de Lacoste Lareymondie (*), aujourd’hui avocat ecclésiastique « qui répond aux arguments des supérieurs de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X pour essayer de justifier des ordinations épiscopales (**) sans mandat pontifical. »

M. de Lacoste s’appuie sur un entretien du Supérieur de la Fraternité où il décèle « Trois arguments ; trois sophismes qu’il faut démonter rapidement pour éviter que les esprits ne soient brouillés par les polémiques qui vont surgir d’ici le 1er juillet, date annoncée des prochains sacres. »

De fait, ces trois raisonnements ne sont que des parties d’un seul et même raisonnement que nous pourrions formuler ainsi :

– Un état de nécessité est suffisant pour légitimer des sacres sans mandat.

– Or, cet état de nécessité existe bien.

– Donc la situation est suffisante pour justifier des sacres sans mandat.

En complément, la Fraternité apporte une confirmation à la majeure et à la conclusion par cet argument :

À un acte semblable, on peut a4endre une réponse semblable.

Or l’acte de la Fraternité Saint-Pie X a une certaine similitude au cas « chinois ».

 Donc on peut a4endre, à l’égard de la Fraternité Saint-Pie X, une réponse disciplinaire semblable au cas chinois de la part de Rome.

M. de Lacoste part de ces arguments de la Fraternité pour les réfuter, et montrer que ce raisonnement n’est « qu’un habillage de commodité à destination de fidèles » ou « qu’une échappatoire dialectique. »

Basé sur cet article, reprenons les raisonnements attribués à la Fraternité Saint-Pie X, jugé erronés par M. de Lacoste, ce afin de préciser la position de la Fraternité, expliquer qu’il ne s’agit pas de se cacher derrière des sophismes pour satisfaire un caprice, et rappeler les raisons profondes qui poussent le Supérieur à opérer une nouvelle « opération survie », à demander des sacres d’évêques par fidélité à l’Église et aux âmes.

Pour cela, nous aborderons les trois points que M. de Lacoste juge faux :

1) Il existe un état de nécessité qui justifie l’emploi de moyens extra-ordinaires,

 2) Un état de nécessité est suffisant pour légitimer des sacres sans mandat sans provoquer de schisme,

3) On est en droit d’attendre de Rome une réponse disciplinaire similaire au cas chinois.

1) Y-a-t-il un état de nécessité ?

Le premier raisonnement attribué à la Fraternité se formulerait ainsi :

Celui qui est en état de nécessité peut utiliser des moyens extraordinaires.

Or la Fraternité Saint-Pie X est en état de nécessité.

Donc la Fraternité Saint-Pie X peut utiliser des moyens extraordinaires.

C’est faux ! dit M. de Lacoste : la Fraternité n’est pas en état de nécessité. Pour cela, il rappelle que l’état de nécessité, « c’est la situation dans laquelle, dans des circonstances insurmontables et indépendantes de leur volonté, de façon concrète et imminente, courant un risque grave et notoire qu’ils ne puissent éviter autrement, les fidèles sont privés de sacrements pour une durée indéterminée au point de devoir commettre des actions illégales pour assurer leur subsistance spirituelle. » Or ce n’est pas le cas, dit M. de Lacoste, et il donne trois raisons :

Pourquoi il n’y aurait pas de nécessité.

1° les fidèles disposent déjà de nombreuses chapelles et de prêtres ;

2° les sacrements peuvent être reçus dans les paroisses diocésaines ;

3° une communauté particulière ne peut se déclarer elle-même en état de nécessité.

Pourquoi il y a un état de nécessité.

L’état de nécessité invoqué par la Fraternité ne concerne pas d’abord la Fraternité elle-même, mais les âmes.

Il se fonde sur le constat que, dans la crise actuelle de l’Église, de nombreux fidèles ne trouvent plus facilement la transmission intégrale de la foi, des sacrements et du catéchisme traditionnels. La Fraternité se comprend ainsi non comme une communauté cherchant à se justifier, mais comme une œuvre cherchant à répondre à cette nécessité.

Nous l’expliquons ainsi en répondant aux trois points :

1° Si ces prêtres sont nombreux, c’est précisément parce que, le 30 juin 1988, Monseigneur Lefebvre a consacré quatre évêques afin d’assurer la survie de l’œuvre. La nécessité existait alors ; elle demeure aujourd’hui pour les mêmes raisons.

