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Soft power islamo-gauchiste, par Le Petit Béraldien

Kamel Daoud condamnation Algérie | MPI

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« Il y a une volonté de dicter, depuis
l’Algérie, ce qui peut être écrit en France ».

La formule interpelle. 

Le tweet de Kamel Daoud [Ci-dessus] fait suite à sa condamnation par l’Algérie pour son prix Goncourt 2024 Houris, en vertu de la « Charte pour la paix et la réconciliation nationale » qui punit quiconque « utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie nationale de la décennie noire, responsable de plus de 200.000 morts ».

Son article 46  n’avait été exploité que trois fois avant Kamel Daoud, et toujours contre d’anciens militants du Front islamique du salut, pas pour réprimer quelqu’un osant  l’évoquer dans un simple roman.

 Rappel des faits :

Né en 1970 à Mostaganem (300 km à l’ouest d’Alger), Kamel Daoud fut de 1994 à 2015 rédacteur en chef, au Quotidien d’Oran – troisième quotidien national francophone d’Algérie. Il a ainsi tenu quinze ans durant la chronique quotidienne la plus lue d’Algérie. Ses articles étaient repris par la presse de  gauche internationale  (Libération, Le Monde, Courrier international, New York Times…).

Pour avoir, le 13 décembre 2014, dans l’émission de Ruquier On n’est pas couché affirmé la nécessité de « trancher la question religieuse devenue vitale dans le monde arabe », l’imam salafiste Zeraoui le frappe d’une fatwa, écrivant que « si la charia islamique était appliquée en Algérie, la sanction serait la mort pour apostasie et hérésie ».

L’imam précise : « Il a mis le Coran en doute ainsi que l’islam sacré ; il a blessé les musulmans dans leur dignité et a fait des louanges à l’Occident et aux sionistes. Il s’est attaqué à la langue arabe […]. Nous appelons le régime algérien à le condamner à mort publiquement, à cause de sa guerre contre Dieu, son Prophète, son livre, les musulmans et leurs pays. » En 2020, il reçoit la nationalité française.

En 2024, le régime d’Alger interdit la présence des éditions Gallimard au Salon international du livre d’Alger à cause de son roman Houris, couronné par le Goncourt. Ce roman commence justement par la reproduction de cet article 46 de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Il ne sera jamais publié ni diffusé en Algérie

Un peu plus tard, Saâda Arbane l’accuse sur une chaine algérienne d’avoir utilisé des éléments de sa vie privée ( partagés en thérapie auprès de son épouse psychologue ) dans ce roman. Le mot Houris désigne dans l’Islam les fameuses vierges promises au paradis par le Prophète. Le roman, qui se déroule en partie à Oran, conte le destin d’Aube, jeune femme muette depuis qu’un islamiste lui a tranché la gorge le 31 décembre 1999.

L’affaire, qui suscite un débat sur l’éthique littéraire et le secret médical, débouche sur des plaintes pour plagiat, violation du secret professionnel et diffamation.  Ainsi, le 13 février 2025, Kamel Daoud reçoit aussi une assignation à comparaître devant le tribunal judiciaire de Paris par voie d’huissier. Le 22 avril 2026 l’écrivain a annoncé sur les réseaux sociaux avoir été condamné en Algérie à trois ans de prison ferme et à une amende de cinq millions de dinars à la suite d’une plainte déposée par l’Organisation nationale des victimes du terrorisme en Algérie.

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, plongé dans la tourmente germanopratine de l’affaire Grasset, a réagi en affirmant que la condamnation de Kamel Daoud n’était « pas un accident judiciaire » mais «  une méthode de gouvernement par la peur. »

Soft power

« Dix ans de guerre, près de 200.000 morts selon les estimations, des milliers de terroristes amnistiés… et un seul coupable : un écrivain », a réagi Daoud. Sur les accusations de violation du secret médical, il est catégorique: « J’ai écrit sur une guerre réelle. Il est inévitable que certains s’y reconnaissent. Mais je n’ai révélé aucun secret médical, rien de ce genre. »

Sansal et lui ont en réalité deux points communs : avoir trahi la gauche en contestant son récit sur la culpabilité de la France dans la colonisation, avoir contesté l’Islam et ce régime algérien qui a déclaré la guerre à ses écrivains (il n’y a pas que Boualem Sansal et Kamel Daoud…).

Dans sa réaction, Boualem Sansal, dont le prochain livre sortira en juin chez le nouveau Grasset de Bolloré, écrit que « les hommes libres ont résisté aux plus grandes tyrannies du monde ; ils ont résisté à leurs polices, à leurs tribunaux, à leurs prisons. Ce n’est pas le pouvoir algérien qui les fera taire. Ce ne sont pas davantage ses complaisances parisiennes qui y parviendront ». (AFP)

 Au-delà de la question de la validité juridique d’un telle condamnation appliquée à une fiction, du débat éculé sur l’improbable « liberté d’expression » et de l’intransigeance du gouvernement d’Abdelmadjid Tebboune qui vient de recevoir le pape, ce qui inquiète, c’est la validation, en ce pays lettré que fut France, d’un soft power pro-Islam germanopratin à gauche, dont ces deux auteurs sont victimes, en parallèle de la pérennisation d’un autre, prosioniste à droite, l’un et l’autre éclipsant le substrat catholique, historique et littéraire, qui a conçu si merveilleusement ce pays.

Le Petit Béraldien

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