Parmi les millions de pages de documents dévoilés par la justice américaine et relatifs à l’enquête sur Jeffrey Epstein, milliardaire pédocriminel lié au Mossad, figurent des échanges montrant que Steve Bannon a donné des conseils à Epstein sur le moment opportun pour s’exprimer publiquement, sur la manière de s’y préparer et sur les avocats qu’il devrait engager. Bannon a notamment écrit qu’il était crucial de lutter activement contre l’image du « violeur qui fait le trafic de jeunes filles pour les violer par des hommes les plus puissants et les plus riches du monde », car sa réputation, après cela, « ne pourra jamais être restaurée ».
« Déconstruire le récit pédophile et de trafic d’êtres humains ; puis, redorer ton image de philanthrope »
Fin juin 2019, en milieu d’après-midi, Steve Bannon envoie à Jeffrey Epstein une série de SMS enthousiastes. « Mec !!!!! », a-t-il écrit. « C’est vrai ? Dis-moi que c’est vrai. » Jeffrey Epstein vient de lui envoyer par SMS un titre du Miami Herald. L’article rapporte que les victimes d’Epstein ont perdu leur procès visant à faire annuler un accord vieux de dix ans qui le protégeait de poursuites pour ces crimes.
Pendant des mois, de façon intermittente, Steve Bannon a conseillé Epstein sur la manière de gérer les accusations renouvelées de pédo-criminalité. Bannon lui a recommandé quels avocats engager – les siens –, à quel moment se faire discret et à quel moment saisir une opportunité pour promouvoir sa version des faits. Il a organisé ce que les deux hommes appelaient une « formation aux médias ».
Début février 2019, les procureurs fédéraux réexaminent la gestion de l’affaire pénale de Jeffrey Epstein. Epstein demande à Bannon s’il doit répondre à ces informations. « Tu as perdu la tête ? » écrit Bannon, en utilisant un juron. « Dès que tu dis quoi que ce soit, ça devient l’info numéro 1 mondiale ! »
Dans les semaines qui suivent, Epstein bombarde Bannon de questions : ses avocats doivent-ils accorder une interview anonyme à la presse ? Doit-il inviter un journaliste du New Yorker chez lui ?
Bannon fait des propositions. « As-tu engagé le spécialiste en communication de crise pour que nous puissions détourner l’attention de cet article du Great Times ? », demande-t-il en mars 2019. Il fait référence à une lettre des avocats de Jeffrey Epstein, publiée dans le Times la veille, qui affirmait que les allégations portées contre Epstein étaient largement exagérées.
Bannon recommande à Epstein d’engager William A. Burck et Alex Spiro, qu’il appelle « mes gars ». Bannon informe Epstein d’une réunion avec Alex Spiro en avril 2019, mais à la dernière minute, Bannon envoie un SMS : « Spiro absent. Le cabinet vient de l’annuler. » La même semaine, Bannon envoyée un SMS à Epstein : « Formation aux médias vendredi après-midi chez toi – tournage avec deux caméras ; mon équipe, donc totalement confidentiel. » Epstein répond que cette session de trois heures sera un véritable baptême du feu.
Bannon écrit en avril 2019 à Epstein qu’il faut « déconstruire le récit pédophile et de trafic d’êtres humains ; puis, redorer ton image de philanthrope ».
Par la suite, Epstein souhaite conclure un accord légal, appelé Kovel, destiné à étendre le secret professionnel entre l’avocat et son client à ses communications avec Bannon, en tant que communiquant. Bannon répond : « Il nous faut un accord pour l’intégralité de la « formation ». »
Bannon écrit qu’il pense que Epstein est sous surveillance constante, et les deux hommes s’assurent que Bannon ne doive pas attendre devant la porte lors de ses visites à Epstein à Manhattan. Bannon prévient Epstein lorsqu’un domestique doit être prêt à lui ouvrir.
Les documents publiés par le ministère de la Justice des Etats-Unis révèlent l’ampleur des efforts déployés par Bannon pour conseiller Epstein et établir une stratégie de défense durant les six mois précédant l’arrestation et la mise en examen de Jeffrey Epstein pour trafic sexuel de mineures en juillet 2019. Durant cette période, les deux hommes se contactent quasiment chaque jour, parfois plusieurs fois par jour.
Une multitude d’échanges de SMS et de courriels révèlent que, dès 2017, Bannon promet d’aider Epstein à redorer son image.
De son côté, Epstein a offert des montres à Steve Bannon et à son fils, et a mis à sa disposition son jet privé. Epstein écrit à Bannon : « Ça fait quoi d’avoir l’agent de voyages le mieux payé de l’histoire ? »
Fin mars 2019, Epstein séjourne dans son luxueux appartement de l’avenue Foch à Paris. Il indique à son pilote que Bannon l’accompagnera à New York le 2 avril.
Le 29 mars 2019, Bannon envoie un SMS à Epstein depuis Rome : « Est-il possible de faire venir ton avion pour me récupérer ? » Epstein répond que l’avion n’est pas disponible, mais proposé de lui payer un vol charter.
Deux jours plus tard, Bannon écrit qu’il prend l’avion pour Paris ce soir-là et demande : « Je reste chez toi ce soir ?? »
« Oui, reste », répond Epstein. « En route », confirme Bannon par SMS quelques heures plus tard. Le lendemain matin, Epstein écrit à un associé : « Steve Bannon est ici avec moi. »
« Je suis partant pour tout ce dont vous avez besoin », écrit Epsten à Bannon au milieu de l’année 2018.
D’autres accusations
Steve Bannon a été accusé d’avoir détourné des centaines de milliers de dollars de dons pour financer le mur promis par Trump à la frontière mexicaine. Un tribunal d’État l’a condamné à trois ans de mise à l’épreuve pour fraude, mais Bannon a échappé à un procès fédéral pour des accusations connexes lorsque Donald Trump l’a gracié juste avant de quitter ses fonctions en janvier 2021.
Bannon a aussi été cité comme co-conspirateur dans une affaire de fraude d’un milliard de dollars organisée par le milliardaire chinois Guo Wengui, mais Bannon n’a pas été inculpé.
« Il faut bien que quelqu’un finance ses absurdités », écrit Epstein à un associé qui lui demande pourquoi M. Bannon s’était allié à ce milliardaire chinois Guo Wengui.
Autres anecdotes
Bannon a rencontré Ehud Barak, l’ancien Premier ministre israélien, par l’intermédiaire de Jeffrey Epstein. Lorsque Ehud Barak a créé un nouveau parti politique en Israël en juin 2019, Bannon écrit à Epstein : « Pouvons-nous annoncer que je suis son conseiller stratégique ? »
Parmi les échanges entre les deux hommes, il y a cet étrange message envoyé par Epstein à Bannon : « Lucifer a fait un AVC . Cornes tordues et tout. Ça ne sent pas bon. »
Pierre-Alain Depauw
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