2° C’est parce qu’ils refusent ces sacrements nouveaux, catéchismes nouveaux, messe nouvelle, dangereux pour la Foi et la morale, que les fidèles font appel aux prêtres de la Fraternité, afin de recevoir pour leur âme une nourriture qui n’est pas seulement valide, car cela ne suffit pas et ne suffira jamais dans l’ordre de la grâce, mais substantielle et salvifique.

Les fidèles et les prêtres constatent que cette nourriture ne se trouve pas ailleurs, en raison des réformes issues du Concile Vatican II. La Fraternité ne s’en cache pas : à la suite de Mgr Lefebvre elle accuse avec la nouvelle messe, le Concile lui-même (1) dont elle est la lex orandi.

C’est là que se trouve le point d’accroche : selon les termes utilisés par Mgr Lefebvre dans sa déclaration du 21 novembre 1974, les fidèles refusent « de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s’est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues. »

Le prêtre et le fidèle ne veulent pas offrir à la messe le « fruit de la terre et du travail des hommes » (offertoire de la nouvelle Messe), mais l’« offrande sans tache » « afin d’obtenir la rédemption de leur âme, la sécurité et le salut dont ils ont l’espérance. » (Canon de la Messe traditionnelle). D’ailleurs, la Fraternité Saint-Pie X ne nie pas la validité des nouveaux rites en soi, et si elle émet un doute et constate parfois l’invalidité en raison d’innovations liturgiques catastrophiques, elle argumente plutôt sur la déficience grave et coupable des nouveaux livres liturgiques.

3° Il est vrai que les fidèles ne choisissent pas leurs ministres par eux-mêmes. Mais lorsque les voies ordinaires semblent ne plus fournir ce qui est nécessaire au salut des âmes, le droit de l’Église reconnaît que la nécessité peut justifier le recours à des moyens extraordinaires (2). La Fraternité affirme donc ne pas juger sa propre situation, mais constater celle de l’Église et chercher à y répondre. « Dans l’Église, quand nous disons « état d’urgence », nous ne jugeons pas les raisons pour lesquelles ils font ce qu’ils font. Nous constatons simplement qu’à grande échelle, ils ne sont plus capables d’accomplir ce pour quoi ils existent : sauver les âmes. (…) Et dans un état d’urgence, celui qui peut aider doit aider. Ce n’est plus une question de justice, c’est une question de charité. » (3)

Cela étant, même dans ce5e situation extrême, peut-on sacrer des évêques sans permission et sans faire schisme ?

2) Les évêques peuvent sacrer sans faire de schisme

La Fraternité pour le montrer pose ce raisonnement :

Celui qui sacre sans volonté de transme4re la juridiction, mais seulement l’ordre, ne commet pas un schisme,

Or les évêques sacrant pour la Fraternité Saint-Pie X ne prétendent pas transme4re une juridiction qu’ils ne possèdent pas.

Donc les évêques sacrant pour la Fraternité Saint-Pie X ne comme4ent pas de schisme.

Pourquoi il y aurait schisme.

M. de Lacoste répond : c’est faux ! La volonté de sacrer est forcément schismatique. En effet, les trois pouvoirs de l’évêque — sanctifier, enseigner et gouverner — seraient inséparables. À tel point que s’il existe dans l’Église : « un évêque qui n’a plus de pouvoir de juridiction, comme c’est le cas d’un évêque émérite, [il] n’est pas grand-chose (…) il ne peut exercer aucun pouvoir, ni d’ordre ni d’enseignement, sur aucun fidèle, à moins qu’il n’ait expressément reçu délégation d’un autre évêque diocésain à ce4e fin. Et ceci, sans exception : un évêque sans juridiction ne pourra jamais agir que sur mandat. »

Pourquoi il n’y a pas schisme

M. de Lacoste décrit ici la situation ordinaire de l’Église. Mais il peut exister des situations extraordinaires, comme dans un état de nécessité. La question est donc de savoir si un état de nécessité peut justifier un sacre sans mandat. La réponse a été apportée à de maintes reprises (4), on retiendra entre autres les points suivants :

– de tels cas se sont déjà produits dans l’histoire de l’Église sans être considérés comme schismatiques (5) ;

– dans le Code de 1917, la peine pour un sacre sans mandat n’était pas l’excommunication mais la suspens a divinis, signe que l’acte n’est pas schismatique en lui-même.

