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Templum Tuae Majestatis effecti – Homélie du Jeudi Saint à la messe chrismale, par Mgr Carlo Maria Viganò, archevêque.

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02 avril 2026 – Homélie du Jeudi Saint à la messe chrismale

Dilexisti justitiam et odisti iniquitatem ; propterea unxit te Deus, Deus tuus,  oleo lætitiæ præ consortibus tuis. [Ps. 44:8]

Dimanche dernier, deuxième de la Passion ou des Rameaux, la Sainte Église a célébré Notre Seigneur Jésus-Christ comme le Roi et le Messie promis par Dieu à son peuple. L’entrée triomphale du Christ était partie de la ville sacerdotale de Bethphage, au pied du Mont des Oliviers, pour entrer dans la Ville Sainte : Attollite portas, principes, vestras, et elevamini, portae æternales, et introibit rex gloriæ. Quis est iste rex gloriæ ? Dominus fortis et potens, Dominus potens in prælio (Ps 23, 7-8).

Le couronnement du Rédempteur au pied du Mont des Oliviers et l’entrée solennelle à Jérusalem jusqu’au seuil du Temple accomplissent les anciens rites par lesquels David voulut oindre in figura son fils Salomon comme Roi, Prêtre et Prophète, oint du Seigneur — un mot d’étymologie grecque (Хριστόϛ) par lequel est traduit le terme hébreu Mashíach, Messie en fait. Notre Seigneur est donc le Christ, unique et véritable Roi, Prêtre et Prophète. Il a le triplex munus, c’est-à-dire les trois aspects indissociables de la mission salvifique de Jésus-Christ.

Sa royauté Lui appartient de droit, puisqu’Il est vrai Dieu et vrai Homme, en raison de l’union hypostatique des natures divine et humaine en la Personne du Verbe Incarné.

Son suprême Pontificat s’exerce dans le double rôle de Prêtre et de Victime, sur l’Autel de la Croix. Son rôle de Prophète consiste dans la révélation parfaite et définitive du Mystère de Dieu, dans la proclamation d’autorité de la Vérité salvifique, dans l’enseignement avec autorité divine et dans la proclamation du Royaume des cieux, en accomplissement des prophéties de l’Ancien Testament.

Et aujourd’hui, avec une particulière solennité des rites, la Sainte Église consacre le Chrême avec lequel sont consacrés Rois et Évêques, ainsi que les Saintes Huiles avec lesquelles chaque chrétien — dans le Baptême et la Confirmation — devient d’une certaine manière roi, prêtre et prophète. Mais si le « sacerdoce commun » des fidèles a été présenté malicieusement par Vatican II comme un substitut au Sacerdoce ministériel afin de complaire aux hérétiques et de priver progressivement l’Église de ses Ministres en les remplaçant par des délégués du peuple, nous ne pouvons oublier que dès les Fonds baptismaux chacun de nous est appelé à être une race élue, un sacerdoce royal (1 Pt 2, 9), héritier de Dieu et cohéritier avec le Christ (Rm 8, 17), comme le rappelle la Préface de la Consécration du Saint Chrême : ut sit his, qui renati fuerint ex aqua et Spiritu Sancto, chrisma salutis, eosque æternæ vitæ participes et cælestis gloriæ facias esse consortes ; afin qu’il soit pour ceux qui renaîtront de l’eau et du Saint-Esprit le Chrême du salut, et Tu les rendes participants de la vie éternelle et cohéritiers de la gloire céleste.

Verbum caro factum est, et habitavit in nobis (Jn 1, 14) : l’Incarnation du Verbe éternel du Père qui devient chair restaure dans le Christ l’ordre brisé par le péché d’Adam, Le manifestant comme Roi universel non seulement dans le ciel, mais aussi sur terre. Ceux qui Le reconnaissent comme divin Messie et Sauveur sont ainsi réadmis à la gloire du ciel. Le péché du chef de l’humanité fut la cause de la ruine de tous les hommes ; le Sacrifice du nouvel Adam, en vertu de l’Incarnation, est véritable immolation de l’Homme-Dieu au nom de tous les hommes, offrande très agréable à la Majesté divine et pour cette raison véritablement rédemptrice. Et c’est pour cette raison que l’Antéchrist, afin d’usurper au vrai Christ sa Seigneurie, doit avant tout nier qu’Il est le Messie et le Roi. Les serviteurs de l’Antéchrist œuvrent pour l’annulation de Notre Seigneur Jésus-Christ, pour la suppression de tout symbole qui Le rappelle, pour l’abrogation de toute loi qui Le reconnaît comme le Suprême Législateur. Cela se produit à la fois dans la société civile et dans la société religieuse, car le Christ est Roi et Pontife. C’est à cela que servent la démocratie libérale dans les nations et la synodalité dans l’Église Catholique.

Mais il n’y a pas de Sacerdoce — ni ordonné ni des laïcs — sans la Victime, selon le modèle du Sacrifice très parfait de notre Très Saint Sauveur.

C’est pourquoi nous sommes oints du Saint Chrême au Baptême et à la Confirmation : pour nous unir au Sacrifice de Notre Seigneur, accomplissant en notre chair ce qui manque aux souffrances du Christ, pour le bien de Son Corps qui est l’Église (Col 1, 24). Salve, ara, salve, victima, de passionis gloria, qua vita mortem pertulit et morte vitam reddidit. Salut, autel ; salut, victime, pour la gloire de la Passion, pour laquelle la Vie endura la mort et par la mort restaura la vie (Hymne Vexilla Regis).

Le Sacerdoce de Notre Seigneur, perpétué sacramentellement avec l’Ordre Sacré, se perpétue sans interruption au fil des siècles grâce à la Succession Apostolique des Évêques. Chacun d’eux, s’il est validement consacré, est certain de remonter à l’un des Apôtres qui ont reçu la plénitude de l’Ordre des mains de Notre Seigneur Lui-même. Pour cette raison, il est important que la Succession Apostolique soit préservée intègre et intacte, car c’est l’Épiscopat qui assure le Sacerdoce pour la sanctification des âmes moyennant les Sacrements. Conformément à l’héritage de son Fondateur, le vénérable Archevêque Marcel Lefebvre, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X conférera la Consécration épiscopale le 1er juillet prochain à quelques candidats, même si le Saint-Siège n’a pas accordé le Mandat Apostolique. Cette décision courageuse ne peut qu’être louée, car elle défend l’Église catholique, la Messe catholique, le Sacerdoce catholique. Nous aussi, dans cette Communauté de Viterbe, menons la même bataille, contre les mêmes ennemis. Nous ressentons nous aussi la même urgence : nous y avons répondu et continuerons à y répondre. Nous aussi, comme Mgr Lefebvre, avons été injustement excommuniés pour vouloir rester fidèles à l’Église, au Sacerdoce, à la Messe. Pour nous aussi, le devoir s’impose de donner continuité à notre œuvre, tout comme Mgr Lefebvre a donné continuité à la sienne.

La dimension du Sacerdoce est avant tout immolatrice : personne n’est exempt de porter la croix que la Providence lui assigne, et pour laquelle la Grâce assure l’aide du divin Cyrénéen.

Et il est évident que si ce devoir est valable en tout temps, il l’est d’autant plus lorsque la persécution est déclenchée, lorsque de faux témoins sont sollicités, que la foule s’agite, que l’on crie de nouveaux et féroces Crucifige. La haine des ennemis du Christ est la même qui mut ceux qui comprirent que le Messie entré à Jérusalem n’était pas l’un de leurs chefs politiques qui fomenterait la révolte contre les Romains envahisseurs et confirmerait leur pouvoir, mais un Roi qui monte un âne, qui se ceint d’une Couronne d’épines, qui règne depuis la Croix, ut qui in ligno vincebat, in ligno quoque vinceretur (Præf. de Passione), afin que celui qui semblait vaincre le Christ en le faisant condamner au supplice le plus déshonorant, soit réellement vaincu précisément par la Croix, scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils (1 Cor 1, 23). Impleta sunt quæ concinit David fideli carmine, dicendo nationibus : regnavit a ligno Deus. Les paroles de David s’accomplissent, qui dît aux nations la prophétie véridique: Dieu règne depuis la Croix. (Hymne Vexilla Regis).

Dans ces heures d’obscurité, nous vivons dans l’attente de voir l’ultime entrée triomphale du véritable et unique Messie à la fin des temps, lorsque le monde se dissoudra in favilla. À cette occasion également, ce seront les enfants et les gens simples qui accueilleront le Seigneur avec le Hosanna et des branches de palmier, tandis que les puissants de la terre et le sanhédrin assisteront désespérés à la ruine de l’Antéchrist en qui ils avaient placé leurs espoirs intéressés. Notre Seigneur reviendra pour reprendre la possession universelle et publique du pouvoir Royal, Sacerdotal et Prophétique. Sur le front de ceux qui sont régénérés dans le Sang de l’Agneau resplendira la Croix tracée avec le Saint Chrême, l’huile qui permet au lutteur d’échapper à l’emprise de l’adversaire.

Pange, lingua, gloriosi lauream certaminis et super crucis trophæo dic triumphum nobilem, qualiter Redemptor orbis immolatus vicerit.

Chante, ô langue, la lutte d’un combat glorieux et sur le trophée de la Croix, proclame le noble triomphe : comment le Rédempteur du monde, bien que sacrifié, remporta la victoire.

Dans l’attente du jour du Jugement — dum tempus est — nous devons nous rendre dignes soldats du Christ.

C’est-à-dire que nous devons nous entraîner à combattre avec les armes spirituelles, et avec l’aide de la Grâce, nous devons aussi combattre le bonum certamen, le bon combat, sous l’étendard de ce Roi divin. Afin que la sainte Croix que nous portons imprimée brille comme une promesse de gloire avec le Christ, et non comme un signe de condamnation éternelle pour nous en être rendus indignes. Ainsi soit-il.

+ Carlo Maria Viganò, Archevêque

Viterbe, 2 Avril MMXXVI, Feria V Majoris Hebdomadæ,  in Cœna Domini

© Traduction de F. de Villasmundo pour MPI relue et corrigée par Mgr Viganò

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