– il existe des évêques validement sacrés qui ne possèdent pas de juridiction, signe que la juridiction est indépendante de l’ordre.

– De l’avis des canonistes la consécration sans a5ribution de juridiction dépend certes de la volonté du Pape, mais elle ne se fonde pas sur le droit divin.

Il n’en reste pas moins vrai qu’il n’est pas permis de sacrer des évêques sans mandat, pas plus qu’il n’est permis d’outrepasser un feu rouge. Mais de même que la nécessité pousse à ce5e dernière action lorsqu’un véhicule d’urgence doit passer, elle pousse la Fraternité à sacrer, sans que cet acte ne soit intrinsèquement mauvais, ou qu’il provoque par lui-même un schisme, d’autant plus que la Fraternité met toute son énergie à refuser le prétendu schisme.

Ainsi, l’acte de sacrer sans mandat ne constitue pas nécessairement un acte schismatique en lui-même, il est de plus justifiable en raison de l’état de nécessité.

Nous reconnaissons avec M. de Lacoste qu’un évêque sans juridiction n’est pas grand-chose comparé à un évêque qui en possède. Toutefois, ce qu’il est suffit à la Fraternité Saint-Pie X : conférer l’Ordre et la Confirmation, consacrer les saintes huiles nécessaires aux sacrements, bénir et consacrer les objets liturgiques, etc.

Ainsi, la nécessité existe et peut conduire à recourir à un moyen extraordinaire, tel que le sacre sans mandat, qui n’est pas en lui-même un schisme.

C’est ce que le Supérieur général de la Fraternité demande à Rome de comprendre, en invoquant notamment le cas chinois.

3) Le cas des évêques chinois

Le troisième raisonnement est celui-ci :

À un acte semblable, on peut a4endre une réponse semblable.

Or l’acte de la Fraternité Saint-Pie X est semblable au cas des évêque chinois.

Donc on peut a4endre, à l’égard de la Fraternité Saint-Pie X, une réponse semblable au cas chinois.

M. de Lacoste précise que « La référence à la situation chinoise n’a aucune pertinence ».

 De quoi s’agit-il ?

En Chine, des évêques choisis par le gouvernement ont été sacrés sans qu’il en soit référé au Pape, avec volonté d’attribuer un pouvoir de juridiction, conféré dans les faits, aux nouveaux évêques. Or, le Pape François a décidé de reconnaître ces évêques.

Application à la Fraternité Saint-Pie-X

 La pertinence de ce raisonnement est celle d’un argument de cohérence disciplinaire que l’on pourrait formuler ainsi : « S’il vous est possible de reconnaître des Évêques sacrés, à qui l’on attribue la juridiction sans l’accord préalable du Pape, pourquoi ne vous serait-il pas possible de reconnaître les Évêques sacrés, avec une volonté explicite de refus de schisme, et donc de collation de juridiction, dans la Fraternité Saint-Pie X ? ».

Ni plus ni moins.

Verdict canonique

M. de Lacoste conclut par une note grave et canonique. La Fraternité encoure à nouveau la peine d’excommunication, manifestant ainsi le schisme qu’elle a consommé.

Ceinture et bretelles

Mais si, malgré ce qui précède et malgré le canon 1323 (6) , on persiste à considérer ces sacres comme dignes d’excommunication et de schisme, retenons au moins ceci : selon le principe canonique « Odiosa sunt restringenda » (Les dispositions odieuses doivent être interprétées restrictivement), et être déclaré schismatique est odieux à la Fraternité, si l’opinion selon laquelle de tels sacres entraînent un schisme peut se soutenir, reconnaissons que celle défendue par la Fraternité Saint-Pie X possède elle aussi des fondements. Dès lors, comme l’ont indiqué plusieurs autorités ecclésiastiques, ce doute devrait conduire à éviter des condamnations trop rapides.

Espérances

Terminons par ces paroles de Monseigneur Lefebvre lors du sermon des sacres de 1988 :

« je ne puis pas en conscience laisser ces séminaristes orphelins et je ne peux pas vous non plus vous laisser orphelins en disparaissant sans rien faire pour l’avenir. Ça n’est pas possible. Ce serait contraire à mon devoir. ».

Cette conscience du devoir moral, nous espérons que M. de Lacoste pourra la comprendre, comme nous l’espérons aussi du Pape Léon XIV, pour qui prêtres et fidèles de la Fraternité prient à chaque messe et au Salut du Saint-Sacrement.

Qu’il comprenne qu’il s’agit du salut des âmes, et que ces sacres n’ont qu’un but : l’amour de l’Église et des âmes.

Abbé Michel Morille (***)

(1) Cf. J’accuse le Concile ! Mgr Lefebvre, 1976, aux éditions St Gabriel ou en ligne sur laportelatine, ou C’est moi, l’accusé, qui devrais vous juger ! aux éditions Clovis.

(2) Code de droit canon de 1983, canon 1323.

(3) S.E.R. Mgr Fellay, sermon du 8 février 2026.

(4) Courrier de Rome n° 658, 682, 684. Abbé Mura Sel de la Terre n° 4, 5 7, 8.

(5) C’est ce que rappelle S.E.R. Mgr Athanasius Schneider, dans son Appel fraternel au pape Léon XIV pour établir un pont avec la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X du 24 février 2026 (****).

(6) N’est punissable d’aucune peine la personne qui, lorsqu’elle a violé une loi ou un précepte : 4° a agi (…) ou bien poussée par la nécessité, ou pour éviter un grave inconvénient.

Source : Le Pélican n° 131 de mars-avril 2026

(*) François de Lacoste Lareymondie, ancien officier de la Marine, énarque, a terminé sa carrière professionnelle comme directeur général d’un organisme de la place bancaire ; en retraite, a entrepris des études de droit canonique et est aujourd’hui avocat ecclésiastique.

(**) Lire aussi sur les diverses prises de position à propos des futurs sacres dans la FSSPX :
A propos des futurs sacres dans la FSSPX : « Avec ou sans mandat « , par l’abbé Jean-Michel GLEIZE
Dans un communiqué du 2 févier 2026 la Maison Générale de la FSSPX annonce de futurs sacres.
Mgr Viganò, archevêque, réagit à l’annonce des futurs sacres décidés par les autorités de la FSSPX auxquelles il apporte son plein soutien.
Futurs sacres : les contacts se poursuivent entre la FSSPX et le Vatican
Mgr Bernard Fellay s’exprime sur les raisons des futurs sacres épiscopaux avec ou sans mandat de Rome.
Le district de France de la FSSPX fait lire un « mandement » lors des messes dominicales suite à l’annonce des futurs sacres épiscopaux.
– Réponse de la Fraternité à Rome : impossible de se mettre d’accord doctrinalement et maintien de la date du 1er juillet pour sacrer des évêques.
– Communiqué des instituts Ecclesia Dei ou la tentation sado-masochiste !
– Sacres de la FSSPX : le Père Louis-Marie de Blignières et l’usurpation intellectuelle
– Le cardinal Sarah appelle à l’unité suite à l’annonce par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X de procéder à des ordinations épiscopales sans mandat pontifical.
– Sacres de la FSSPX : le Père Louis-Marie de Blignières et l’usurpation intellectuelle.
– L’abbé Jaime Mercant Simó, prêtre diocésain de Majorque, déclare à propos des futurs sacres de la FSSPX : « ni schisme ni péché ».
(****) Mgr Athanasius Schneider exhorte le pape Léon XIV à établir un pont entre Rome et la FSSPX
Un avis circonstancié depuis la Nouvelle Calédonie sur les futurs sacres résumé par ce titre : « Ils arrivent » !
Mgr Athanasius Schneider affirme que les consécrations épiscopales de la FSSPX ne seront en aucun cas schismatiques.
Mgr Schneider réaffirme que les consécrations épiscopales de la FSSPX ne sont absolument pas schismatiques et espère la future canonisation de Mgr Lefebvre.

(***) Abbé Michel Morille, Prieur du prieuré Saint-François-Régis à UNIEUX (4240)

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